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CHAPITRE

LE DÉVELOPPEMENT DE LA DOCTRINE DE LA TRINITÉ CHEZ LES THÉOLOGIENS DU MOYEN AGE.

Controverses sur le Filioque entre l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident.

La doctrine du Saint-Esprit procédant du Père et du Fils forma la clef de voûte du traité de la Trinité chez les Pères (ies premiers â-jes. L'histoire de ce dogme jusqu'au IXe siècle a été rapportée dans le deuxième volume de l'histoire des dogmes. Le pape Léon III, sur une plainte de prêtres grecs, n'approuva pas l'addition du Filioque au symbole de Constantinople, quoiqu'il n'y vît aucune atteinte à l'orthodoxie. Dans l'Eglise latine au contraire, le Filioque s'accrédita de plus en plus : il fut adopté peu à peu partout dans le symbole officiel, d'autant que nulle part dans l'Eglise latine il n'existait de doute sur cette vérité de foi, et que celle-ci était même formellement exprimée dans le Symbolum Athanasianum.

Mais les Grecs se refusèrent à regarder comme une vérité de foi que le Saint-Esprit procédât du Père et du Fils. Le plus grand théologien de France au commencement du IX0 siècle, Alcuin, qui prit part à toutes les controverses théologiques de ce temps, écrivit un livre spécial sur ce point de doctrine alors attaqué (Libellus de processione Spiritus sancti). Il y exposa surtout les preuves positives tirées

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des saintes Ecritures et des Pères (i). Alcuin enseigne la même doctrine dans ses quatre livres sur la Trinité (2 . Dans le premier livre (chapitre il) il attribue, comme propriété spéciale à l'Esprit-Saint la procession du Père et du Fils qui et Pâtre et Filio aequaliter prucedit. On était loin d'avoir suivi dans l'Eglise grecque le développement de la doctrine de la Trinité avec la même attention et la même conviction qu'en Occident où les explications si lucides de saint Augustin surce poiutétaientuniversellementconnues. En Orient la science de la théologie était engourdie depuis l'époque de saint Jean Damascène .on voyait donc de mauvais œil tout nouveau développement des symboles de foi. Cela devait se produire d'autant plus naturellement que, en ce moment, l'Eglise latine participait seule à cette élaboration, en dehors de toute coopération de 1 Eglise grecque. La vanité nationale des Grecs qui avaient alors comme aujourd'hui !a prétention d'être les meilleurs représentants de la théologie, leurs efforts pour assurer leur indépendance et leur égalité en face de Rome furent autant de nouveaux motifs qui engagèrent les évêques de Gonstantinople à protester contre le Filioque et à en rendre la doctrine impopulaire chez les Grecs.

Pho'Jus, ce Byzantin aussi rusé qu'érudit, avait été élevé par Bardas, oncle de l'empereur Michel III, au patriarcat de Gonstantinople, après que saint Ignace en eut été déposé illégitimement v857). Ce fut lui qui engagea la controverse. 11 le fitavec d'autant plusd'obstination qu'il ne pouvait obtenir de Rome la confirmation de son élection. Sa lettre d'invitation aux patriarches d Orient qu'il convoquait à un concile en l'année 867, expose les deux chefs d'accusation: les Occidentaux n'avaient pas le droit d'augmenter seuls le

(1) Alcuin {t. c. c. 1) cite Boèce parmi les Pères ; il l'appelle un homm versé dans les choses divines et philosophiques qui a écrit de unitate substantiae Patris et Filii atque Spiritus sancti ». C'est là une preuve qu'à cette époque Boèce était généralement regardé comme chrétien.

(1) 1res II. defide trinitalis.

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