DOCTRINE TRINITAIBE DE RICHARD DE SAINT-VICTOR
être réel ; c'est pourquoi nous ne pouvons pas admettre en Dieu une telle série de personnes qui n'aurait pas de commencement; car cette série de personnes, pure création de la pensée, ne pourrait pas expliquer la réalité du monde (1). Il faut donc que l'être absolu trouve en lui-même son origine, qu'il soit élevé au-dessus de tout être composé, car un être composé ne peut pas être la source originelle de toutes les choses ; il a plutôt besoin d'un autre être qui soit son principe et l'auteur de sa composition (2). La simplicité absolue exclut aussi la composition d'être et de puissance, implique l'identité réelle de l'être et de la puissance et en même temps exige que tout pouvoir comme tout être découle d'un principe simple souverain et absolu (3). Aussi bien le propre de la première personne divine est de posséder en soi son principe et d'être ainsi la source première de tout être et de tout pouvoir (4).
Cette propriété de tenir de soi sa personnalité ne peut, d'après ce que nous avons dit, appartenir qu'à une seule personne divine ; autrement l'union de réciprocité n'existerait plus. Au contraire le mode d'existence dépendante d'un autre peut convenir à plusieurs personnes. C'est ce qui existe en Dieu, mais avec cette particularité que les personnes y existent de toute éternité (5).
4. Richard de Saint- Victor revient encore une fois à la nature de l'amour pour y trouver le fondement de la trinité des personnes en Dieu. Puisque l'amour en Dieu doit être absolument parfait, il doit y avoir une seconde personne égale en essence qui soit l'objet de cet amour; autrement celui-ci ne serait pas absolument parfait ; bien plus, il pourrait être perfectionné en se portant vers un objet d'égale essence. Le pouvoir ou la possibilité s'étendrait donc plus
(1) C. 3 : Sicque fieret, ut rerum séries et ordo qui sine principio esse non valet, principium non haberet, principiam,inquam, non tam temporis quam originis vel cujuscumque temporis.
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loin que l'être ; il ne serait donc plus identique à l'être
de Dieu, ce qui serait en contradiction avec la simplicité
divine. Une personne souverainement élevée engendrera
donc d'elle-mêmeune seconde personne égale en essence 1 .
L'amour exige encore une troisième personne en Dieu,
ainsi que nous l'avons déjà mentionné plus haut. Comme
celle-ci ne peut pas être une personne en soi, il faut qu'elle
tire son origine ou de la première ou de la seconde ou des
deux à la fois. Mais si les deux premières personnes sont
égales en tout, excepté que la qualité d'être une personne
par soi n'appartient qu'à la première, il faut que la troisième
personne tire son origine des deux autres (2). D'ailleurs on
ne peut pas établir entre les personnes divines une paren'é
purement médiate, car la parenté la plus parfaite est la
parenté immédiate ; c'est donc celle-ci qui doit exister
entre les Personnes divines, c'est-à-dire chaque personne
doit avoir avec chacune des autres un rapport immédiat
d'origine. Il suit de là que la troisième doit venir en même
temps de la première et de la deuxième personne (3).
Do même qu'il y a en Dieu une personne qui est par soi il doit y en avoir une aussi qui ne produise plus aucune autre personne ; autrement il faudrait admettre d'un autre côté, c'est-à-dire du côté des descendants, une série indéfinie qui peut bien s'imaginer mais qui ne peut pas exister réellement (4). Cependant il ne peut y avoir en Dieu qu'une seule personne qui n'en produise pas d'autre. Car s'il y en avait deux ou plusieurs, elles n'auraient entre elles que des rapports de parenté médiate (5). La propriété de la première est donc d'avoir en soi son origine et de ne venir d'aucune autre ; celle de la troisième, de ne produire aucune autre personne ; celle de la seconde, de n'être pas par soi, mais de produire une autre personne (6). Ainsi se manifeste dans la Trinité divine l'union la plus grande avec des diffé-
(1) G. 6 ; Exigente itaque charitate condignum habere volet, et exbibente potestate habebitquem habere placet.