‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 62 sur 112 · LA CRÉATION LU MONDE MATÉRIEL · texte numérisé non relu

LA CRÉATION LU MONDE MATÉRIEL

ment créés comme un chaos inextricable, et dans ce chaos auraient été déposées les causes potentielles générales des diverses choses matérielles. Ces rationes radicales des choses, qu'accepte saint Augustin, trouvèrent chez les Scolastiques, après Albert le Grand, un accueil d'autant plus enthousiaste, qu'ils pouvaient y trouver un accord avec les Aristotéliciens arabes, spécialement avec Averroès (l).

Combien de temps l'œuvre de Dieu est-elle demeurée dans cet état ; combien de temps s'est-il écoulé pour que les éléments constitutifs du globe terrestre se soient enfin réunis, lasainte écriture nele ditpas. Mais en attendant régnaitsur la terre le « tohu bohu » ; les éléments transmetteurs de la lumière et de la chaleur, l'éther, l'air et les eaux n'étaient pas encore séparés des autres éléments. Leur séparation, leur ordonnance et leur consolidation forme la première moitié de l'œuvre des six jours ; car au premier jour a dû avoir lieu la séparation de la matière lumineuse (les Scolastiques le supposent du moins) et de l'éther conducteur de la lumière et de la chaleur, la séparation des régions supérieures de l'air et des inférieures. Au deuxième jour eut lieu la séparation des eaux, de sorte que les basses couches de l'air lurent séparées des eaux condensées. A cette œuvre du troisième jour vint s'ajouter sur la terre la séparation des continents d'avec les eaux.

La seconde moitié de l'œuvre des six jours est, d'après saint Thomas, l'ornementation des parties de la création ordonnées et séparées dans les trois premiers jours, de sorte qu'il y a un rapport intime entre le quatrième jour et le premier, le cinquième et le second, le sixième et le troisième. Ceci est très clair dans le rapport du cinquième jour au second et du sixième au troisième; en effet les parties de la création terrestre séparées au second et au troisième jour ont été animées et parées, au cinquième et au sixième,

(1> Cf. Alb. le Grind 5. th. 2. tr. 3. p. 182.

3iti m- i. uni; DBS DOGMES

u'êtres organisés correspondants. Au premier jour eut lieu la séparation du ciel et des corps célestes d'avec la terre, et au quatrième jour, l'ornementation et l'achèvement du ciel et des corps célestes. Si maintenant nous prenons la création du ciel de la terre et des taux, au-dessus desquelles planait l'esprit de Dieu, effectuée au commencement, nous avons alors trois degrés : d'abord la création ex tiihilo, des éléments non encore séparés, ensuite la formation des trois parties essentielles de la création : du ciel, des eaux et de la terre ; et enfin dans la seconde moitié de l'œuvre des six jours l'ornementation de ces diverses parties. Voilàunemanière d'envisager la création, très simple, et qui se présente d'elle-même à l'œil observateur de tout homme, même dépourvu d'instruction, pourvu qu'il distingue sur la terre les continents de la mer et qu'il distingue ces deux éléments, la terre et le ciel qui environne la terre (i).

La sainte Ecriture met aussi les étoiles dans l'œuvre des six jours ; la raison en est, au dire de saint Thomas, d'empêcher que les Juifs ne fussent portés à l'adoration superstitieuse des étoiles. Celles-ci ne sont, comme les plantes et les animaux qu'une œuvre de Dieu sur la terre, et doivent servir l'homme. Parmi leurs buts divers, saint Thomas en fait ressortir trois : premièrement celui d'éclairer la terre, ensuite de produire les changements des saisons et de favoriser la fertilité de la terre par des alternatives de chaleur et de pluie ; enfin pour servir aux hommes à marquer le temps et les amener à une activité réglée (2).

(1) Cf. Thom. quaesit. dispp. 4. a. 2 : Unie sicut in opère creationis designantur très partes creaturae corporalis : prima videlicet quae significatur nomine caeli ; média quae significatur nomine aquae, et infima quae significatur nomine terrae — et prima pars, videlicet caelum, distinguitur prima die, et quarta die ornatur. Media vero pars, videlicet aqua, distinguitur secunda die, et quinta ornatur : ita conveniens fuit infima pars, videlicet terra, quae tertia die distincta est, hac sexta die per productionem aaimalium terrestrium in actu et secundum specie» proprias ornaretur. Cf. S. th. 1. qu. 69. a. 1. et 2.

( ) S. th. 1. qu. 70. a. 2.

DOCTRINE DE LA CONSERVATION ô'iï

Le septième jour, celui du repos, signifie que Dieu n'a pas trouvé sa fin et son bonheur dans les œuvres qu'il avait créées, mais en lui-même. De là la prescription de la loi qui ordonne de consacrer à Dieu et de sanctifier le septième jour de la semaine, afin qu'en ce jour l'homme se sanctifie et s'offre à Dieu, lui et ses œuvres (1).

Doctrine de la conservation et du gouvernement du monde. La Providence et le miracle.

1. Le monde a été, dans toutes ses parties constitutives, appelé de Dieu à l'existence par la création et il a besoin encore de l'activité conservatrice de Dieu, pour persévérer dans l'existence. Les créatures ne peuvent ordinairement contribuer, que d'une manière indirecte à la conservation des choses, enlespréservantdetoutcequipeut entraver leur développement et en éloignant d'elles toutes les influences destructrices. Directement elles ne peuvent rien pour la conservation de l'existence des choses ; tout au plus peuvent-elles y contribuer, comme causes instrumentales dans la main de Dieu, et elles sont, en effet, employées par Dieu dans ce but. En effet, si Dieu dans la création des choses ne s'est pas servi d'autres êtres comme causes instrumentales, mais a tout créé immédiatement, il procède autrement dans leur conservation et emploie d'autres êtres comme causes instrumentales. La cause primaire conservatrice du monde est Dieu, et en effet il le conserve, non seulement indirectement en retenant les causes destructrices, mais

(l) Quaestt. dispp. 4. a. 2 : Ita etiam et nos non in ejus operibus aut nostris discamus sicut in fine quiescere, sed ab operibus in ipso Deo, in quo nostra beatitudo consistit, quiescamus. Propter hoc enim institutum est, ut houio sex diebus laborans in operibus propriis septima die quiesceret cuhui divino et quieti divinae contemplationis vacans, in qua «anctificatio hominis maxime consistit.

(i)Cf. Thom. S. th. 1. qu. 104. a. 2.

encore directement, en influant continuellement sur son existence. Cette influence est si nécessaire pour les choses finies, que, si elle cessait, elles retomberaient aussitôt dans le néant.

On ne peut attribuer aux créatures la causalité d'autres êtres, qu'autant qu'elles emploient pour de nouvelles formations la matière qui se trouve déjà dans le monde, ou qu'elles mettent en activité les forces immanentes qui s'y trouvent. C'est ce que les Scolastiques expriment en disant que les créatures peuvent seulement produire le fieri d'autres êtres, non le esse. C'est dans le premier sens que du marbre l'artiste crée un chef-d'œuvre, ou que l'architecte bâtit une maison avec les matériaux déjà existants. Môme l'être qui engendre ne produit pas l'existence, au dire de saint Thomas, mais seulement la naissance, le fieri de l'être engendré ; il ne produit pas l'existence de la forme engendrée, car il devrait alors causer l'existence de sa propre forme qu'il partage avec l'être engendré, c'est-à-dire se causer luimême ; il fait seulement que la forme soit unie à une matière déterminée pour produire un tout vivant (i).

Pourquoi donc le monde pour persévérer dans son existence a-t-il besoin de la conservation divine et cela d'une façon telle que, si cette conservation cessait, le monde retomberait dans le néant ? Quand quelque chose est la cause unique et complètement productrice d'un effet, et que cette cause cesse son efficacité, l'effet cesse aussi dès lors. Il y a un arrêt dans le développement d'une chose aussitôt que la seule cause efficace cesse. De môme l'existence cesse aussi dès que la seule cause complètement efficace, Dieu

(i) ïhom. S. th. 1. qu. 101. a. i : Sed potest esse causa hujusmodi formae, secundum quoi est in niateria, id est, quod haec materia acquirat liane formam, et hoc est esse causam secundum fieri, sicut cutn homo générât hominem. D'autres Scolastiques regardent les générateurs comme des causes instrumentales oucoeificientes de l'être de l'individu engendré ; par exemple Denys le Chartreux (in Sentt. 1. 2. dist. 1. qu. 8.), à la suite de Richard.

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