‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 47 sur 112 · DOCTRINE D'ALEXANDRE DE HALÈS · texte numérisé non relu

DOCTRINE D'ALEXANDRE DE HALÈS

sonne n'est pas une distinction réelle (secundum rem), elle est seulement virtuelle (secundum intelligentiam rationis); mais la distinction des personnes entre elles est réelle même en Dieu (1).

On peut encore montrer plus simplement la distinction entre la nature et la personne, en disant que la première comprend le quo est d'une chose et la seconde répond à la question quis e&t. Les propriétés d'un être particulier sont donc toujours distinctes de la personne puisqu'elles a jouten t quelque chose à la personne.

2. Nous ne pouvons expliquer d'une certaine façon les vérités qui regardent l'être divin, que par les analogies et les contrastes avec les choses finies. Et cela est encore vrai de la génération du Verbe et de l'aspiration du Saint-Esprit. La génération en Dieu est analogue au travail intellectuel' par lequel l'homme arrive à la connaissance de soi-même, ou mieux, elle accompagne la connaissance que Dieu a de lui-même. Avec la connaissance de lui-même, il y a aussi chez l'homme la production d'une image cognitive inséparablement unie à lui-même. Mais en Dieu la chose se passe autrement. En lui ni l'acte de connaissance, ni l'image cognitive ne sont réellement distincts de l'essence. Il ne résulte de là qu'une chose, c'est qu'en Dieu l'être connaissant et engendrant est autre que l'être connu et engendré (2).

De même l'aspiration du Saint-Esprit est analogue à l'acte d'amour des créatures spirituelles : cet acte vient de

(1) Ib. qu. 56. memb. 7. a. 2 : Et ratio hujus est, quia ille existentiae modus facit differentiam personae, non personae ad essentiam.

[t) S. th. p. 1. q. 42. memb. 2 : Unde cum dicitur Deum intelligere se est Deum generare speciem suam in se : dicendum quod non estverum. Non enim est intelligere per speciem ubi idem est actus quod essentia, nec est species alia ab essentia. Cum ergo dicitur : intelligendo générât, val intelligere est speciem generare, intelligitur per concomitantiam. Tamen hoc non est illud sicut in mente, quia major est ibi differentia quam in divino esse; ex hoc enim quod est generatio suae speciei, necessario sequitur generans et genitus.

la substance et de la connaissance de l'àme. La similitude est encore plus grande si avec Richard de Saint-Victor on entend cet amour sous sa forme de réciprocité des êtres spirituels entre eux (1).

Alexandre de Halès affirme aussi contre Joachim qu'on ne peut pas attribuer la génération et l'aspiration immédiatementà l'essence divine, mais bien à la sagesse, ou à l'amour divin, ou à la lumière divine (lumen de lumine, qui laissent bien entendre l'essence divine, mais en même temps les relations des Personnes divines entre elles (2).

3. En Dieu il n'y a que trois Personnes et pas davantage, parce que la bonté absolue de Dieu, qui précisément en tant que bonté est communicable, ne peut être transmise que de deux façons : par la génération d'un être et par l'amour, c'est-à-dire par la nature et par la volonté ; car d'une manière générale le Fils est engendré de la nature ou de l'essence de Dieu et le Saint-Esprit procède de la volonté du Père et du Fils (3). C'est d'une manière semblable que Richard de Saint-Victor avait essayé de montrer la Trinité des Personnes en Dieu.

B. Les explications de saint Bonaventure, comparées à celles d'Alexandre de Halès, ont déterminé sans doute en général un plus grand progrès de la science religieuse ; seulement, il n'en est pas ainsi pour ce qui concerne la doctrine de la Trinité.

1. Tous les Scolastiques s'accordent à dire contre Joachim qu'il ne faut pas attribuer la génération ou l'aspiration à la

(I) lb. qu. 43. memb. 3. a. 1 — menibr. S.

(?) lb. qu. 42. membr. 3. a. S.

(3) lb. qu. 45. membr. 7 : In divinis tantum debent esse très personae nec possunt esse plures : quia sequeretur quod non esset in ipsa summa trinitate summa germannas nec summa connexio, sed confusio et înor-

dinatio supposito quod communio boni non possit nisi duobus mo-

dis esse se. vel per modum naturae et haec est generatio vel productio generati a générante, vel per modum voluntatis et baec est processio amoris ab amante.

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