‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 83 sur 112 · LA COMMUNICATION DES IDIOMES · texte numérisé non relu

LA COMMUNICATION DES IDIOMES

question, et prouver qu'il ne faut aussi attribuer au Christ qu'une existence. Cette affirmation se rattache à plusieurs autres questions métaphysiques, en particulier à la question de la distinction de l'essence et l'existence. Saint Thomas admet, entre les deux, dans le domaine du fini une différence réelle, car l'essence en soi et immédiatement n'a qu'un être idéal. L'être est en général idéal ou réel, selon qu'il existe simplement dans la connaissance de Dieu ou des créatures raisonnables, ou qu'il existe aussi en dehors de notre connaissance, par la volonté créatrice de Dieu. De plus, l'être réel peut être accidentel ou substantiel, potentiel ou actuel (complet), essentiel ou personnel. Le saint docteur affirme qu'on ne peut pas refuser tous ces modes à la nature humaine du Christ, ni l'être idéal, ni l'être potentiel, ni l'être essentiel ; mais bien l'être complet, car celui-ci, c'est-à-dire l'être personnel dans le Christ, n'est qu'un, de sorte que la nature humaine participe à l'être personnel du Verbe. Bien que chaque homme individuel, au moment de sa génération et de sa production, ait non seulement la nature, mais encore, en tant que personne, l'être, nous pouvons cependant par la pensée distinguer l'être de la nature ou de l'essence de celui de la personne. Dans la nature ou l'essence de l'homme il n'y a immédiatement que l'aptitude à être soi, ou à la personnalité ; cette dernière se forme d'elle-même quand la nature n'est pas prise par un être supérieur. Mais cette aptitude à l'être personnel n'est qu'un être potentiel, et pas encore la réalisation de l'être ; dans le Christ cette réalisation eut lieu par et dans la seconde personne divine, de sorte que la nature humaine du Christ considérée par abstraction n'a encore pour elle-même aucun être complet.

Mais dans ce qui a été dit, rien ne montre que la nature humaine ne soit unie qu'accidentellement avec le Verbe. Bien plus, dans ce cas, la nature humaine aurait son être particulier et ne formerait pas un être avec le Verbe, pas plus que la grâce accidentelle ou la vertu ne forme un seul

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ê're avec l'àme, l'habit avec celui qui Le porte, ou la forme humaine visible avec l'ange qui s'en revêt, ou encore la colombe avec le Saint-Esprit qui s'en servit pour se manifester au baptême du Sauveur. Ici il n'y a exclusivement qu'une union accidentelle. D'autre part l'unité d'être dans le Christ n'a pas été formée par le mélange des deux natures. Le Fils de Dieu a son être et sa personnalité de toute éternité, et il est entré dans la plénitude des temps on rapports particuliers avec une nature humaine, de sorte que, depuis ce moment il subsiste aussi dans la naturehumaine.

Nous avons une analogie de cette union en un seul être dans la nouvelle réunion du corps de la résurrection à notre àme, au dernier jour, avec cette seule différence que l'âme séparée n'a aucun être personnel complet et n'en acquiert un nouveau que par la réunion à un corps, de façon cependant que par là se trouve produite non seulement une personne, mais encore une nature ou essence; la nature humaine du Christ au contraire garde son propre être essentiel sans qu'il soit changé. Participer à la personne, ou à l'être en soi du Fils de Dieu, et être reçue dans l'unité de celle-ci est la plus haute élévation que puisse obtenir une nature humaine (1).

Même dans le commentaire sur le livre des Sentences, le saint docteur insiste sur l'unité d'être dans le Christ ; à cette proposition, il oppose particulièrement une union purement accidentelle, de laquelle aucune Incarnation n'aurait résulté, et par laquelle aucune communication des idiomes n'aurait été possible. De la figure humaine, à laquelle s'unit un ange pour pouvoir apparaître, on ne peut

(.') Ib. a. 1 : Sic igitur cum liumana natura conjungatur Filio Dei hy-

postatice vel personaliter et non accidentaliter, consequens est quod

secundum humanam naturam non adveniat ei novuin esse personaLe, sed solum nova habitudo esse personalis praeexistentis ad naturam humanam ; ut scilicet jiersona illa jam dicatur subsistera non solum divinam naturam, sed etiam secundum humanam.

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