DOCTRINE DE LA CONSERVATION
vers l'unité ; la destruction de l'unité est la ruine ou la mort de toute chose, elle est redoutée, elle n'est pas voulue par la nature. Si le but du gouvernement du monde est nécessairement un, il ne peut, en tant qu'étant le meilleur, ne venir que d'un seul être, de Dieu.
4. La Providence de Dieu n'est qu'une plus exacte définition du gouvernement du monde : elle fait mieux ressortir la protection spéciale de Dieu contre tous les dangers et tous les maux, et sa bonté dans la conduite des créatures libres. Les Scolastiques ont défendu aussi cette vérité, extraordinairement consolante , que la providence divine s'occupe de tout , des plus petites choses , comme des plus importantes. Rien donc dans le monde n'est livré au hasard, quoique beaucoup de choses puissent arrivercontre le cours ordinaire des causes naturelles (i).
5. Saint Thomas considère encore de plus près l'influence de Dieu sur les créatures pour mieux montrer la possibilité de l'intervention immédiate de Dieu dans le monde naturel comme dans le monde surnaturel. Dieu, pour unir les différentes formes avec la matière; et pour mouvoir celle-ci se sert d'ordinaire de diverses causes instrumentales ; mais aussi il peut donner immédiatement la forme à la matière et la mouvoir de même, parce que lui-même est le créateur de toutes choses et de toutes les causes potentielles. Semblablement, à côté de l'influence médiate ordinaire, il s'est réservé sur les créatures une influence immédiate. Ainsi, Dieu peut élever la puissance de leur intelligence en tant que l'acuité et lui imprimer les images intelligibles (species intelligibiles) des choses à connaître. C'est de même façon que Dieu influence la volonté libre des créatures raisonnables, soit du côté de l'objet, soit du côté du principe. Au premier point de vue, les biens particuliers du monde fini attirent la volonté, mais non pas à un degré qui corresponde à la faculté volontaire. Car celle-ci de sa na-
(1) Cf. Thom. a. 7.
;;;;'i histoire des dogmes
ture tend au bien suprême et souverain, et ce n'est que par là qu'elle peut être complètement satisfaite. Aussi Dieu, le bien par excellence, peut seul, en tant qu'objet, mettre la volonté en mouvement d'une manière correspondante. De même, comme créateur de la volonté libre, Dieu peut l'élever et la fortifier du côté du principe. Ce mouvement de la volonté par Dieu n'empêche cependant pas que la volonté se meuve aussi elle-même (1).
6. Le gouvernement du monde par Dieu n'exclut pas le miracle, mais au contraire le comprend. Le miracle est un fait merveilleux qui se produit extraordinairement, dont la cause est cachée, et qui doit être rapporté non à la nature, mais à Dieu (2). Plus la force qui se révèle dans le miracle dépasse la force de la créature, plus le miracle est grand ; il atteint enfin son plus haut degré quand une force finie ne pourrait jamais produire d'elle-même l'effet en question, comme par exemple la glorification du corps humain dans la résurrection du Christ. Ici l'effet dans son essence (secundum essentiam, sive esse) dépasse les forces naturelles (supra naturam) sans cependant être contre la nature, (contra naturam) si on entend par là îa loi immuable fixée par Dieu, dès l'éternité. Mais elle est contre la nature, si on entend par là le cours ordinaire des choses (3).
Dans une seconde catégorie viennent ces miracles qui au moins dépassent absolument les forces du sujet particulier dans lequel le prodige est produit, quoique la nature puisse d'une autre manière et dans d'autres circonstances produire cet effet. Ainsi la guérison de l'aveugle-né de
(1) lb. qu. 105. a. 4. Ad 3. dicendum quod si voluntas ita moveretur ab alio quod ex se nullatenus moveretur, opéra voluntatis non imputarentur ad meritum vel demeritum ; sed quia per hoc quod moveatur ab alio, non excluditur quin moveatur ex se... ideo per consequens non tollitur ratio meriti vel demeriti.
(2) lb. a. 7 : Miraculum autem dicitur quasi admiratione plénum, quod scilicet habet causam simpliciter et omnibus occultam. Haec autem e3t Deus.
(3) Cf. Albert M. S. th. 1. tr. 8. p. 190. — (4) Thom. i. c. a. 8.
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