‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 80 sur 112 · LA NATURE HUMAINE DU CHRIST · texte numérisé non relu

LA NATURE HUMAINE DU CHRIST

naissance (1). D'après ce mode de connaissance, le Christ ne sut donc pas tout à la fois, mais seulement progressivement.

Dans ses premiers écrits, spécialement dans le commentaire sur le livre des Sentences, saint Thomas n'avait pas admis ce progrès dans l'entendement du Christ, il ne reconnaissait qu'une il lumination progressive et une extériorisation progressive de la connaissance du Christ dans ses communications aux hommes, et avec cela tout au plus un perfectionnement de la sciejilia experimentalis, c'est-à-dire de la sûreté dans la connaissance humaine, dans la mesure où la perception sensible progressive fortifiait la connaissance de certaines vérités, et aussi les rendait d'autant plus sûres (2).

2. La puissance d'un être se juge d'après la nature. Par conséquent la toute-puissance n'appartient qu'à Dieu, l'Absolu, et non à l'âme humaine de Jésus, quoique, à cause de l'union hypostatique, le fils de l'homme doive être appelé le Tout-Puissant. D'après ce qui précède, on peut, il est vrai, dire dans une certaine mesure que la connaissance humaine du Christ est une connaissance qui embrasse tout ;

(1) Ib. qu. 12. a. ï : Sed quia inconveniens videtur qnod aliqua naturalis actio intelligibilis Christo deesset, cum extrahere species intelligibles a phantasmatibus sit quaedam naturalis actio hominis secundum intellectuel agemem, conveniens videtur banc etiam actionem in Christo ponere. Et ex hoc sequitur quod in anima Christi aliquis habitus scientiae r'uerit, qui per hujusmodi abstractionem specierum potuerit augmentari ; ex hoc scilicet quod intellectus agens post primas species intelligibles abstractas a phantasmatibus poterat etiam alias et alias abstrahere.

(2) lu Sentt. 3. dist. 14. qu. 1. a. 3. ad quintum : Cum enim anima nostra secundum naturam sit média inter intellectum purum, qualis est in angelis, et sensus : dupliciter testiôcatur de aliquibus. Uno modo ex lumine intellectus, qualis est certitudo in demonstrationibus illorum, qua? nunquam visa sunt. Alio modo ex sensu, sicut cum aliquis est certus de his quae videt sensibiliter et talis certitudo acquiritur alicui, etiam quantamcunque per certissimam demonstrationem aliquid sciât, quando videt sensibiliter quod prius non viderat, unde anima delectatur in visis, etiam quae scivit, et haec vocatur certitudo experimentalis, et quantum ad hanc crevit scientia Christi, in quantum quotidie aliqua videbat sensibiliter, quae prius non viderat, non autem crevit quantum ad essentiam.

mais elle n'est cependant pas une omnisciencc proprement dite, qai voit parfaitement môme tout ce qui est possible pour Dieu; en outre elle est dans son degré inférieure à la connaissance divine. Le médium de la scir/t/ia indita sont les idées innées, et celles-ci sont dans le Christ moin^ parfaites que les idées divines qui sont identiques à l'essence absolue.

De môme la puissance de l'âme humaine du Seigneur est moins parfaite que la toute-puissance de Dieu, tant on êi due qu'en degré. Dieu seul peut créer les choses en les tirant du néant et quand il le veut les y replonger. La puissance créatrice, destructive et conservatrice, et l'activité productive, Dieu se l'est réservée pour lui seul. Mais d'ailleurs l'âme humaine de Jésus avait en propre non seulement la puissance qui appartient à tout individu, de domiminer les choses qui lui étaient soumises, de mouvoir son corps, de provoquer de multiples changements dans les choses matérielles, mais aussi celle de produire des effets merveilleux et surnaturels, des effets qui se rattachent au but de la Rédemption ; enfin celle de communiquer à d'autres ce souverain pouvoir. Cependant cette dernière plénitude de pouvoir, l'âme humaine ne l'avait pas en ellemême, mais seulement comme organe du Verbe, qui lui était uni hypostatiquement (i).

Même sur son corps, l'âme humaine de Jésus n'avait aucune puissance absolue. Car les puissances nutritives, la santé, la maladie et la mort ne sont pas au pouvoir de la volonté humaine ; Dieu s'en est réservé la domination. Là dessus l'âme humaine de Jésus devait être égale à la nôtre, mais en tant que cette âme était l'instrument du Verbe, elle pouvait exercer miraculeusement sa puissance sur les objets en question (2).

Il est vrai d'ailleurs qu'à l'âme humaine du Sauveuravait été donnée la puissance de faire et d'exécuter ce qu'elle

(\) S. th. 3. qu. 13. a. 2. — (2) Ibid. a. 3.

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voulait, car la sagesse du Seigneur ne peut laisser concevoir aucune décision de la volonté, qui tendrait à en faire un instrument en vue de certains effets merveilleux supérieurs à sa puissance, et à la destination de son âme humaine (1).

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