‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 72 sur 112 · I.\ VIRGINITÉ DE MARIE dans LA NAISSANCE Dl SAUVEUH '.M'A · texte numérisé non relu

I.\ VIRGINITÉ DE MARIE dans LA NAISSANCE Dl SAUVEUH '.M'A

la paix et la joie, et les Anges annonçaient cela aux bergers dans les prairies; comment aurait-il pu (1) au même moment plonger sa mère dans les douleurs et dans les soupirs ?

4. Même on peut donner, en faveur de Yuterus clausus, des raisons positives tirées de l'Ecriture sainte et de la tradition. Notre auteur se rapporte au récit des Evangiles sur la naissance du Christ ; d'après ce récit, les bergers dans la nuit sainte, conduits parle chant des Anges, se hâtèrent vers l'étable, et trouvèrent plein de joie l'enfant dans la crèche : ils ne trouvèrent certainement pas la mère gisant malade par suite des douleurs de l'enfantement. De même les Mages vinrent de l'Orient et trouvèrent l'enfant avec sa mère et Joseph, l'adorèrent et lui offrirent de l'or, de l'encens, et de la myrrhe. Quand le prophète Ezéchiel (4i.'i parle d'une porte fermée, dans la maison de Dieu, par laquelle entre le Seigneur, le Dieu des armées ; et quand, dans le Cantique des cantiques, l'épouse est appelée un jardin fermé et une source scellée vehap. 4), les Pères, comme Paschase, rapportent ceci à Yuterus clausus de la bienheureuse Vierge (2). L'Eglise chante d'elle au jour de sa naissance : et gaudiummatris habet cumvirginitatepudoris (sive honoris), et célèbre par là la virginité de Marie dans sa naissance (3).

(1) lb. p. 1378 : Alias autem si ipse, quod absit, immundus esset ut matrem coinquinaret, quornodo nos emundaret in sua oblatione, et l'aceret hostiam Deo in odorem suavitatis? Idcirco etsi dolores nostros et infirmitates in se pertulit et portavit languores, absit ut matris pudorem ullis vexaverit injuriaruni molestiis. Absit per quam omnis maledictio Evae soluta est, ut ipsa in partu maledictionibus subjacuerit primae damnationis. Absit ubi virtus nascitur, ut ibi tanta oolluvio vitiorum credatur : ubi gaudium praedicatur. quod tanta tristitia et gemitus intervenait; in ter angelorum discursus quod imuiunda septem diebus in sanguine immundo sederit.

(2) Cf. p- 137'.. 1381.

(3) lb. p. 1374 : Virginitalis autem honor permaximus est, si et virgo Deum pariât et homiaem,et tanien ex horuine nato nullisai'fligaturxaxiaiç sigillum pudoris.

;iS4 UISTOIRE DES DOGMES

Si dans la purification de Marie, racontée par l'évang liste saint Luc (2, -li-23), il est tenu compte des prescriptions de l'Ancien Testament sur le premier enfantement, la sainte Vierge, en agissant ainsi, n'agissait pas autrement que le Sauveur lui-môme, qui s'est soumis lui aussi à la loi divine dans la circoncision, et reçut le baptême de saint Jean, sans en avoir besoin. Les paroles masculinum aperiens vulvam(loc. cit.) désignent seulement le premier enfantement, et s'appliquent seulement au Christ, Notre- Seigneur, en tant que lui-même a ouvert le sein maternel, mais sans le rompre, tout comme, après la résurrection, il est allé à ses Apôtres à travers des portes fermées (1).

Après avoir développé tout cela, Paschase traite d'hérétiques les adversaires de cette doctrine (2).

C. LesScolastiques postérieurs sont comme Paschase tous défenseurs de la virginité perpétuelle de Marie, même in partit. Il faut nommer particulièrement saint Bernard (3), l'ardent défenseur de la bienheureuse Vierge, saint Bonaventure (4), et avant tous saint Thomas (5), qui s'appuie sur Isaïe (7,14), et reproduit l'argument cité plus haut ; enfin Duns Scot(6).

Erreurs de Roscelin et d'Abélard dans la doctrine relative à la personne du Sauveur

Les erreurs philosophiques que le nominalisme introduisait en métaphysique, curent pour conséquence beau-a coup d'erreurs théologiques, quoique, d'ailleurs, ces durci) lb. p. 1376.

(1) lb. p. 1380: Quibus profecto catholicae veritatis regulis hinc inde patet sensus, quod nenio nisi haereticus dicit Christum nonnisi communi lege naturae natum.

(3) Cf. Sdrinoin vi-il. Nativ. IV, n. 4. — In Domin. infra Oct. \ssumpt. B. V. M. n. 9.

(4) Brkvil. P. IX. c. 3. - (5) S. th. 3. qu. 28. a. 2.

(6) Keportt. dist. 4. qu. 2.

ERREURS l>r> ROSCELIN ET D'ABÉLARD DANS LA DOCTRINE .W>

nières ne se fussent pas immédiatement montrées dans toutes leurs conséquences.

i. Roscelin fit valoir surtout le nominalisme dans la doctrine de la Trinité (i). Mais en l'employant dans la doctrine de la personne du Christ, il altéra cette doctrine. Si en effet la nature et la personne étaient identiques, comme Roscelin le suppose, on ne devrait pas admettre dans le Christ deux natures seulement, mais aussi deux personnes (2). C'est pourquoi saint Anselme, en cette question de la personne du Christ, combattit Roscelin dans un écrit intitulé De fide Trinitatis, dans lequel il s'applique à réfuter les erreurs de son adversaire. La nature ne suppose pas toujours d'ellemême la personne, tandis que, comme l'admet saint Anselme, il faut qu'à ce qui est commun à toutes les personnes de la même espèce, s'ajoutent encore la réunion et le groupe des propriétés, et un suppôt unique de ces propriétés, avant que nous puissions parler d'un homme déterminé, de Pierre ou de Paul ou du fils de la vierge Marie. Or il n'y a dans le Christ qu'un et même Fils de Dieu, suppôt aussi bien de la nature humaine que de la nature divine et de leurs propriétés, et par conséquent une réunion des propriétés des deux natures dans une personne (3 .

(t) Voyez plus haut § 35.

(2) Cf. Anselm. de fide trin. c. fi. : Dicunt enim quidam : quomodo diciinus in Cliristo non esse duas personas sicut naturas ? Nam Deus et an te hominis assumptionem persona erat ; nec postquam hominem assumpsit. persona destitit ess , et homo assumptus persona est ; quia omnis

liomo individuus esse persona cognosoitur Quae ratiocinatio per hoc

videtur probare duas esse personas in Christo.

(3) 76. : Verbum enim caro factum assumpsitnaturam aliam, non aliam personam. Nam cum profertur homo, natura tantum, quae communis est omnibus hominibus, significatur. Cum vero démonstrative dicimus istum vel illum hominem vel proprio nomine Jesu, personam designamus quae cum natura collectionem habet proprietatum, quibus homo communis fit

singulus et ab aliis singulis distinguitur Neque enim personaliter Fi-

lius Dei designari potest vel nominari sine filio hominis ; nec filius hominis sine filio Dei : quia idem ipse est Filius Dei, qui Filius hominis ; et eadem est Verbi et assumpti hominis proprietatum collectio. Diversarum vjro personarum impossibile est eandem esse proprietatum collectionem.

2 A t en n . er-

lu nominalisme : mais il lui manquait à lui av i^nnprla science à la foi : et par partant d'un

point tout opposé, il arriva dans la Chris: : au même

ml tat. Dans tons rits théologiqu'-s. r ne dia-

mide et superficielle, nui n'emb- frites

naturelles métaphy qu'à la surface, et il se montre

superficiel pour étudier les m- - de la foi.

L'Incarnation du Y Dieu. Abélard l'étudié n-

troduction à la théol- >-ie 1 . où il cherche à ..ccorder la révélation de Dieu dans le temp.-. avec son infaillibilité. T changement n'a lieu que du côté de • di-

vine, et il en est d'eux, dit Abélard. comme des efMs de la chaleur solaire sur la terre, qui peut prendre diverses formes sans que l'activité du soleil lui-m^mr devienne autre. De même dans l'Incarnation, il n'y a eu aucun changement substantiel du Fils de Dieu. Ni du côté de l'essence divine, ni du côté de l'essence et de la substance de l'âme humaine et du corps humain, rien n'a été chargé par l'Incarnation ; tout comme dans l'union de l'âme avec le corps dans l'homme, aucune de ces deux substance- n'est chansée. puisque l'âme ne devient pas chair, ni la chair âme. De là il conclut que le Verbe n'est pas devenu proprement homme.

an homme, le Fds de Dieu, mais seulement que la nature humaine, âme et corps, a été unie avec le \Yrbe en une personne.^ . Abélard exprime donc assez clairement que des x: natures dans le Christ il n'a pas été formé una ret

' L. 3. cap. 6.

L. c. éd. Mii.-ne p. ItOi : Quid est enim dicere Deum fieri hominem. msi difinam substantiara. quae spiritalis est. humanam. quae corp jst, sibi unire personam in unam i Non enim quod spiritale, corporeum ieri potest : sed in illa unione personae Christi. in quo simul divin "erbi. et anima et caro, très istae naturae conveniunt, ita unaquaiiarum trium substantiarum ibt propriam retinet naturam, ut nulla earum :n aliam commutetar. ut nec dirinitas, quae humanitati con.uncta -m aut anima fiât aut caro, sicut nec anima' unquam pote*t fieri c quamvis in sin^ulis hominibus una persona sunt anima et c

ERREURS DE ROSCELIN ET n'.\RKLAKI> MME LA DOCTRINE

une Uni(é réelle mais comme l'âme ef le corps dans l'homme restent dune tes vl). Donc ni l'union de l'âme et du corps dans l'homme en une seule personne et en une seule substance et natuiv ne sont bien comprises, ni l'unité de la personne dans le Christ n'est présentée comme elle doit l'être, c'est-à-dire comme l'unité réelle de deux natures ; même la manière dont s'exprime la sainte Ecriture au sujet de l'Incarnation du Verbe est ébranlée. Toute l'explication sent le nestorianisme, et les défenseurs de l'orthodoxie l'ont regardée comme de l'adoptianisme ; et l'analogie qui suit (2) de l'union des pierres et des poutres pour former une maison n'a pas été regardée comme moins inexacte.

De l'élévation de la nature humaine dans le Christ et de la divinisation de cette nature par l'union hypostatique, Abéîard.en séparant aussi sèchement les deux natures dans le Christ, ne pouvait en avoir aucune idée. Il devait aussi. à ce point de vue heurter la doctrine de la sainte Ecriture et des Pères. Sur la connaissance humaine du Christ, il ne donne pas, il est vrai, d'éclaircissement très précis, surtout il ne dit pas s'il voulait dépouiller l'intelligence du Christ des privilèges des autres hommes (3\ Mais il s'exprime très clairement au sujet de la volonté humaine dans le

(1) 1b. : Sicut ergo anima et caro in unam ad invicem conjunctae personara, in propriis naturis sic discretae permanent, ut nequaquam haec in illam commutetur, alioquin rtuae res nequaquam dicerentur, ita et divinitas humanitati conjuncta. hoc est humanae animae simul et carni

ia unam personam sociata, nequaquam in ejus naturam convertitur

Quomodo proprie vel Verbum dieitur fieri caro, vel Deus homo. cum Verbum ipsam nunc etiam sit spiritus. quia est Deus, sicut et ante incarnationem erat ?

{') L- c. p. UOS : Sicut ergo ossa in uno homine carni adhaerentia, in naturam carnis non transeunt, nec in una dcimo lapides lignis aggregati propriam substantiam mutant ut aliud fiant quam prius erant aut caro animae sociata aliud quam caro fit.... ita nec divinitas humanitati in unam personam conjuncta aliud fit quam prius erat. quamvis aliud sibi in unitate personae conjungat.

(3) Dansl'Epitome Theol. christ, c. 27 (ed.Migne.p. 1737) il est dit seulement que la connaissance humaine du Christ est différente de la connaissance divine.

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