LES BONS ET LES MAUVAIS ANGES
acte des esprits créés par Dieu et qui étant excité immédiatement par Dieu se rattachait à leur création, a donc dû avoir pour objet leur propre existence. Ainsi, d'après l'opinion de saint Thomas, le premier acte des purs esprits a été un acte de connaissance, par lequel ils ont saisi leur propre être, la cognitio vespertifia, qui a pour objet non les idées divines, mais les copies qui en ont été réalisées dans les choses créées. L'acte qui a suivi a été chez les bons Anges l'acte méritoire d'amour et chez les mauvais leur défection de Dieu (i).
La chute de tous les mauvais Anges ne peut pas être divisibledansladurée etelleaeu lieu au même temps. Pourtant il est possible quo le péché d'un ange, vraisemblablement du plus élevé, ait été la cause du péché des autres, si au moment même de sa chute il communiquait ce qui se passait en lui aux autres Anges, au moyen du langage intellectuel. Nous aussi nous pourrions dans un même moment prendre part à une discussion que nous entendons si, êtres sensibles, nous n'avions pas besoin d'un langage perceptible, la propagation des mots par le son jusqu'à notre oreille, et de la réflexion ou délibération (2).
Duns Scot, qui a cherché à affaiblir en plusieurs points la différence des Anges et des hommes, s'écarte aussi en celui-ci de la doctrine du docteur angélique, et non seulement il prend une plus longue durée pour l'affermissement dans la grâce, ou l'endurcissement dans le péché, mais il soutient par suite de ceci, qu'il y a eu plusieurs actions méritoires de la part des bons Anges et plusieurs actions mauvaises de la part des Anges déchus.
Le nombre des Anges déchus est, de l'avis de saint Thoimas, moins grand que celui des Anges bienheureux.
5. Les peines dont la justice de Dieu punit le péché des Anges comprennent un obscurcissement de leur intelli-
(1) Ibid. a. 6. ad4um dicendum : Et sic prima operatio fuit omnibus communia sed in secunda sunt distincti.
(?) Ib. a. 8. ad 1 um. — (3) Oxon. 1. dist. 5. qu. 1. n. 3.
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genre relativement aux choses surnaturelles; mais par là leur connaissance des vérités naturelles n'a pas été altérée. La connaissance communiquée par la grâce est, chez les Anges comme chez les hommes spéculative et pratique. De la première, les esprits mauvais peuvent avoir encore gardé beaucoup ; mais la connaissance pratique des choses divines liée à la charité, ils l'ont perdue avec la charité. La punition du péché consiste surtout dans les peines éternelles de l'enfer, et saint Thomas explique leur éternité par la justice divine, qui frappe la faute infinie du péché de peines infinies; il la prouve aussi par l'endurcissement inébranlable dans le mal, qui provient chez les esprits purs de ce qu'ils saisissent l'objet de la faute, non seulement avec leur volonté, mais encore avec leur intelligence d'une manière irrévocable (1). L'homme au contraire saisit l'objet de sa volonté ordinairement avec le raisonnement, par suite d'une argumentation tirée des principes suprêmes, de sorte qu'il peut d'une manière changeante poursuivre, non seulement avec son intelligence, mais encore avec sa volonté, tantôt un objet, tantôt un autre. Mais l'ange saisit tout avec son intelligence, comme avec sa volonté d'une manière irrévocable. A la raison ducôté de l'intelligence correspond donc la possibilité du côté de la volonté humaine de passer souvent du bien au mal et du mal au bien ('2). Chez le démon un tel passage d'un extrènx à l'autre est impossible ; il est inébranlablement affermi dans le mal de sorte que chacun de ses actes réfléchis ei volontaires est un péché, quoiqu'il puisse encore accomplii avec ses forces naturelles et nécessairement des actes qu peuvent être physiquement considérés comme bons (3).
(1) Duns Scot a introduit l'indéterminisme dans tous les domaines, mêm dans la doctrine des Anges, et il a soutenu pour la volonté libre non seu lement la prééminence sur l'intelligence, mais encore l'indépendance L'afldrmissement irrévocable dans le mal doit, d'après saint Thomas, s'es pliquer simplement par la privation de la grâce, dont Dieu a puni le péchés des Anges. (Oxon. 2, dist. 7, quest. 1. N. 14. Voir plus bas § H)'
(2) Thom. S. th. 1. qu. 64. a. 2.
(3) lbid. ad 5 um Cf. Albert lb Grand in Sentt. 2. dit. 5. p. 67.