‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 81 sur 112 · GO · texte numérisé non relu

GO

Les faiblesses et les défauts dans la nature humaine du Christ. Sonimpeccabilité. {suite)

Parceque le Fils de Dieu est devenu homme pour racheter les hommes du péché, il a pris aussi, mais avec une volonté pleinement libre, les faiblesses et les imperfections de la nature humaine.

1. Aux faiblesses du corps appartiennent les maladies, les souffrances, les douleurs, la faim, la soif, enfin la mort. Le Seigneur a voulu prendre un corps chargé de toutes ces infirmités, dans un triple but : premièrement pour endurer ainsi les peines des péchés et pouvoir satisfaire pour tous ; deuxièmement, pour montrer non seulement la réalité de son corps mais encore l'égalité de nature de son corps avec le nôtre, son union à notre race ; enfin pour nous donner dans le support des peines et des souffrances le modèle le plus élevé de patience, de force d'âme, d'humilité et de toutes les vertus (2).

En union avec ces faiblesses, le Sauveur a voulu aussi être soumis à une certaine nécessité, non pas, il est vrai, dans sa volonté divine avec laquelle sa volonté humaine était toujours d'accord, mais dans son corps et dans les impulsions inférieures de l'âme : dans son corps qui, en tant que matériel, était d'après sa nature soumis à la décomposition, dans les impulsions sensibles qui se révoltent contre la douleur et contre la mort. Le corps était soumis aux lois nécessaires de la pesanteur, de l'impénétrabilité,

(1) S. th. 3. qu. 13. a 2. — (2) Ibid. qu. 17. a. 1.

136 BISTOIRE DES DOGMES

de la décomposition, aux sensations de la l'ai m et de la soi i, à la force ft à la violence extérieures, qu'il dut subir dans la flagellation, l'insertion des clous et le crucifiement. Mais pour la volonté divine, il y avait dans tout cela d'autant moins une nécessité que le Verbe divin s'était chargé de tout cela avec liberté, même pour la nature humaine, c' à-dire qu'il était au pouvoir du Verbe d'élever le corps audessus de ces nécessités, ou de l'y soumettre, tout comme c'est par suite d'une détermination libre qu'il est devenu homme. Même pour la volonté spirituelle plus élevée, il n'y avait aucune nécessité, c'est-à-dire aucune coaction, à laquelle elle aurait été obligée de se soumettre malgré elle. La volonté raisonnable de la nature humaine (voluntas deliberata) fut toujours en complet accord avec la volonté divine, et par suite elle a accepté librement la nécessité en question (i).

La nécessité de mourir a, dans l'homme à l'état déchu, un caractère spécial, car c'est à cause du péché d'Adam qu'il a été soumis à la loi de la mort, de laquelle, par une grâce spéciale, il était exempt dans le Paradis terrestre. La mort maintenant n'est pas simplement un phénomène purement naturel, comme elle l'est chez tous les êtres organisés, mais elle est encore une peine du péché, à laquelle, dès le premier moment de leur existence, tous les hommes sont soumis. En ce sens, le Seigneur n'était pas soumis à la mort et à la nécessité de mourir; il a seulement pris en lui cette nécessité de la mort à laquelle tous les êtres organisés sont soumis en vertu de leur nature et de leur composition matérielle (2).

Cependant le Seigneur ne s'est pas chargé de toutes les faiblesses de la nature humaine : d'abord il n'a pas pris celles qui étaient incompatibles avec l'organisation extraordinaire de la nature humaine du Christ, avec la haute mesure de grâce dont elle avait été comblée. Il n'a pas pris

(1) lbid. a. 2. — (2) Ibid. a. 3.

Page 1