‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 55 sur 112 · LES BONS ET LES MALVAIS ANGES · texte numérisé non relu

LES BONS ET LES MALVAIS ANGES

bien dans l'amour de l'ange envers lui-même et les autres Anges que dans son amour envers Dieu. L'ange aime Dieu lui-même d'un amour naturel et non libre, puisque nécessairement il préfère le bien le plus parfait, le plus élevé au moins parfait. Mais l'exercice de la charité est libre, car elle a pour objet Dieu, en tant que fin dernière surnaturelle (1).

Les bons et les mauvais Anges (suite).

1. Les Anges comme les hommes ont été par une grâce spéciale de Dieu destinés à une fin surnaturelle, la vision de Dieu. Pour cela, ils ont reçu de Dieu la possibilité passive (potentia obedientialis) dans leur nature, c'est-à-dire par la création ; mais la disposition positive correspondante ils ne l'ont reçue que par la libre volonté et la grâce de Dieu, d'après l'opinion des Thomistes, et immédiatement après la création et d'après l'opinion des Scotistes seulement comme un supplément accordé plus tard à leur nature. La controverse entre l'école dominicaine et l'école franciscaine sur le moment de l'élévation à l'état de grâce sanctifiante se rapporte aussi bien au premier homme qu'à l'ange. Saint Bonaventure (in Sentt. 2 dist. 4, 1 . 9. 2) déclare invraisemblable que cette élévation ait eu lieu plus tard, c'est à-dire après la création et n'ait pas eu lieu en même temps que la création. Alexandre de Halès avait précisément tenu cette même opinion pour vraisemblable, et en outre avait cru, faussement et sans motif suffisant, que l'élévation des Anges à l'état de grâce sanctifiante avait coïncidé temporellement avec leur élévation à l'étatue gloire. Cela le conduisit à admettre cette singulière opinion que les Anges déchus n'avaient jamais eu la grâce sancti-

(I) lb. qu. 60. a. 1. — (2, 76. a. 5.

S^l UISTOIRE DES DOGMI -

liante (i). En tout cas selon l'une et l'autre, il n'a pas été donné aux Anges au moment même de leur création d'atteindre immédiatement leur perfection ou leur fin : ils durent mériter celte perfection (2). Si, comme le veulent les Thomistes, ils avaient été immédiatement au moment de leur création absolument parfaits, soit dans leurs facultés naturelles, soit par la grâce sanctifiante, ils avaient cependant au même moment à actualiser la charité infuse. Cet acte de charité dut être accompli du moins bientôt après la création, en tout cas dans l'un des premiers moments qui ont suivi, et à cela s'ajoute alors à un troisième moment la béatification et la perfection pour tous les Anges qui se sont maintenus dans l'épreuve (3).

2. Par rapport à la mesure de grâce et au degré de bonheur, saint Thomas affirme des Anges qu'ils ont reçu une grâce et une béatitude d'autant plus grandes qu'ils ont été au point de vue naturel créés plus parfaits par Dieu. Car plus leurs facultés naturelles, plus leur intelligence et leur volonté sont parfaites, plus vivement ils connaissent Dieu, leur souverain bien. Dans l'homme au contraire la perfection de l'acte dépend d'autres circonstances et d'autres influences, spécialement de ce que les fonctions de la connaissance et de la volonté sont, ou ne sont pas empêchées ou retenues par la matière et par la sensibilité (4).

La perfection des esprits purs, la contemplation de Dieu ne détruit pas leur nature ni leurs facultés naturelles, ni l'action de ces facultés ne détruit pas davantage leur connaissance naturelle et leur amour (5). La possibilité de pécher ou le pouvoir de commettre le péché a cessé pour les esprits bienheureux, parce que maintenant ils reconnaissent Dieu, à tous les points de vue et si complètement, pour le souverain bien et le contemplent si clairement qu'ils doivent l'aimer avec la même nécessité, que nous le bien

(1)S. th. 2. q. 19. membr. 2. — (») Thom. S. th. 1. qu. 62. a. 4. S) lb. a. 5. — (4) lb. a. 6. — (5) Ibid. a. 7.

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