LKS BONS ET LES MAUVAIS ANGES
A proprement parler, les peines éternelles de l'enfer consistent surtout dans la perte de la vue de Dieu ; mais ces peines, le démon les ressent par des douleurs positives, non pas par des douleurs des sens, il est vrai, mais par des douleurs qui ont leur siège dans la volonté, car celle-ci se détourne avec malice et douleur de tout ce qu'elle ne désire pas, ou désire autrement ou voudrait voir anéanti, et que cependant- elle ne peut ni détourner, ni anéantir, comme le feu de l'enfer qui la renferme.
6. L'activité des bons comme des mauvais Anges est rattachée par saint Thomas à la providence divine, puisque toutes les créatures doivent travaillera exécuter ses plans. La doctrine des neufs chœurs d'Anges se trouve, comme dans la sainte Ecriture (1) et dano les Pères (2), chez tous les Scolastiques et spécialement chez saint Thomas ; quoique cependant, comme nous l'avons vu (3), ce dernier ne considère pas tous les Anges comme des parties d'une seule espèce, mais les regarde comme formant chacune une espèce particulière. Il divise le domaine des esprits purs en trois classes principales : celle des amis de Dieu, ceux qui sont le plus près de son trône, et qui comprend les chœurs des Séraphins qui sont les plus élevés, des Chérubins et des Trônes, celle de ceux qui participent à la domination de Dieu sur le monde : à cette classe se rattachent les Dominations, les Vertus, les Puissances ; enfin celle des messagers de Dieu qui comprend les Archanges, les Anges et les Principautés (4).
Mais c'est surtout la foi à l'ange gardien qui a été défendue par tous les Scolastiques et par saint Thomas (5):-
(1) Eph. 1. 2t. — (2) Voir Hist. des Dogmes II. § 27.
(3) Voir plus haut § 44.
(4) S. Bonaventure (in Sentt . 2. dist. 9. qu. 1) défend par contre l'opinion que la différence entre les Anges n'est pas spécifique ; tous les Anges au contraire ne forment qu'une espèce. Toutes les différences deranss et autres différences des chœurs angéliques viennent seulement de la mesure différente de grâce, et de la confirmation difiérente de leur libre volonté.
(5) Cf. Alex. Alens. S. th. 2. qu. 41. memb. 4. a. 3. — Boxav. in Sentt. 2 dist. il. q. 1 Alex. M. S. th. 2. tr. q. p. 219. sqq.
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à chaque homme depuis le moment de sa naissance, d&ne
les desseins primitifs de Dieu, et à plus forte raison pour l'état déchu, aété donné un espritpour le garder : le pécheur lui- môme en a un et il ne sera pas refusé à l'Antéchrist (1) Dans l'état de nature déchue il était encore plus convenable pour la miséricorde divine de donner à l'homme vaincu par le démon un gardien, dans le bon ange. Les mauvais esprits par contre tentent et oppriment les hommes en les attirant au péché ou en leur inspirant le mal (8). L'occupation particulière des Anges est de porter les hommes au péché. Cependant la plupart des Scolastiques mettent à la tentation du diable cette limite ; qu'il ne peut avoir aucune influence immédiate sur la connaissance intellectuelle et la volonté libre de l'homme, mais seulement sur les forces sensibles ; et c'est par là seulement qu'ils peuvent troubler l'intelligence et entraîner la volonté (3). La plus grande influence que Dieu ait permise à l'ange de prendre sur l'homme est la possession, par où il habite dans l'homme substantiellement, (secundum sabstantiam) et s'en sert comme d'un instrument (4).
Les démons ont leur demeure proprement dite dans l'enfer où ils doivent subir la peine de leurs péchés ; mais temporairement, jusqu'au jugement dernier, jusqu'à la séparation complète des bons et des méchants ils peuvent avoir leur demeure dans l'air (in aère caliginoso, comme dit saint Augustin super Gen. ad. litt. i. 3 c. 10) pour tenter les hommes ; Dieu le permet pour que les hommes combattent avec plus de vaillance, et que, dans ce combat contre le démon ils développent et fortifient leurs facultés (5). Cependant cet éloignement momentané de l'enfer ne procure aux démons aucun adoucissement à leur douleur, parce qu'ils sont conscients d'être attachés à l'enfer et qu'ils y restent attachés.
(1) S. th. 1. qu. 113. a. 4. — (2) Ih. qu. 14. a. i.
(J) Alb*rt M. S. th. 2. 5. 6 p. 165. — (4) Alb. I. c p. 175.
(5) Thom. S. th. 1. qu. 61. a, 4.