‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 66 sur 112 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'adoptianisme.

L'Espagne avait de bonne heure accepté le Christianisme et déjà dans les temps patristiques, elle avait, comme une province prospère de l'Eglise, pris une part active à toutes les affaires générales de l'Eglise. Plus tard l'invasion arienne des Wisigoths affaiblit l'organisation ecclésiastique et ensuite les hordes des Arabes mahométans venus d'Afrique l'avaient en partie détruite. Pourtant dans le cours du sixième et du septième siècle, l'hérésie (Arianisme et Priscillianisme) venait d'être vaincue, et la vie ecclésiastique était, grâce à de nombreux évoques pleins de zèle, renouvelée et raffermie. Tout le sixième siècle est rempli d'une série de conciles tenus à Tolède ; leurs décrets prenaient un caractère universel et étendaient le développement de la doctrine : c'est d'un de ces conciles qu'est venue l'addition du Filioque au Credo. Au septième siècle, saint Isidore de Séville (570-636) eut une grande part au renouvellement de la vie ecclésiastique.

Ses diverses œuvres théologiques, quoique n'étant le pi souvent qu'un abrégé des écrits des saints Pères, furent tenues en grande considération. Cependant dans les mouvements continuels de peuples, et dans les nombreuses oppositions, que l'irruption des Maures ne faisait que fortifier, l'hérésie releva de temps en temps la tête. Au huitième siècle , elle reparut de nouveau avec Migetius , dont il est difficile, à cause du peu de renseignements que nous possédons, d'établir clairement la doctrine. D'après l'écrit de l'évêque Elipand de Tolède (1), publié par le savant espagnol Henrique Florez dans la Espana sagrada T. V. 543 et sqq.), il semble que Migetius ait renouvelé des erreurs sabelliennes et donatistes ; spécialement au lieu de trois personnes éternelles, il admettait trois apparitions temporelles de Dieu dans David, Jésus-Christ et saint Paul, et interdisait de la façon la plus rigoureuse tout commerce avec les pécheurs et les infidèles. Un synode de Séville en 782 condamna ces erreurs. Mais il se produisit en cette occasion ce qui arrive souvent: celui qui combattait l'erreur tomba dans l'extrême opposé. Au lieu de mêler le divin et l'humain ou au lieu de rapporter, comme l'avait accepté Migetius, l'humain à Dieu, comme quelque chose d'accidentel, Elipand enseigna la séparation de l'élément divin et de l'élément humain, etadmitdans le Christ deux personnes. C'est là la doctrine propre de l'adoptianisme tel qu'il fut d'abord enseigné par Elipand dans un écrit à Migetius. « Nous enseignons, dit-il (2), que la personne du Fils, que tu égales au Père et au Saint-Esprit, est non pas celle qui a été engendrée de la race de David selon la chair, dans le temps, mais celle qui éternellement a été engendrée du Père ; celle dont il a été dit par le prophète, avant qu'elle eût pris chair : ante colles ego parturiebar. Après avoir pris la chair la seconde personne de la Trinité est, non pas, comme tu le dis, celle qui selon la chair dit: « le Père est plus grand que

(!) Cf. Hékblb : C.-G. III. 587. — (2) L c. p. 549.

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moi » ; mais celle qui dit: « moi et le Père, nous sommes un ».

Les adoptianistes, il est vrai, ne voulaient pas admettre qu'ils renouvelaient le nestorianisme et supposaient deux personnes dans le Christ (i). Mais, en fait, affirmer que le Christ par son côté humain n'était pas le Fils propre, mais seulement le Fils adoptif de Dieu, c'était bien venir à la dualité des personnes.. Dans cette erreur, comme dans la plupart des erreurs christologiques, on omettait de distinguer entre la nature et la personne, puisqu'on rapportait à une personne humaine ce qui peut être affirmé en pleine vérité de la nature humaine, et on produisait ainsi deux personnes dans le Christ.

A cette erreur Elipand gagna (2), outre plusieurs évêques d'Espagne.Félix, évoque d'Urgel, ville qui appartenait alors à l'empire franc ou carolingien. Parla furent plus particulièrement éveillées la vigilance des évêques francs et l'attention de l'Empereur, qui dans l'intérêt du royaume n'entendait pas laisser briser l'unité de foi.

L'erreur des adoptianistes ne contient spécialement qu'une proposition capitale, à laquelle vient se rattacher une autre conséquence pour la divinité du Fils de Marie.

1. Elipand pas plus que Félix ne voulaient originellement se rendre coupables de nestorianisme, car ils rejetaient la doctrine de deux personnes dans le Christ. Mais en acceptant une double filiation divine dans le Christ, l'une naturelle, celle du Verbe divin, l'autre adoptive, celle de l'homme Jésus, ils supposaient quoiqu'ils protestassent du contraire, une double personnalité dans le Christ. Les adoptianistes sont donc par rapport aux nestoriens dans la même situation que les monothélites par rapport aux monophysites. Les monothélites affirmaient l'unité de la

(1) Cf. Paul. c. Fel. I, 9.

(2) Quelques-uns ont voulu, d'après Eginhard {Annales ad annum 792) conclure que Félix était le père de l'adoptianisme ; mais Alcuin (ep. 1 ad Leidr.) affirme le contraire.

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volonté, et prétendaient avec cela ne pas enseigner l'unité de la nature. De même les adoptianistes soutenaient la dualité de filiation dans le Christ, et pensaient ne point établir par là la dualité de personnes. Ils ne voulaient donc pas au commencement renouveler simplement le nestori.inisme: mais en voulant attacher à tort une importance spéciale à la différence entre les deuxnatures dans la dénomination de Notre-Seigneur ; ils furent par le fait poussés à séparer, comme les nestoriens, les deux natures de Jésus-Christ en deux personnes. Ils se trompèrent par conséquent sur la o communication des idiomes », cette question sur laquelle il est si facile de se tromper dans un sens ou dans l'autre. Elipand expose cette erreur dans une lettre à l'abbé Fidelis (785), où il se défend contre deux adversaires de son erreur, contre Beatus, abbé de Libana, dans les Asturies, et contre Ethérius, évêque d'Osmaen Espagne : « Si quelqu'un ne reconnaît pas que Jésus est fils adoptif de Dieu par sa nature humaine, non par sa divinité, qu'il soit hérétique (1) ». Beatus et Ethérius ont composé (2) un écrit en deux livres contre Elipand. Avec eux, tous les adversaires d'Elipand, et de plus Alcuin (Libellus adv. haer. Felicis episc.J ont vu dans cette erreur le point principal de l'hérésie (3).

2. Dans le cours de la lutte, Félix d'Urgel en vint encore à d'autres propositions erronées, il déclara que le Christ en tant que fils adoptif de Dieu n'était pas vraiment Dieu ; mais était simplement appelé Dieu et était simplement un Deus nuncupativus (4). Il avait été divinisé après

(1) Cf. Frobexius (opp. Aie.) II. 587.

(2) Ces livres n'ont été conservés quen partie et se trouvent dans Migne t. 96 et dans Gallandi. {Bibl. PP. XIII).

(3) Cf. Alcuin l. c. c. 35 : Non sicut quidam improba caecitate illum in divinitate proprium Dei Patris esse Filium ; adoptivum vero ejusdem Dei Patris in humanitate affirmant: et si ita esset, omnino duo Filii essent ; quia nequaquam, ut praefati sumus una esse potest persona in proprio Filio et in adoptivo ; quia unus ex illis verus est Filius, aller itaque non verus.

^4) Cf. Alcuin c. Fel. I. 5. Paulin c. Fel. I. 19.

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son adoption, tout comme nous sommes déifiés par la grâce sanctifiante.

3. C'était de même une conséquence de l'adoptianisme que de dire que le Christ par sa nature humaine était serviteur de Dieu (servus Dei), qu'il n'avait pas pris le service de Dieu d'une volonté libre, qu'il n'avait pas volontairement pris sur lui la mort de la croix, mais qu'elle lui avait été imposée par sa nature même {coyiditioné)[i).

Les propositions christologiques ne furent pas poussées plus loin parles adoptianistes ; mais il était clair qu'en les développant on serait encore arrivé à d'autres erreurs, et la divinité du Christ et de son œuvre aurait dû tomber. Quant aux raisons que font valoir les chefs de l'hérésie dans les écrits qui nous ont été en grande partie conservés dans les réfutations d'Alcuin, ce sont simplement quelques passages mal compris de la sainte Ecriture, ou des passages isolés de certains Pères et de la vieille liturgie espagnole. On invoquait donc,

1. Tous les passages du Nouveau-Testament qui avaient léjà été invoqués par les Ariens, pour démontrer que le Sauveur avait été créé, et qui ne font en réalité que prouver la vraie et complète humanité du Christ : c'est d'ailleurs dans ce sens que les Pères les avaient interprétés. Le Fils de lieu (d'après Ph. 2. 5) a revêtu la forme de serviteur {forxam servi) ; mais les Pères déclarent que servus est ici identique à homo ; ei forma servi indique la nature humaine, il ne s'en suit donc pas que le Christ soit Fils propre de lieu et en même temps serviteur de Dieu, et comme tel. ilevé par le baptême à la filiation adoptive de Dieu (2). De îême, des passages où le Seigneur est montré comme )riant, Félix d'Urgel prétendait tirer la conséquence qu'on le devait pas le considérer seulement comme Fils de Dieu, mais aussi comme fils de l'homme. Mais les Pères avaient,

(1) Cf. Alcuin c. Fel. VI. 4. Paulin c. Fel. I. 18. ill. 4. sq.

(2) Cf. Paulin, c. Fel. II. 12.

dans l'interprétation de ces passages, fait déjà ressortir que !e Seigneuravait prié pour nous, non pas par besoin, mais comme notre médiateur, et afin denous donner un exemple. Et si le Seigneur (Hebr. 5, 7.1 a aussi prié pour lui, il n'y a aucune raison à tirer de là pour une double filiation ou une double personnalité ; s'il a prié c'est simplement sous l'empire des sentiments propres à sa nature humaine, et il les a dominés dans la prière : « Que ta volonté se fasse, 'ion la mienne. » Les paroles de l'Apûtre sont donc en harmonie avec ce qu'il affirme du Christ au commencement de la lettre aux Hébreux : à savoir que Dieu nous a parlé dans son Fils devenu homme, et qui a été élevé au-dessus de tous les Anges. C'est ce qu'opposaient aux adoptianistes les défenseurs contemporains de la foi orthodoxe (1).

Quand Félix invoque les paroles du prince des Apôtres. (Act. des Ap. 10, 38) : Dieu a été avec lui (avec Jésus- Christ), les théologiens contemporains répondaient que Dieu a été avec la nature humaine, c'est-à-dire dans le Christ, d'une manière particulière, c'est-à-dire par l'union hypostatique,ainsique le même prince des Apôtres, comme nous voyons dans saint Mathieu, le reconnaît dans ces paroles : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Math. 16, 19, de môme ; Act. des Ap. 10, 36 (2).

Les adoptianistes allèguent ces mots de saint Marc (10. 32) : « De ce jour et de cette heure, personne n'en sait rien, ni les Anges du ciel, ni le Fils. De là ils concluaient que le Fils qui est ici nommé no peut pas être le Fils propre de Dieu, mais le Fils adoptif. Saint Paulin (3) est embarrassé de l'objection, et comme saint Jérôme et saint Ambroise il se met à douter de l'authenticité du verset, sous prétexte qu'il manque dans quelques manuscrits grecs.

Mais les passages qui furent le plus commentés furent ceux qu'avaient invoqués les Ariens pour appuyer leurs

(1) Cf. Paulin c. Fel. 31. 56. — (2) Cf. Paulin l. c. c. 34. (3) Cf. c. Felic. III. 11.

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erreurs ; maintenant on voulait leur faire prouver non que le Christ avait été entièrement créé, mais que par son coté humain il avait été adopté de Dieu. Parmi ces textes est celui de saint Paul (I Cor. 15, 24 et sq.) : Tioïc et ipse Filius subjecîus erit Mi. Saint Paulin entend ceci des élus, du corps mystique du Christ, parce que dans une autre vie, dans le ciel, ils seront par obéissance soumis en tout et pour tout à Dieu, et ils ne porteront plus en eux l'impulsion du désir à la désobéissance (i).

2. Les adoptianistes citaient encore en faveur de leurs erreurs plusieurs passages des Pères, mais en en défigurant le sens,ouen faussant le texte, comme saint Paulin le démontre pour quelques citations de saint Ambroise et de saint Athanase (2). Pour ce qui est de la défiguration du sens, nous voyons bien divers Pères dire à différentes reprises que le Verbe divin a pris (assitmpsit) la nature humaine (naturam humanam) ; ou qu'il a pris l'homme (hominem): mais ici homo et natura humana doivent être regardés comme équivalents. Quand donc les adoptianistes veulent remplacer par le mot adoptare, le mot beaucoup plus général assumere, ils se trompent en ce qu'ils mettent un sens déterminé pour un sens général. Le mot adopter ne se dit que d'une personne, tandis que prendre se dit de beaucoup d'autres choses. Il est vrai que le mot adoptare est employé quelquefois par les Pères à propos de l'Incarnation , comme par exemple dans saint Hilaire (De trin. II, 27) ; alors il est identique à assumere et indique non la prise de la personne, mais la prise de la nature humaine. Et quant aux prétendus témoignages tirés de la liturgie mozarabe, les adoptianistes se sont permis de falsifier les textes, ou ont pris le mot adoptio dans un sens inexact. Ce mot signifie aussi l'adoption par la grâce qui dans la grâce sanc-

(l) L. c. III, 17 : Tune et ipse Filius, hoc est. corpus ejus, electi scilicetipsius, subjecti erunt ilii qui subjecit ei omnia, ut sit Deus omnia in omnibus.

(-2) Cf! c.Fel. Ul,t\. U.

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tifiante devient aussi le partage des fidèles. Ainsi il y a dans le formulaire delà messe pour la fer. IV p. Pascha : Respice, Domine, tuorum fidelium multitudinem, quam per adoptionis gratiam Filio tuo facere dignatus es cohaeredem.

Défense de la doctrine orthodoxe de la vraie filiation du Christ par les théologiens du VIIP siècle, spécialement par saint Paulin et Alcuin.

Ce n'était pas une mince tâche pour les premiers théologiens des peuples germaniques récemment convertis au Christianisme que de suivre les adoptianistes dans leurs arguments subtils et erronés et de défendre les mystères du Christianisme contre toute altération et toute déformation. C'est la tâche qu'entreprirent en Espagne Beatus, abbé de Libana, et l'évêque Ethôrius d'Osma (l) ; mais ceux qui se distinguèrent parmi les défenseurs de la foi orthodoxe furent surtout le théologien de la cour de Charlemagne, Alcuin (2), et saint Paulin (3), évêque d'Aquilée.

1. Les preuves du dogme de l'Incarnation, et de la justesse des expressions par lesquelles le Christ est désigné comme vrai Fils de Dieu, tous ces théologiens les tirent d'abord de la sainte Ecriture, de la tradition, des écrits des saints Pères, enfin des décrets des Conciles. A la sainte Ecriture, ils empruntent des passages comme ceux de saint Mathieu, 1,20 ; 3,1? ; 1,15 ; de saint Luc, 1,32; Gai. 44 ; Phil. 2,8,9 (4). Les déclarations des Pères sont si précises que

(1) Ses deux livres contre Elipand , dans Qallandi Bib. P P. XIII, 290 à :i5l, et dans Migne. Tome 96.

(;) De lui nous avons un libellus adv. haer. Felicis ; sept lettres contre Félix, et quatre contre Elipand, dans l'édition de Frobenius.

(3) Il a écrit trois livres contra Xelicem; la meilleure édition est celle de Madrisius, Venise 1735. En outre il composa comme membre du concile de Francfort en 792, le Saerosyllabus c. Elipandum.

(4) Contr. Pamlin Saerosyllabus a. 4 etsqq.

DÉFENSE HE LA DOCTRINE ORTHODOXE .'{ë.'i

Félix au Concile de Ratisborme et à celui d'Aix-la-Chapelle, se déclara vaincu, après les avoir entendues (1). Pour ce qui est des décrets de l'Eglise, elle avaitdéjà, dans les troisième et cinquième conciles généraux contre le nestorianisme, rejeté par avance l'adoptianisme.

2. L'adoption est appelée en général passive pour celui qui étant d'abord étranger à l'adoptant est ensuite élevé par ce dernier au rang de ses enfants : c'est bien l'adoption des chrétiens sanctifiés, qui, nés enfants de colère, ont ensuite, par une bonté particulière de Dieu, été élevés au rang de ses entants. Mais si on voulait par analogie dire que le Christ est par sa nature humaine un fils adoptif, non seulement on détruirait l'union hypostatique pour en faire une pure union morale de l'homme Jésus avec le Verbe divin, mais encore on serait obligé de ne faire arriver cette union morale ou qu'après la conception, ou qu'après la naissance, ou même seulement après le baptême du Christ. C'est à ce dernier parti que se range Félix (2). Par là il détruisait entièrement le mystère de l'Incarnation ; le fils de la Vierge était régardé comme un étranger pour Dieu, même comme un pécheur, qui n'avait été adopté que plus tard.

3. L'admission d'une double filiation dans le Christ implique l'admission d'une double personne et par conséquent le nestorianisme. Il est vrai que les adoptianistes protestaient contre cette accusation. Mais par le mot /ils, qu'il soit question d'un fils réel ou d'un fils adoptif, nous indiquons toujoursune personne, c'est-à-dire unsupportsubstantiel ou subsistant pour lui-même de la nature humaine ou de la nature divine, dans son rapport particulier avec une

(1) Paulin, c. Felic. III, 20 sqq.

(2) Alccin. c. Fel. II, 16. Dornkr [Entiv. Gesch. II, 318) rapporte les paroles de Félix : secundam (se. generationem) vero, quam initiavit in lavacro a mortuis resurgendo, à la résurrection corporelle. Mais avec plus de raison on entend le mot resurgendo du passage de la vie naturelle à la vie surnaturelle dans le baptême.

lilMuIlil. Dl - DOCMES

i itre personne, c'est-à-dire avec le père ou la mère 1 . Mais si on veut appeler la nature humaine du Christunfilsadopt.il. I>ur opposition au Verbe qui serait le vrai Fils, on attribue à la nature humaine une personnalité subsistante, on fait un fils qui est le support subsistant de sa nature humaine et non plus une partie d'une unité physique supérieure, duns la personne du Verbe. On oppose alors le fils au père, l'adopté à l'adoptant comme personnes subsistantes en elles-mêmes, et c'est là le nestorianisme (2). C'est quelque chose de différent quand on appelle le Christ Fils de Dieu et qu'ensuite on l'appelle fils de l'homme, car celui qui était le vrai Fils de Dieu est devenu dans le temps le Fils de la Vierge Marie. Par là on ne veut pas désigner deux fils : c'est une seule et même personne qui est appelée Fils de Dieu et Fils de l'homme, comme le Seigneur lui-même (3) s'est désigné (S. Jean. 6, 63).

(1) Sacrosyll. 5 : Porro adoptivus dici non potest nisi is, qui alienus est ab en, a quo dicitur adoptatus, et gratis ei adoptio tribuitur ; quODiam non ex delicto, sed ex indulgentia tantummodo adoptio praestatur : sicut nos aliquando cum essemus peccando filii irae, alieni eramus a Deo. Cf. Paulin, c. Felic. I, 43. 44: Nunquam quidem fuit filius irae, quatenus I e-x donc gratiae per adoptionis processum fieret filius Dei. Ex quo enim verbum caro factum est et coepit homo Christus esse una cum Deo persona, seniper unus ex utroque vêtus et unigenitus permanet Filius Dei. f Cf. Alcuih. adv haer. Fel. c. 69.

(2) Cf. Alcuin, lib. adv. haer. Fel. c. 35 : Non sicut quidam improba I caecitate illum in divinitate proprium Dei Patris esse Filium ; adoptivum vero ejusdem Dei Patris in humanitate affirmant : et si ita esset, omnino duo Filii essent ; quia nequaquam, ut praefati sumus, una esse potest persona in proprio Filio et in adoptivo ; quia unus ex illis verus est Filius. j alter itaque non yerus.

(3) Cf. Paulin, c. Fel. I, 50 : Cum igitur docet filium hominis descendisse} de caelo, et eundem ascendere asserit ubi erat prius, et verum se Deumi verumque hominem et proprium Dei filiumque hominis patenter voluit» demonstrare. Hinc régula informatus (se. Apostolus 1 Cor. 15,47) primum hominem de terra terrenum, secundum praedicat de caelo caelestem. Non quod homo, priusquam in Deum assumptus in caelum ascenderet, dcaelo credendus est descendisse ; sed quia Deus ille, qui de caelo descendit, per sacramentum incarnationis Deus verus permanens, factus es etiaru verus homo ; et non sunt personaliter duo, Deus videlicet et homo, sed unus idemque est in unitate personae Deus homo.

On peut donc très bien dire : Le Christ par sa nature humaine n'a pas l'omniscience ni l'ubiquité, mais il est mortel ou passible, il est fils de l'homme. Mais même par sa nature humaine, on ne peut pas l'appeler fils adoptif de Dieu, parce qu'en supposant adoption, on supposerait la nature humaine comme une personne particulière, qui comme personne serait par rapport à Dieu dans une tout autre relation que le Verbe engendré de Dieu (1). Sans doute le Christ est par rapport à son Père dans une relation différente par sa nature humaine et par sa divinité, car il est fils de l'homme ou créature, quoique le terme de créature soit à éviter à cause du sens erroné qui y ont attaché les Ariens. Mais fils adoptif de Dieu il ne l'a jamais été, même par sa nature humaine. Si on l'appelait ainsi on ferait de sa nature humaine non seulement une nature adoptée, mais une personne particulière, un moi, subsistant par lui-même à côté du Verbe divin. C'est pour cela que saint Paulin et Alcuin indiquaient bien les différences entre assumere et adoptare. Le premier peut fort bien s'entendre au sens passif de la prise de la nature humaine ; mais on ne peut appeler adoptée qu'une personne déjà subsistante par ellemême, qui aurait déjà en elle-même son existence complète et sa subsistance (2). En tout cas, le mot assumerez une signification plus large, et on ne peut pas du tout quand on l'emploie passivement en parlant d'une personne, l'identifier avec adoptare. Saint Paulin montre ceci d'une manière saisissante (dans S. Matth. 4. 4. 8) : Le diable prit le Sauveur (asswnpsit) et le transporta sur les terrasses du temple (4), mais certainement il ne Vadoptapas.

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