‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 60 sur 112 · LA CRÉATION DU MONDE MATÉRIEL · texte numérisé non relu

LA CRÉATION DU MONDE MATÉRIEL

moment dans la durée (i). La Scolastique n'a guère fait avancer davantage l'explication de l'œuvre des six jours ; elle s'est contentée de répéter les explications qu'elle tenait des anciens Pères de l'Eglise, de faire ressortir la possibilité de la théorie augustinienne, et de ruiner les vues philosophiques d'alors qui prétendaient expliquer avec plus de précision les opinions des Pères. Il ne faut pas attendre des théologiens du moyen âge plus de considération à l'égard des résultats de la géognésie moderne, puisque cette science n'existait pas. Albert le Grand se déclare pour l'opinion de saint Augustin parce qu'elle donne plus de part à la toute-puissance divine. Saint Thomas traite cette question très en détail, sans cependant déclarer l'une ou l'autre interprétation exclusivement juste. Si on regarde de près, on voit que les différences entre les deux interprétations ne sont pas si import mtes qu'elles peuvent paraître du premier coup d'oeil, etqu'elles reviennent surtout à ceci, que saint Augustin admet bien pour l'œuvre proprement dite de lacréation plusieurs phases, mais aucune durée temporelle proprement dite ; et par contre, pour action successive des causes potentielles placées dans lanature lors de la création il n'exclut pas une durée plus longue. Saint Thomas expose ainsi les différences (3) :

i. Relativement au premier verset de la Genèse : au commencement Dieu créa le ciel et la terre, l'explication de saint Augustin suppose qu'il s'agit ici de la création de la matière informe, de la matière considérée comme cause purement potentielle des choses sans aucune forme. Par contre les autres Pères admettent l'explication commune-ment acceptée : par ciel et terre il ne faut pas seulemenl entendre la matière première seule et pour soi, mais la matière liée aux formes substantielles primitives, c'est-àdire la matière déjà constituée dans les éléments : le feu,

(1) Voir Hist. des Dogmes II § 26. — (?) Sum theol. 2. tr. 11. qu. 46. (3) Quaest dispp., qu. 4. a. 2.

Hi HISTOIRE DES liuUMES

l'eau, l'air, la terre. Au commencement tous ces éléments n'étaient pas encore ordonnés, mais étaient confondus ensemble dans une sorte de chaos. S.-ulement saint Augustin ne voulait pas que la matière première eût existé, un temps quelconque, privée de forme ; bien plus la création d'après lui avait eu lieu en un moment, du moins pour les causes potentiellesde toutes les chosesmatérielles. Il séparait seulement les différents aspects de l'oeuvre de la création, d'après leur rapport causal, selon qu'ils sont reconnus différents des créatures raisonnables, et il croyait pouvoir ainsi les placer sous les divers points particuliers du récit mosaïque. La formation de la matière parles éléments particuliers, le feu da lumière), l'air, l'eau etlaterre, il pensait pouvoir la distribuer dans les trois premiers jours de la création, de sorts cependantque ces trois jours ne font qu'indiquer trois actes de l'Intelligence se rapportant à ce qui a été créé à la fois. La formation ordonnée de ces éléments, peut, comme l'accorde saint Augustin, avoir eu lieu plus tard et dans un développement progressif, tandis que tous les autres Pères veulent qu'elle ait eu lieu dans la première moitié de l'œuvre des six JGurs.

2. Par la création des plantes et des animaux aux troisième, cinquième et sixième jour de la création, saint Augustin entend la production des causes potentielles nécessaires des êtres dits organisés, causes qui ont été déposées dans la matière, pour se produire actuellement en leur temps, à la volonté de Dieu. Les autres cependant entendent le récit de la Genèse littéralement ; ils l'entendent de la production des créatures à une existence actuelle.

3. La différence capitale entre les grands docteurs de l'Eglise et le reste des Pères porte donc principalement sur la durée de la création et la manière d'entendre les causes potentielles de toutes les choses matérielles, causes que Dieu créa au commencement. D'après les premiers le monde matériel a été, au sens où nous l'entendons

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