‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 69 sur 112 · DÉCRETS DES PAPES ET 1)1 CONCILE HE EIUNCFORT M · texte numérisé non relu

DÉCRETS DES PAPES ET 1)1 CONCILE HE EIUNCFORT M

Décrets des papes et du concile de Francfort (794) contre les adoptianistes.

Pour repousser l'adoptianisme et dresser un symbole de foi qui lui fût opposé, il ne fut pas tenu de concile général. L'empereur se contenta, en face de cette nouvelle erreur, de convoquer les évoques de son grand empire, à un concile à Francfort pour l'année 794, quoique déjà Félix d'Urgel eût été convaincu d'erreur au concile de Ratisbonne en 792, par le patriarche Paulin d'Aquilée, et ensuite à Rome par le pape Adrien et forcé de se rétracter. Cependant par l'autorité du pape (1), et sur l'invitation de l'empereur, un grand nombred 'évêques de toutes les parties du royaume, de savants théologiens venus même d'Angleterre se rassemblèrent à Francfort, de sorte que le concile a pu être appelé par Paulin Synodus plenaria. Eginhard (2) remarque que « dans ce concile il y avait aussi des légats de la sainte Eglise romaine, les évêques Théophylacte et Etienne qui remplaçaient le pape ». On lut aux évêques francs un écrit d'Elipand et l'empereur demanda aux évêques assemblés de l'examiner et d'y répondre. Ceux-ci se répartirent en deux groupes selon leur nationalité italienne ou franque, et remirent ensuite séparément au concile leur réponse écrite. Les évêques italiens remirent le Libellus sacrosyllabus, composé par saint Paulin d'Aquilée et Pierre de Milan : il fut approuvé par le Concile. On indique d'abord l'erreur : « astruimt igitur, sed falsis assertionibus Dominum ?iostrum Jesum Christum adoptivum virgine Dei filium de virgine natum », on examine ensuite cette doctrine d'après les passages de la sainte Ecriture ; ensuite on prononce l'excommunication contre les chefs de l'hérésie, s'ils ne se

(1) Pertz tom. I. p. 181. — (2) Cap. 14.

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convertissent pas, en ajoutait : reservato per omnia juris privilegio summi pontificis, domini et patris nostri A'iriani primae sedis beatissimi papae. Enfin on définit la doctrine : Corde 2) eredamus ad justitiam, ore autem confiteamur ad sainte m Dominum nostrum Jesum Christum verum Dei Filium, non putativum, proprium in utraque natura, non adoptivum ; aequalem et coaeternum Patri Sanctoque Spiritui etc.

Les évoques francs proposèrent ensuite le résultat de leur examen. 11 obtint l'approbation de tous les évoques présents. Il a pour titre : Sancta Synodus et venerabiles in Ghristo patres cum omnibus episcopis Germaniae, Galliae et Aquitaniae, et toto catholicae pacis clero, praesulibus Hispaniaeet ceteris ibidem Christianitatis nomen habentibus, in Domino Deo, Dei Filio vero et proprio, Jesu Christo aeternae beatitudinis salutem (i).

La doctrine y est réfutée spécialement par les témoignages de la tradition : aux textes faussés par les adoptianistes sont opposées les vraies expressions des Pères. Enfin le dogme y est' exactement défini (2). En outre au Concile de Francfort, il fut communiqué à l'empereur Charles un écrit dogmatique du pape Adrien, adressé aux évêques Espagnols : l'empereur avait envoyé au pape l'écrit d'Elipand et lui avait demandé une décision dogmatique (3). Le jugement du pape fut d'accord avec celui des

(1) Dans Alciim Opéra II, 573 (éd. Froben).

(2) L. c. p. 576. 577 : Haec testimonia ideo posuimus, ut cognoscatis Deum et Dominum n. J. Chr. in utraque natura esse et Unigenitum et Primo-

genitum non adoptivum, sed magnum Deum Mansit vero persona Filii

in Trinitate, cni personae humana accessit natura. utesset et una persona Deus et homo, non homo Ddificus et humanatus Deus, sed Deus homo et homo Deus, propter unitatem personae unus ûei filius, et idem homini3 filius, perfectus Deus, perfectus homo.

(3) Les Annales veteres Francorum ajoutent (v. Mansi, XVII. 853) que le concile de Francfort avait envoyé ses décisions à Rome pour en demander la confirmation, et avait à la suite de ceci reçu la lettre du pape aux évêques Espagnols. L'envoi des décisions au pape aurait en vérité dû se l'aire, d'après la pratique de l'Eglise et les droits du pape' mais la lettre

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évoques, il déclara que la doctrine de Yadoptio Jesu Christi Filii Dei seamdum carnem était une nouveauté en contradiction avec la sainte Ecriture et la tradition. L'écrit se termine en exhortant les adoptianistes à revenir à la vérité et à faire pénitence ; dans le cas contraire ils tomberaient sous l'anathème (1).

A ces trois pièces, l'empereur ajouta encore un écrit particulier qu'il adressait à Elipand et aux évoques espagnols ; il y déclarait son attachement inébranlable à la sainte Ecriture et à l'enseignement des Pères et y témoignait sa vénération pour le siège apostolique, auquel il avait demandé conseil (2). Cette lettre se termine, en reconnaissant le Christ dans ses deux natures, comme vrai Fils de Dieu.

Toute l'Eglise se déclarait donc contre l'erreur des adoptianistes; cependant l'erreur garda beaucoup d'adhérents. Même Félix d'Urgel n'accepta aucun avis, bien plus il défendit de nouveau ses erreurs, après qu*Alcuin lui en eût envoyé une réfutation. Ce nouvel écrit de Félix fut même envoyé à Rome au pape Léon III. Celui-ci tint à Rome en 799 un concile, et dans la troisième session l'anathème fut encore prononcé contre Félix (3).

Au concile d'Aix-la-Chapelle tenu la même année, Félix était lui-même présent : il abjura encore une fois ses erreurs, et fut ensuite confié à la surveillance de l'archevêque de Lyon Leidrade. Plus tard Félix retomba dans ses erreurs et mourut en 818, séparé de l'Eglise.

du pape arriva à Francfort, après la demande de l'empereur ; et par là le pape donnait son assentiment aux décrets. Que l'empereur eût auparavant consulté le pape, cela ressort de la lettre de l'empereur à Elipand, lettre ajoutée aux décrets du concile et envoyée à Elipand.

(1) Mansi XIII, 865 sqq.

(2) Mansi XIII, 899 sqq. : Hac super re sacram sedem Romanam consulimus... Ex toto corde Sunctae Sedi Apostolicae conjungor, antiquas Traditiones a tempore nascentis ecclesiae conservatas, doctrinam librorum Deo auctore scriptorum et Patrum, qui eos in scriptis suis explicarunt, complector.

(3) Mansi p. 1030.

La Virginité de Marie dans la naissance du Sauveur, d'après Ratramne. PaschaseRadbert et les Scolastiques venus depuis.

La Virginité de la mère de Dieu ante partum est une proposition très claire de la sainte Ecriture, et estconsigi comme article de foi dans le symbole des Apôtres {qui natus est ex Maria virginé). De plus dès le commencement même de l'Eglise, la virginité fut attribuée à la mère de Dieu comme un privilège spirituel et corporel : et les derniers des Pères défendirent contre différents hérétiquecette virginité comme une virginité ante partum, in paria et post partum. La gloire de la mère de Dieu est comme un rayonnement de la gloire du Christ. Seulement la virginité in partu, parut aux Pères au moins aussi essentielle à l'Incarnation que la virginité ante et post partum (1).

Sur la virginité de Marie in partu, le théologien franc Ratramne, qui prit part à toutes les luttes dogmatiques de cette époque, exposa au IXe siècle des opinions erronées dans un écrit spécial intitulé de Nativitate Christi (2).

Tout d'abord au début, il indique son dessein de défendre la vérité chrétienne contre certaines erreurs, qui se développaient en Allemagne sur la naissance du Christ et qui favorisaient le docétisme. Sans doute il ne veut pas assombrir ni souiller la robe sans tache de la virginité de Marie ; il reconnaît la virginité de la mère de Dieu ante partum, in partu, et post partum comme une partie essentielle du dogme catholique (3). Mais il dit par contre que la naissance du Christ de la Vierge a été purement humaine. Au lieu d'appuyer l'appellation Virgo i?i partu sur un acte extraor-

(1) Cf. Histoire des Dogmes I. \ 37.

(2) Patrologie de Migne, T. 1. 121. p. 81 sqq.

(J) L. c. 21. At catholica fides de Virgine, SaWatoris matre confitetur, quod virg- fuerit ante partum, Tirgo in partu et post partum.

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