II en fut des adoptianistes comme de tous les autres hé
(1) Alciin. adv. haer. Fel. c. S6 : Interropo te, profani assertor erroris ; anima rationalis quae in te est et totum corpus tuum vivificat, végétât et movet, et, ut sancti Patres volunt, corporis origine (non-) serrinatur. sed ex nihilo creataaliunde corpori immittitur ; an nonsitPatri tuo adoptiva filia ? An tu totus, anima et corpore, unus et proprius patri tuo sis filius I Quod si hoino ex ea substantia, quae non ex se generatur, corporis conjuncta proprium et verum poterit habere filium ; cur Deum impotentem putas, quod proprium non possit et verum de Sp. s. ex Maria V. natum habere Filium T Cf. c. Fel III, 7.
(2) Cf. Paulin, libellus sacrosyll. c. 9 : Non enim ignoramus, ex duabus substantiis humanam subsistere naturam, ex anima nimirum et carne: sed unum sine altero perfectum non efficere hominem. Dans ce qui suit la différence que met la Bible entre l'esprit et l'âme est expliquée en ce sens qu'il y aurait ici indiquées non deux substances différentes mais seulement une activité supérieure et une activité inférieure, une activité surnaturelle et une activité naturelle de l'âme unique.
(3) Cf. Paulin, c. Fel. I, 14
(4) Alcuin. (c. Fel. III, 3) cite les paroles de Félix : Quid potuit ex anailla nasci nisi servus ?
rétiques : en combattant les défenseurs de la foi orthodoxe, et par la conséquence de leurs principes, ils s'éloignèrent toujours davantage de la doctrine de l'Eglise, et contestèrent la divinité du Sauveur qui ne fut d'après eux qu'un Dieu noncupatif. Alcuin par contre affirme de nouveau la divinité du Sauveur, comme une divinité qui lui est essentiellement et naturellement propre (i). L'œuvre du Sauveur fut présentée par les adoptianistes, comme celle d'un homme et d'un serviteur de Dieu, parce que, comme homme, il a été comme nous soumis à la nécessité de la mort. Par contre les Pères de cette époque fondèrent la valeur infinie des mérites du Christ et la satisfaction complète de sa mort à l'égard de la justice divine sur ce que le Fils de Dieu, dans sa nature humaine, n'a pas subi la mort par nécessité, mais a sacrifié sa vie avec une liberté complète, et a offert satisfaction ex indebitis, parce que, comme Fils de Dieu, il était aussi peu soumis à la peine du péché, c'est-à-dire à la nécessité de la mort, qu'au péché luimême (2). Aussi le pape Adrien Ier, dans sa lettre de l'an 794, aux Espagnols, dit : « Leur doctrine tend, en union avec l'antique serpent, à renouveler la créance que le Christ sur la croix a effacée par son sang. »
Mais ceux qui à ce point de vue prirent encore plus nettement position en faveur de la doctrine orthodoxe contre l'adoptianisme, ce furent les deux premiers adversaires de cette erreur, Beatus et Ethérius, quand ils démontrèrent que le fils adoptif de Dieu, même en tant que personne, ne pouvait plus être regardé comme sauveur proprement dit, comme chef de l'humanité et de l'Eglise, comme le Père de
(1) Alcuin. c. Fel. I, 11. — Paulin, c. Fel. I, 52 sqq.
(2) Alcuin. c. Fel. IV, 4 :Hasenim carnis omnesinfirmitates voluntarias quidem, sed veras Christus habuit, quia carnis huinanae naturam, non in phantasia, sed in veritate suscepit : quas passiones propterea in carne voluntarias habuit, ut in veritate carnis divina potentia, quae nec pati potuitaliquando nec mori, infirmitatem mortemque devinceret et carnem suam in vitam virtutemque perpétuant suscitaret : quem tu aeternae subjectionis servitio opprimere niteris. Cf. Paulin, c. Fel. II, 4 sqq.
370 histoire m - ih.'.mi -
la seconde t.imille spirituelle. Car d'un (ils adoptif de l> il ne peut pas sortir, comme de sa source, une nouvelle . céleste pour l'humanité. Maisl'adoptianisme principalement. détruit l'Incarnation, et par là netient aucun compte de tout ce que l'humanité est devenue par la condescendance infinie du Fils de Dieu (t). Le Christ et l'Eglise, la tête et les membres, les défenseurs à celte époque de la foi orthodoxe les déclarent une substance ou une personne, ce qui n'est possible que si le Christ ou la tête pénètre, anime et meut tout ie corps, comme Fils de Dieu, par son esprit divin S
7. Les Pères de cette époque (3) exhortent les adoptianistes à ne pas s'attacher à l'opinion de quelques évoques espagnols, mais à la doctrine de toute l'Eglise catholique spécialement de l'Eglise romaine, gardienne des traditions apostoliques, s'ils veulent demeurer vraiment catholiqi.
8. Quand les adoptianistes affirment cf. Aie. cont. Fel. II. 15, que le Christ qui a été semblable à nous dans sa naissance charnelle, a dû l'être aussi dans l'adoption à la filiation divine, ils oublient que le Christ, en tant que vrai Fils de Dieu, exclut de sa personne certaines imperfections humaines,comme la possibilité de pécher, l'ignorance etmème la filiation adoptive quoiqu'il fût participantdelagràcesanctifiante. Ce qui était le plus difficile aux Pères c'était de répondre à ceux qui objectaient que le Christ, dans la saint ■ Ecriture est appelé serviteur de Dieu, et par conséquent .* été élevé à la filiation divine. Quelques-uns répondaient que le Christ n'était ainsi nommé que dans l'Ancien Testament, d'autres faisaient au contraire ressortir qu'il n'avait été
(1) Cf. Beatus et Eleuth. (Gai. XIII, 348) : Anle ipsum multi honiines fuerunt : sed omnes veteres dicuntur, unus Adam intelligitur vêtus etc.
(2) CI. Agobard. adv. dognia Fél. (Gai. B. P. P XIII, 415) : Hoc itaque modo nos Christum et ecclesiam unam (ateamur esse personam.
(3) Alcui.n. c.Fel. VII, 13 ; Unuequisque in hoc se refutandum sciât, in quo ab universali dissentit ecclesia. Rornana igitur ecclesia, quae a catho-
licis et recte credentibus sequenda esse probatur, verum Filium Dei
fateri solet. Cf. Paulin, lib. sacrosyll. c. 8.
ainsi nommé que parce que lui-même volontairement s'est mis dans un rapport de dépendance avec la volonté divine [divmae dispensât ionis sacramento nominatur) : Ainsi Alcuin {çont. Fel. IV. il).
- 9. On a dans les temps modernes fait aux adversaires des adoptianistes et aux défenseurs de la foi orthodoxe, le reproche d'avoir attaché trop d'importance à une petite différence d'expressions et d'avoir injustement accusé leurs adversaires d'hérésie (1). Ce qui précède montre l'injustice de ce reproche qui ne peut être fait que par ceux qui ont des inclinations pour l'adoptianisme, et qui, quoique inconsciemment, travaillent à détruire le dogme de l'Incarnation. D'aulres ont accusé les théologiens de cette époque d'avoir dans la lutte contre les adoptianistes, enlevé à la nature humaine du Christ ce qui lui est propre, et ainsi d'avoir, en admettant une divinisation de la nature humaine sacrifié au docétisme. Dorner spécialement accuse Alcuin et le Concile de Francfort d'avoir admis une transubstantiation christologique, un anéantissement et un changement de la personnalité humaine dans la personne du Verbe, tandis que les adoptianistes n'avaient que développé et montré dans leurs conséquences les conclusions des IVe et VIe conciles généraux, contre les monophysites et les monolhélites (2).
(1) Ainsi Walch, neiserhisiorie IX, 847 et 599.
(2) Ainsi Dorner. Enlw-gesch. loc. cit. p. 3.9 : « Ce n'est pas dans son développement proprement dit qu'est l'importance de l'adoptianisme ; elle est toute en ce que les luttes auxquelles il a donné lieu en forment un grand chapitre dans l'histoire du Dogme. On ne peut pas aller plus loin dans les conséquences des principes de Chalcédoine, qu'on l'a fait alors : l'adoptianisme forme la conclusion d'une longue série de trav*ux, pour achever d'extirper le monophysisme. Mais en voulant couronner l'oeuvre des anciens conciles depuis 451, l'adoptianisme avec sa double personne met l'Eglise en danger de perdre le dogme christologique. même l'idée de l'incarn:ition. Pour la question des natures, elle s'était déjà avec beaucoup de peine débarrassée d'une théorie de l'Incarnation par transsubstantiation ; maintenant elle devait y revenir par rapport à ce ■ Moi » détruit et supplanté par le Verbe. Et combien l'Eglise depuis la fin du
[i~rl HISTOIRE DES DOGM1 -
Pour prouver la première partie de l'accusation, ils se rapportent au passage d'Alcuin (e. Fel. II. 12 : Accessit humanitas in unitatem personaeFiltiDei ; etmansit eadem proprietas in duabus naturis in Filii nomine, quae ante fuit in una substantia. In assumptione namque carnis a Deo, persona périt hominis, non natura.
Mais l'expression persona hominis ne suppose pas que la personne de l'homme Jésus a d'abord existé et a été changée dans l'Incarnation en une personne divine. Alcuin veut dire au contraire que la personnalité qui se trouve potentiellement dans la nature humaine n'a pas été réalisée dans la personne d'un homme, mais dans la personne du Fils de Dieu qui a pris la nature humaine. La transsubstantiation est d'ailleurs en d'autres passages d'Alcuin bien exclue, et il enseigne expressément que la nature humaine du Christ n'a jamais été une personne humaine existant pour elle-même. Ac per hoc in duabus naturis unus verus Deus et nominaturet vere est: quiavidelicetet Deusomnipotens nunquam de se aliquid vult dici, quod non sit ; hoc enim a fide catholica omnino alienum est : sed ita, ut diximus, Dei Filius hominem assumpsit, ut nihil amisisset, quod habuit, etcum susceptione hominis fuit verus Filius Dei, sicut semper est : nec etiam minorata est dlvinitas propter hominem, nec mutata in hominem ; sicut nec homo a natura humanitatis recessit, ut non esset homo etc (i). Un anéantissement quelconque ou une transformation
VIIIe siècle, était engagée dans ces controverses monophysistes, et apollinaristes, dans lesquelles il ne faut voir qu'une forme plus raffinée du Docétisme », etc.
(1) Saint Paulin ne suppose pas davantage de transsubstantiation : Sed salva proprietate utriusque intransfusae naturae, in una Dei honiinisque persona, dignatus est virginalis uteri ; nec homo sine Deo, qui moi ab ipsa conceptione virginalis vulvae, Spiritus sancti gratia foecundante, in Deum assumptus verissime praedicatur.
A un autre passage invoqué par Dorxer (loc. cit c.Fel. II. 4, saint Paulin s'exprime par une image et parle de la prise des dehors de serviteur sans vouloir affirmer pour cela une transsubstantiation de la nature humaine.
DÉFENSE DE LA DOCTRINE ORTUODoM: 'Mo
de la personnalité, auparavant subsistante, d'un homme Jésus, ne se trouve donc ni dans la foi des théologiens d'alors, ni dans eelle de l'Eglise, quoique la nature humaine du Sauveur au point de vue de la personnalité, ait été élevée bien au-dessus de la nôtre, et cela dès le premier moment de la conception par la « personnification » du Verbe. C'est ce que Félix lui-même reconnut au Concile d'Aix-la-Chapelle (799), dans le symbole de ce Concile, excluant expressément tout changement ou transsubstantiation de l'une ou de l'autre nature avec ses propriétés : « Nous reconnaissons, dans les deux natures de la divinité et de l'humanité, le Fils propre et vrai, c'est-à-dire le Fils né du Père, l'unique Fils de Dieu : cependant les particularités de chaque nature sont demeurées : la divinité du Verbe ne s'est pas changée dans la nature humaine, ni la nature humaine que le Verbe a prise ne s'est changée (1) en la nature divine ».
Aussi peu justifié est le rapprochement qu'on veut voir entre cette sorte de transsubstantiation supposée d'une personne humaine avec la transsubstantiation dans la sainte Eucharistie. Celle-ci, cène sontpasles théologiens du IXe siècle qui l'ont inventée, elle a toujours été crue. Elle comporte la transsubstantiation d'une substance matérielle, la substance de pain, en une autre substance, celle du corps glorifié du Christ : ce n'est nullement le changement d'une créature en Dieu ou d'une personne divine. Il est vrai que la transsubstantiation des substances dans la sainte Eucharistie a de commun avec l'Incarnation que, par la toutepuissance de Dieu, un changement physique est produit dans un être créé, et alors a été produite une union mer- . veilleuse de cet être avec Dieu ; il est vrai aussi que le mystère de la sainte Eucharistie a été simplifié par les adoptianistes, dans le développement de leurs principes de la même manière que par les nestoriens, car, d'après l'adoptianisme, nous ne recevrions que le corps d'un homme et
(!) Murai, XIII, 1035.
.'(7 i HISTOIRE M - i MES
non If corps d'un Dieu. Mais tune transsubstantiation christologique » n'a aucun rapport avec la transsubstantiation eucharistique. Cette accusation n'est explicable qu'au point de vue protestant ; car pour les protestants l'intervention de Dieu dans le monde ne doit ni diviniser, ni changer d'une manière quelconque l'ordre naturel, ni dans la justification, où, après comme avant, la nature humaine coupable ne doit pas éprouver de changement, ni dans l'appropriation de la vérité divine, à l'égard de laquelle chaque individu doit pouvoir juger à l'aise et exercer son intelligence, ni dans l'Eucharistie où la substance du pain et du vin ne doivent pas être changées. Tout autre est la foi de l'Eglise, qui ne veut pas anéantir l'ordre naturel, mais le glorifier et le diviniser partout et qui pour cela a reçu la toute-puissance avec la grâce et la vérité du Fils du Dieu t'ait homme, qui a élevé à la droite du Père la nature humaine qu'il s'était unie. Cependant d'après la doctrine de la révélation et de l'Eglise, cette influence physique et transformatrice de Dieu et l'union de l'être créé à Dieu sont différentes dans l'Incarnation, dans la justification et dans la sainte Eucharistie.
Pour ce qui est de la seconde partie de l'affirmation citée plus haut, à savoir, que les adoptianistes n'ont fait que poursuivre et développer la doctrine de l'Eglise des deux natures dans le Christ, cette affirmation, comme il ressort suffisamment de ce qui précède, est aussi inexacte. Les conséquences de la doctrine ne se trouvent que dans le développement de la doctrine dans le sein de l'Eglise. Les adversaires de l'adoptianisme en ce temps-là ont parfaitement vu la portée de cette erreur, et ont sauvé dans le Christ l'unité de personne ou du moi, en maintenant les deux natures avec leurs propriétés ; ils ont par là affermi et ranimé chez les nations chrétiennes de cette époque la foi au mystère infini et insondable de l'Incarnation.