‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 56 sur 112 · LES BONS ET LES MAUVAIS ANGES · texte numérisé non relu

LES BONS ET LES MAUVAIS ANGES

en général (bonum universale). Ils ne peuvent affirmer leur libre choix que relativement aux moyens contingents par lesquels ils exercent leur amour envers Dieu, car les moyens pour atteindre ce but peuvent être plus ou moins aptes à cette fin et être connus comme tels (i).

3. Pour les Anges le péché à l'origine fut aussi bien possible que pour les hommes. L'acte de pécher, en tant que violation de la règle légitime se trouve dans toutes les activités des créatures, aussi bien dans les activités naturelles que dans les activités artificielles et morales (in naturalibus, artificialibus et moralibus) surtout dans les activités de ces forces qui ne sont pas leurs règles à elles-mêmes. Or Dieu est seul sa règle à lui-même. Aucune créature n'a sa règle dans sa propre essence ; elles la reçoivent de Dieu et en dehors d'elles. Par nature et par leur essence elles sont sujettes à la possibilité de pécher et ne peuvent être élevées au-dessus de cette nécessité que par une grâce particulière de Dieu (2).

L'homme ne peut commettre une faute et pécher qu'autant qu'il choisit avec liberté quelque chose qui est mal ou péché comme par exemple un adultère ; il peut le regarder, il est vrai, par ignorance ou erreur pour un bien, c'est-à-dire pour quelque chose qui répond à sa félicité (3). Chez l'ange, sans doute, une telle ignorance n'est pas possible, car la lumière de saconnaissance n'est pas troublée par la sensibilité. Mais le péché peut s'emparer de lui d'une autre manière : il peut tendre à ce qui est bien d'une manière désordonnée, comme du bien de sa propre personne. De là vient que chez les esprits purs l'orgueil et l'envie sont des espèces de péchés possibles : l'orgueil, quand ils affirment d'une manière

(\)lbid. a. 8. Voluntas igitur in Angelis se habet ad opposita quantum ad multa facienda vel non facienda ; sed quantum ad ipsum Deum, quem vident esse ipsam essentiam bonitatis, non se habent ad opposita; sed secundum ipsum ad omnia diriguntur. quodcumque oppositorum eligant, quod sine peccato est.

(2) Ibid. q. 63. a. 1 . — (3) 1b.

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désordonnée leur prééminence, en se révoltant contre la soumission qu'ils doivent à Dieu ; l'envie, en tant qu'ils s'abandonnent à la tristesse sur le bien des autres, sur Dieu considéré comme le souverain bien, et sur le bien des autres créatures, parce qu'ils y trouvent un obstacle pour faire valoir envers tous l'avantage de leur propre personne (l).

Le prophète Isaïe (14, 13) met dans la bouche du démon des paroles qui témoignent de ses efforts pour s'égaler à Dieu.llnefautvraisemblablemententendrecetteégalilé que comme le désir d'une ressemblance plus grande, car l'œil des esprits purs ne pouvait être assez aveuglé pour désirer s'attribuer l'essence absolue et se proposer un tel but à atteindre. L'esprit malin a aspiré à la ressemblance avec Dieu, en tant qu'il a voulu atteindre la perfection seul avec ses forces naturelles et comme ne la devant qu'à luimême, et alors même il s'est écarté de la voie naturelle de son bonheur par la vue de Dieu, et du moyen d'atteindre à ce bonheur, qui est la grâce de Dieu. 11 voulut encore se rendre semblable à Dieu en s'attribuant une autorité sur les autres Anges (2).

4. Il n'y avait pas dans l'ange, comme dans l'homme à l'état déchu, un penchant naturel au péché. Car le pur esprit doit vouloir le bien en général, c'est-à-dire la béatitude et il n'y a là rien de mauvais en soi. Mais le désir sensuel de l'homme est dirigé vers les biens particuliers et les objets sensibles ; or ces objets ont d'ordinaire quelque défaut ou mal physique et de là le désir de l'homme peut de sa nature se porter sur quelque chose de mal qui est mêlé ou lié à un bien particulier 3). De même que les bons Anges n'ont pas acquis leurs droits au ciel parla première de leurs activités, de même le péché n'a pas été la première activité des Anges déchus. La création des Anges en tant qu'acte de Dieu avait pour but et pour fin leur existence. Le premier

(I) lbid. a. 2. — (2) Ibid. a. 3. — (3) Ibid. qu. 63. a. 4.

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