‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 40 sur 112 · LA LIBERTÉ DE DIEU DANS LES MANIFESTATIONS · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE DIEU DANS LES MANIFESTATIONS

Lut, la volonté de Dieu elle-même est la règle souveraine de la justice et ne dépend nullement de sa connaissance ou de sa sagesse. D'après lui, la réprobation de Pierre n'aurait pas été contraire à la justice si elle avait été vraiment voulue de Dieu. Tout ce qui est possible à Dieu ex potentiaabsoluia, c'est-à-dire tout ce qui ne renferme pas de contradiction en soi, est juste aussitôt que Dieu le veut et devient juste précisément parce que Dieu le veut (1). On remarque ainsi dans cette doctrine la tendance du scotisme à faire litière de la métaphysique et à faire s'évanouir dans le doute la théologie spéculative.

2. Considérée comme vertu humaine, la miséricorde est l'amour revêtant cette double forme particulière de pitié et de bienfaisance secourable pour les indigents et les malheureux. Dieu possède en propre cette vertu au degré le plus parfait et le plus élevé ; chez lui, elle ne consiste pas seulement dans la compassion, mais encore dans la commisération qu'il a de l'indigence et de la nécessité de ses créatures et dans le secours qu'il leur envoie, considérant leur misère comme si c'était sa misère même (2). Elle se montre, comme la justice, dans toutes les manifestations de Dieu, parce que tous les attributs de Dieu ne font réellement qu'un avec son essence et par conséquent se manifestent tous avec elle dans chacune de ses œuvres. Mise en parallèle avec la justice, la miséricorde a la préséance en Dieu : chaque œuvre de la justice de Dieu a pour fondement une œuvre de la miséricorde divine, ne fût-ce que le fait de la création par lequelle Dieu dans sa

miséricorde a appelé les créatures du néant à l'être.

(1) Reportt. 4. dist. 46. qu. 4 : Sed contra hoc sic arguo : Voluntas di- Tina, quae est prima régula omnium agibilium et omnium actionum, et

actio divinae voiuntatis, ex quo est prima régula, est prima rectitudo

sed quodlibet quod non includit contradictionem, non répugnât voluntati divinae absolute, igitur quidquid Deus faciat vel agat, erit rectum et justum.

(2) Cf. Thom. In Senti. 4. dist. 46. q. 2. a. 1.

UISTOIRE lies DOGMES

Kl le a encore la préséance, parce que ses manifestations sont plus frappantes que celles de la justice : Dieu punit toujours au-dessous de la faute et récompense toujours audessus du mérite (1). Car autant la bonté infinie de Dieu peut dans la communication de ses biens aux créatures, admettre de degrés au-dessus de leurs mérites et au-delà des limites mêmes de sa justice, autant Dieu est libre dans ses miséricordes ou ses bienfaits.

(1) S. th. 1 qu. 2\. a. 4 : Et sic in quolibet opère Dei apparet inisericordia quantum ad primam radicem ejus ; cujus yirtus salvatur in omnibus consequentibus, et etiam vehementius in eis cperatur, sicut causa primaria vehementius influit quam causa secunda.

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