‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 36 sur 112 · LA SIMPLICITÉ DE DIEU D'APRÈS SAINT THOMAS ~2.Q · texte numérisé non relu

LA SIMPLICITÉ DE DIEU D'APRÈS SAINT THOMAS ~2.Q

môme genre; au contraire l'être individuel ne peut appartenir qu'au particulier. Mais en Dieu l'essence et l'être sont réellement une seule et même chose et par suite l'essence n'est pas quelque chose de général mais est identique à l'être individuel. Si l'essence de Dieu était quelque chose de général, elle devrait être comprise dans les limites d'un genre et ne pourrait pas être l'essence la plus élevée et la plus parfaite (1)', qui doit renfermer en elle-même les perfections de tous les genres.

Par conséquent on ne peut donner de Dieu aucune définition, car dans toute définition on indique toujours le genre et le caractère distinctifs.

4. Dans les preuves précédentes qui ont servi à démontrer l'absence de toute composition en Dieu se trouve naturellement incluse la preuve de la simplicité de Dieu. Cette simplicité ressort de l'être absolu et de la perfection souveraine de Dieu dont nous avons déjà parlé. Un être composé suppose un être supérieur par lequel il a été composé il est postérieur aux éléments dont il a été formé; il emprunte aux éléments dont il est formé au moins la potentialité et par le fait les imperfections et les distinctions qui existent entre les diverses parties et entre les parties et le tout. Une partie du composé n'a jamais la perfection du tout, par conséquent il n'y a pas en lui la perfection souveraine sous tous les rapports (2).

5. De tout cela il ne faut pas conclure que nos concepts des attributs de Dieu n'aient aucun fondement en lui ou que leur expression ne soit qu'un jeu de notre esprit. Il ne suffit pas non plus de ne faire de ces attributs que de simples relations de Dieu avec les mêmes attributs des créatures, comme si nous prétendions appeler Dieu bon uniquement parce qu'il produit le bien dans le monde. Il est vrai que par les mots de créateur, de conservateur, île bi^n-

(1: Ib. a. 5. Cf. Qu. dispp. qu. 7, de simplic. div. ■'ssent. a. 0. (2) S. th. 1 , c. a. 7. Cf. Qu. dispp. qu. 7, a. 1 .

faiteur nous n'exprimons que des relations de Dieu avec le monde. Mais Dieu n'est pas bon et saint uniquement parce qu'il donne aux hommes la bonté et la sainteté ; il mlaisserait pas d'être bon et saint de toute éternité quand même il n'aurait pas créé les hommes (1). Ce qui en Dieu correspond à nos concepts des attributs divins est plus qu'une pure relation, plus que ce rapport de cause produisant des effets semblables dans le monde, quoique nous ne puissions avoir ici-bas des d'attributs divins que des idées analogiques fondées sur les choses qui leur ressemblent. Nos concepts ne sont donc pas adéquats, ils sont même très imparfaits. De là vient justement pour nous la nécessité d'affirmer de Dieu plusieurs attributs ^2). C'est seulement dans l'au-delà, à la lumière de la vision béatifique, quand nous ne connaîtrons plus Dieu seulement par les créatures, que d'un seul mot nous pourrons le désigner.

La simplicité de Dieu et les distinctions formelles en Dieu

d'après Duns Scot.

Duns Scot ne veut pas attaquer directement la simplicité de Dieu, c'eût été se heurter à une doctrine déjà définie par l'Eglise. Il s'attache plutôt à prouver la simplicité de Dieu par l'être absolu et infini, puisque toute combinaison métaphysique ou physique des créatures a son fondement dans leur être fini. Précisément parce que toutes choses ont été tirées du néant en dehors de Dieu, leur essence n'a pas l'être en soi et ne peut pas être identique avec lui. Toute chose finie manifeste de plus son caractère fini dans ladistinction de son être, de sa puissance et de son acte; d'après son essence elle n'est donc pas simple mais com-

(t) Qu. dispp. 1, c. a. 6. — [2) Ibid.

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