DOCTRINE TBINÏTA1RE DE RICHARD DE SAINT-VICTOR
rences et une différence avec l'union la plus grande, puisque la propriété commune de la première et de la seconde personne, c'est de donner, celle de la troisième et de la seconde de recevoir (1). En d'autres termes la première donne, la troisième reçoit et la seconde reçoit et donne : telles sont leurs propriétés particulières. Ainsi resplendit dans la Trinité divine l'harmonie la plus belle, l'ordre et l'union les plus parfaits. La première personne, c'est la plénitude de l'amour qui se donne librement, la troisième, la plénitude de l'amour reconnaissant et la seconde, la plénitude de l'amour bienveillant et reconnaissant (2).
5. Il s'efforce enfin de puiser dans la spéculation des motifs pour mieux établir la distinction entre la génération et l'aspiration. La difficulté s'augmentait cependant ici de ce que Richard avait expliqué la Trinité par l'amour seul, abstraction faite de la connaissance. La seconde personne divine vient de la première dont elle reçoit une essence égale ; Dieu le Père a donc ainsi pour objet de son amour une personne égale à lui. Ce rapport de ressemblance n'a pas d'expression plus adéquate que celui de père à fils introduit par la génération (3).
Si nous concevons la troisième personne comme le résultat de l'amour des deux autres entre elles {condilectum), si nous considérons qu'elle est aimée des autres personnes au même degré et de la même manière qu'elle les aime, le rapport de la troisième personne à la première et à la seconde et le mystère de son origine n'aura pas de meilleure explication que celle du souffle à celui qui le produit, puisque dans le sens de la communication le souffle peut être non seulement corporel mais encore spirituel (4).
Dans la controverse de Pierre Lombard avec l'abbé Joachim sur l'expression essentia sive substantia ingenita, substantia genita, Richard de Saint-Victor se prononce
(1) C. 14. — (2) G. 17-19. — (3) 1b. VIII, 1-5. - (4) G. 10.
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contre Pierre Lombard, en s'autorisant des Pères; mais il se sépare aussi de Joachim en ajoutant que ces expressions n'amènent pas à admettre le dithéisme ou le trithéisme (1). D'ailleurs à cette époque l'Eglise ne s'était pas encore prononcée là-dessus.
Doctrine d'Alexandre de Halès, de saint Bonaventure et d'Albert le Grand sur la Trinité.
Le développement des dogmes au moyen âge est dû beaucoup plus à la marche progressive de la spéculation chez les grands maîtres des diverses écoles qu'aux luttes victorieusement soutenues contre les hérésies. Aussi devonsnous présenter l'un après l'autre les grands docteurs qui ont étudié la Trinité et faire connaître leurs essais d'explication.
A. Alexandre de Halès, père de l'école franciscaine au moyen âge et maître de saint Bonaventure, a donné le premier élan et la première forme à la plupart des opinions de l'école franciscaine ou scotiste.Mais ces opinions n'offrent rien de particulier sur le dogme de la Trinité dont le développement était déjà arrêté.
1. Pour expliquer la différence des concepts de personne et d'essence Alexandre s'attache à la doctrine de Boèce, de Pierre Lombard et de Richard de Saint-Victor, et il trouve l'essence de l'hypostase et de la personne dans le mode d'existence particulier, parfait et incommunicable, qui constitue chaque être dans son entité déterminée et complète (2). En Dieu la distinction entre l'essence et la per-
(1) C. 23 : Sicut enim superius jam diximus, ex eo quod Pater est subtantia ingenita, Filins genita, non ex eo sequitur qnod sit alia et aJia, substantia, sed prorsus alia et alia persona.
(2) S. th. p. 1. q. 55. membr. 4. a. 1 : Persona est existentia incommunicabilis intellectualis naturae vel existens per se solum secundum qnemdam modum existendi.