‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 44 sur 112 · EXPOSÉ DE LA DOCTRINE TRINITAIRE DE P. LOMBARD SV · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE LA DOCTRINE TRINITAIRE DE P. LOMBARD SV

par exemple, plusieurs hommes tonnent une communauté ; c'est retomber dans le trithéisme et faire disparaître l'unité numérique de l'essence divine. Au contraire, l'expression de Pierre Lombard est d'autant plus juste et plus adéquate, qu'elle exclut très expressément le trithéisme. Il n'eût été permis de l'accuser de défendre la doctrine d'une quaternité, que s'il eût admis une distinction réelle entre la personne et l'essence ; et c'est précisément ce qu'il réprouve.

2. Le quatrième concile de Latran en 1215 fut appelé à trancher cette controverse : les Pères définirent le dogme selon ladoctrine de Pierre Lombard et donnèrent à entendre que son expression était la seule juste : Nos autem, sacro et universali concilio approbante, credimus et confitemur eu m Petro Lombardo, quod una quaedamres est incomprehensibilis quidem et inaestimabilis, quae veraciter est Pater et Filius et Spirituss.,tres simul personne, ac singulatim qnaelibet earumdem. Et ideo in Deotrinitas est sotum modo, non quaternitas, quaelibet trium personarum est Ma res, videlicet substantia, essentia sive natura divina, quae sola est universorum principiwn, praeterquam aliud inveniri non potest, et Ma res non est generans, neque genita, nec procedens, sed est Pater qui générât, Filius qui gignitur, et Spiritus s. qui procedit.

Ce décret dogmatique détermine très exactement le rapport de l'unité de l'essence à la trinité des Personnes, fait ressortir clairement la simplicité de Dieu à côté de sa triple personnalité et écarte toute idée de dithéisme ou de trithéisme. La génération en Dieu fait du Père le principe actif (pri?icipium quod) qui a communiqué au Fils sa propre essence divine comme principiwn quo, mais sans rien en perdre lui-même. Ainsi la doctrine, exposée par saint Augustin (l)dans son ouvrage De trinitate et que Pierre Lombard avait formulée dans la proposition qui nous occupe, fut érigée en dogme; et par làle concile fixa pour longtemps la doctrine trinitaire.

(I) Cf. Hist. des dogmes II, § 20.

-J.'i't HISTOIRE Dl S DOGMES

Doctrine trinitaire de Richard de Saint-Victor

Les plus grands théologiens du moyen fige essayèrent di' pénétrer spéeulativemenlle mystère de la Trinité. Nous ne pouvons étudier leur œuvre sans mentionner Richard de Saint-Victor, (f 1173), disciple et successeur de Hugues de Saint-Victor, qui a exposé sa doctrine dans son remarquable ouvrage Libri 6 de Trinitate.

1. Le côté original de son exposition doctrinale, c'est sa tendance à faire découler la vie trinitaire en Dieude l'amour, pris comme principe fondamental, et à expliquer par là le développement d'une unique essence divine en une trinité de personnes. L'amour de soi, qui est le caractère propre de chaque être, n'est pas parfait ; il ne devient chez l'homme la cltariias proprement dite que lorsque dans la personne même c'est Dieu qui est aimé à cause de sa bonté absolue. L'amour de Dieu pour lui-même, devant être parfait, a Desoin d'un aller ego, d'une autre personne qui en soit l'objet ; et cet objet ne peut pas être une créature, parce qu'alors son amour ne serait pas absolument parfait ; il faut que ce soit une seconde personne divine (1). D'ailleurs l'amour nous indique que la félicité absolue, qui est un fruit de l'amour, vient d'une pluralité de personnes, parce que l'amour produit la félicité précisément par la conscience qu'on a d'être aimé par celui qu'on aime. L'amour en d'autres termes consiste essentiellement dans la réciprocité (2).

L'amour explique non seulement la pluralité des per-

(1) De tria. III, 2 ; Ut ergo in illa vera diviuitate plenituùo chariutis possit locum habere, oportuit aliquam divinam personam persenae condignae et eo ipso divino consortio non carere.

(i) C. 3 : Piopiiuni au te m amoris est, et sine quo omnino non possit esse, ab eo queui multum diligis multum diligi velle. Non potest ergo esse auior jucundus si non sit et mutuus.

DOCTRINE TRIN'ITÀIRE DE RICI1AKD DE SAINT-VICTOR ^5.'>

sonnes, mais encore leur égalité ; autrement cet amour absolu n'aurait pas d'objet, ou l'objet qu'il aurait ne lui correspondrait pas parfaitement. Le plus parfait amour de réciprocité n'existera donc en Dieu que si celui qui aime et celui qui est aimé ont une même essence absolue (1).

Richard de Saint-Victor essaie enfin d'expliquer par l'amour de Dieu non seulement la pluralité et l'égalité, mais encore la trinité des personnes. L'amour, en effet, dénote une perfection particulière en ce qu'il contient en lui-même le désir effectif de frdre participer un autre être à sa félicité pour en être aimé. Qui n'a pas encore la joie de faire participer quelqu'un à son bonheur n'a pas atteint le bonheur parfait et doit, en attendant, tendre encore à un degré supérieur de félicité. Mais l'amour de Dieu doit être le plus parfait possible ; c'est pourquoi il doit prendre conscience de cette joie que lui donnera la participation d'une troisième personne à cet amour réciproque (2).

2. Richard se sert d'exemples familiers pour établir la différence entre l'essence et la personne : aussi définit-il l'essence ce par quoi nous expliquons ce que la chose est, la personne, quand nous montrons qui elle est ; pour faire connaître celle-ci nous nous servons de son nom de famille et de ses prénoms (3). Le nom de famille désigne l'origine et le prénom les qualités particulières ; les deux réunis constituent la subsistance qui constitue l'élément formel de la personnalité (4). D'après Richard, celle-ci lui vient soit de son origine particulière, soit de ses qualités spéciales, soit des deux éléments combinés. La différence d'origine constitue le mode d'existence des personnes en Dieu et les distingue l'une de l'autre ; les qualités ou propriétés particulières forment les personnes dans le

(1) G. 7 : Sicut itaque in vera divinitate charitatis propiietas exigitpersonarum pluralitatem, sic ejusdern charitatis integritas in vera plurahtate requirit sainmaui persDnarum ae jiialitatem. '. 11. — (:i; lb. IV, 7. — v4j C. 12.

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monde .mgélique, tandis que parmi les hommes origine et qualités se réunissent pour constituer la personne 1 .

C'est pourquoi Richard de Saint-Victor ae veut pas admettre la définition donnée pur Boèce : Personaest rationalis naturae individua substantiel, parce qu'elle vaut aussi bien pour l'essence divine que pour la personne divine. Il prétend établir une autre définition de la persone divine et de la personne en général en disant : Persona divina es* divinae naturae hicommunicabiUs existentia ; et pour la personne en général : Persona est existais per se solum juxta singularem quemdam rationalis existentiae modum. Cet existens per se solum désigne l'existence individuelle de sorte que l'hypostase en question possède l'existence non pas attachée à un autre ou comme partie d'un autre ; et le singularis modus existentiae indique l'existence propre d'une substance individuelle, ce qui dans la substance est incommunicable ; enfin l'épithète rationalis indique une hypostase spirituelle. Tout cela se trouve aussi dans la définition de Boèce, si on prend les mots individua substantia dans le sens que leur donna l'école.

3. Les personnes divines se distinguent entre elles par un mode spécial d'existence. Or, la nature même nous montre que plusieurs personnes se procurent entre elles d'autant plus de bonheur qu'elles sont plus unies entre elle- . La félicité souveraine et absolue en Dieu suppose doi.o nion et l'unité la plus intime des personnes divines ; et cette union n'existerait pas si chaque personne venait d'elle-même. Alors en effet il n'y aurait plus cette perfection et cette souveraine félicité qui résulte d'une union de réciprocité (2). Cependant, il faut qu'une des trois personnes soit d'elle-même, c'est-à-dire non engendrée; autrement nous serions forcés d'admettre une série sans rin de personnes divines : ce que nous pouvons bien concevoir mais qui ne peut se réaliser. Dieu est le principe de tout

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