DOCTRINE D 'ALEXANDRE DE OALÈS
divinité ou à l'essence divine. Le docteur séraphique dit encore avec plus de précision qu'à côté de ces expressions abstraites on pourrait employer aussi pour Dieu des expressions concrètes comme Deus, et qu'en outre ces expressions, qui sont parfois abstraites, pourraient se prendre aussi quelquefois dans un sens concret. L'expression sapientia par exemple peut s'appliquer à la fois à l'attribut divin de sagesse et au Logos ; l'expression volwitas peut s'entendre à la fois de la volonté divine et du Saint-Esprit. Si on se sert pour Dieu d'un mot emprunté au domaine du concret ou du moins d'un mot qui peut être entendu dans un double sens, abstrait et concret, on peut alors attribuer à Dieu la génération et l'aspiration et dire : Deus generatur, sive Sapientia de Sapientia. Cependant il n'est pas permis de dire : suôstantia divina generatur, mais bien : FUius generatur de substantiel Palris, sive essentia divina per generationem communicatur (1).
2. La génération et l'aspiration trouvent en quelque sorte leur explication analogique dans la connaissance et la volonté de Dieu. Mais cette analogie de la connaissance et de la volonté laissent entendre un double mode de génération et d'aspiration : l'une relève de l'immanence, l'autre de la création. La connaissance aboutit en effet à la production d'une image égale ou d'une copie, c'est-à-dire soit à la génération d'un prototype de toutes choses et de l'image égale, soit à la production de copies conformes à ce prototype par la création . Même l'analogie de la volonté présente un double aspect: ou bien c'est la volonté ou l'amour luimême qui procède de Dieu ; ou bien c'est la chose réalisée par la volonté et par l'amour (2). Le saint docteur trouve aussi qu'il y a dans la génération et l'aspiration une preuve en faveur de la création. Puisque l'essence divine est communicable aux trois Personnes divines, il y a aussi la possi-
( ) In Sentt. I. dist. 5. a. 1. qu. 1. — 2b. a. 2. qu. 1. 2. (t) lb. dist. tj. a. 1. qu. 3.
MSTOIBE DES DOGMES
bilité d'une autre communication de Dieu, c'est-ù-dire la communication de sa bonté et de la perfection de son être aux choses finies, et ainsi se trouve préparée la possibilité d'une communication par création.
3. Le docteur séraphique définit la personne absolument comme Pierre Lombard. Si on attribue au Père, au Fils et au Saint-Esprit l'essence divine et en môme temps la personnalité, c'est d'une manière différente. L'ôtre divin en effet est un dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont chacun une personne . parce qu'ils sont semblables sous le rapport de leur mode d'existence et de leur activité personnelle (i). Outre la distinction réelle qui existe entre les personnes en Dieu, il faut encore distinguer les propriétés personnelles que le saint docteur réduit à cinq : la propriété de n'être.pas engendré, la génération active et passive, l'aspiration active et passive (2).
C. Albert le Grand, le fondateur de l'école dominicaine et le maître de saint Thomas, occupe la première place parmi les Scolastiques.
i. Tous les Scolastiques reprennent en la développant cette idée déjà exprimée par les Pères contre les Ariens, à savoir qu'il ne faut pas entendre la vie immanente de Dieu comme une source desséchée. La communicabilité de Dieu qui se manifeste dans toute la création et dans toutes les relations de Dieu avec les créatures, où il nous montre sa bonté, sa perfection et son amour, doit avoir son fondement dans l'essence divine et par conséquent n'est pas une pure puissance, mais un acte : elle se manifeste réellement en Dieu par la génération du Fils et l'aspiration du Saint-Esprit et s'achève précisément dans les trois Personnes divines et seulement dans ces trois ; car, on ne peut pas imaginer d'autre communication de Dieu en dehors de sa vérité
(1) 1b. dist. 25. a. 2. qu. i. — (2) Ib. dist. 2'. a. I. qu. I.
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souveraine par le Verbe et de sa souveraine bonté par l'amour (1).
2. Albert le Grand justifie le décret du quatrième concile de Latran contre Joachim de Flore en attribuant aux Personnes divines et non à l'essence divine la génération et l'aspiration. Quand saint Augustin emploie une fois l'expression : divinitas nata et substantiel de substantia {de trin 5,20) il veut dire simplement contre les Ariens que le Fils a la même divinité et la même essence que le Père, ou que le Fils d'une part est du Père, mais que d'autre part il est aussi de la même essence que le Père (2).
La distinction des Personnes divines par leurs relations entre elies, par leurs propriétés et leurs notions {relationes, proprietates, notiones) avait été déjà introduite par saint Augustin, elle fut retenue par la Scolastique. Albert le Grand cite cinq propriétés : le Père possède en propre la qualité de n'être pas engendré et la génération active, ii possède en commun avec le Fils l'aspiration active ; le Fils au contraire possède la génération passive et le Saint-Esprit l'aspiration passive. Ces relations s'appellent notiones, parce que c'est par elles que les diverses Personnes se font connaître comme telles avec leurs propriétés personnelles (3). Pour distinguer la personne de l'essence et de la nature, il la définit de la même manière que Boèce, Lombard et Richard de Saint-Victor, et il explique ce mot particulier de sa définition individus se. substantia ou incom- ?mm^a£//i'sencesensquela nature, en tant qu'elle est communicable ne forme cependant pas de personne. De même Vanima separata, en tant que partie de l'homme qui doit un
(1) In Senti. 1. dist. 10. a. lï: Non manifestatur aliquid r.isi duobus inodis distinctis, se per inoduin veri verbi et per ruoduni boni ; si enim manifestatur natura non est distinctus modus manifestationis. Ergo cum Pater qui est principium non de principio, manifestet se in processione, personaruin, non manifest-.bit se nisi istis duobus modis ; sed bonum est post veruin, et ita Spiritus sanctus erit a Filio, cui convenit verum.
(2) Summa p. 1. tr. 7. qu. 30 membr. 3. a. 1. — (J) Ib. qu. 39. a. 1.
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jour ressusciter, l'orme bien un «Moment constitutif de la nature humaine, mais ne l'orme pas une personne humaine; la personne humaine ne réapparaîtra qu'à la résurrection (i).
•i. Albert le Grand a recherché avec une prédilection mar < i née, comme saint Augustin dans son ouvrage De trut'date, les vestiges et les images de laTrinité divine dans le monde matériel et spirituel. Il trouve des traces de ce mystère, c'est-à-dire une certaine trinité dans le monde matériel et ses parties constitutives, soit qu'il considère son fîeri, son être (esse) ou son perfectionnement {perfection esse), soit qu'il considère sa cognoscibilité ou sa capacité d'agir. Il a ainsi découvert d'après ces cinq points de vue une quintuple trinité dans les choses. Dans la création des choses le nombre, le poids et la mesure (numerus , pondus et mensura), selon les paroles de la Sagesse (11, 21), forment une première trinité : le nombre se trouve dans la pluralité des principes des choses, le poids dans les relations et la parenté des choses entre elles, et la mesure dans les rapports exactement précisés de leurs parties entre elles. Les choses du côté de leur être se distinguent par leur modits, sppeies -et ordu, c'est-à-dire la forme, leur distinclion spécifique et leur relation au but final. Du côté du perfectionnement des choses cette trinité se manifeste avec une analogie plus évidente encore : c'est l'être qui est perfectionné au moyen de la vérité et de labonté. Du côté de leur cognoscibilité on distingue dans les choses leur être, leur ressemblance, leur différence avec les autres choses. Enfin du côté de la capacité d'agir on distingue dans les choses la substance, la faculté et l'acte (2).
La créature spirituelle porte encore plus la trace de la Trinité, parce qu'elle est l'image (imago) de Dieu : son esprit d'abord avec la mémoire, l'intelligence et la volonté. De la mémoire se dégage l'intelligence d'une chose, et de
(I) lb. qu. 44. membr. 2. — [i) Cf. S. th. 1. tr. 3. qu. 15. m. 2. part. 1.