LES RAPPORTS DU CHRIST ET DE SON PÈRE CÉLESTE
est plus noble et plus élevé d'avoir en soi-même le principe de sa bonté, cette perfection appartenait aussi au Christ. Seulement la bonté qui appartenait et était propre au Christ dès le commencement, à cause de l'union hypostatique, celle-là le Christ ne pouvait pas la mériter ; mais il pouvait mériter celle à laquelle il avait auparavant renoncé librement, la glorification de son corps (1). De même il pouvait mériter pour les autres, puisqu'il est le chef de l'Eglise et de tous ceux qui ont été rachetés ; et il pouvait mériter dès le moment de la conception, parce qu'il ne manquait d'aucune des conditions du mérite.
§ 63. Les rapports du Christ et de son Père céleste (suite).
1. Lo Christ était, non pas par sa divinité, mais par sa nature humaine soumis au Père à un triple point de vue : d'abord par ce fait que chaque créature, et partant la nature humaine du Christ, n'a qu'une bonté empruntée et relative, qu'il a reçue de Dieu ; ensuite en tant que chaque créature est soumise à Dieu le souverain maître et doit le servir ; c'est la subjectio servitutis (Phil. 2. 10) ; enfin en tant que le Christ a été, par rapport à la volonté qui commande, soumis à son Père céleste jusqu'à la mort de la croix. Mais saint Thomas n'examina pas ici (2) si et jusqu'à quel point le Seigneur a exercé cette obéissance comme une obéissance obligatoire, ou bien si et comment il l'a pratiquée, comme simplement surérogatoire. Mais nous verrons cela avec plus d'étendue dans la question des œuvres satisfaetoires du Christ.
2. Le Christ pouvait aussi, à cause de sa nature humaine, prier son Père céleste, ou lui demander de combler ses désirs ; il s'agit surtout ici de la prière de demande. Aussi il
(I) In Sentt. 3. dist. 18. qu. 1. a. 3. — (2) S. th. 3 qu. 20. a. !.
• ilS- HISTOIRE DES DOGMES
pria dans le jardin de Gethsémani, pour que le calice de sa passion s'éloignât de lui : dans cette prière, il manifestait le désir de sa nature sensible. Ce qu'il ajouta ensuite : « cependant que votre volonté, se fasse et non la mienne », était l'expression de la volonté spirituelle supérieure (voluntas rationalis), et ainsi le désir naturel sensible était subordonné à cette volonté et remis en harmonie avec elle, jomme avec la volonté divine. Par là, le Sauveur nous a appris qu'il n'y a pas péché à désirer quelque chose de conforme aux affections sensibles, et non entièrement conforme à la volonté divine, pourvu qu'on soumette ces affections à la volonté divine (1). Car ce désir, aussi longtemps que la volonté spirituelle supérieure ne s'y attache pas complètement, ou ne fait pas un aveclui, n'est qu'une faible volonté conditionnelle (velleitas) ; c'est-à-dire qu'il est supposé que les fins spirituelles supérieures ne sont pas par là lésées. Ces désirs de la volonté sensible, n'avaient pas même dans le Christ leur satisfaction entière ; en revanche ceux de la volonté spirituelle supérieure étaient très bien accomplis, car cette volonté était dans le Christ, dans la plus complète harmonie avec la volonté divine (2).
3. L'Homme-Dieu était le médiateur entre Dieu et les hommes et le vrai souverain prêtre pour tous, puisqu'il était pour tous les hommes l'intermédiaire des grâces divines, et d'autre part il unissait les prières et les sacrifices des hommes à son propre sacrifice et les offrait au Père céleste. En même temps il était aussi la victime: cette victime, rehaussée du mérite infini que la nature humaine du Sauveur avait acquis par l'union hypostatique, l'humanité la demandait, tant afin de pouvoir offrir à la justice divine une satisfaction suffisante pour ses péchés, qu'afin d'obtenir les grâces nécessaires et enfin la béatitude éternelle comme récompense de la vertu. C'est à cela que répondait le sacrifice expiatoire, propitiatoire et d'holocauste que le
(!) Ibid. a. 2. — (-2) ibid. a. 4.
LES RAPPORTS DP CHRIST ET DE SON PÈRE CÉLESTE î'i!'
Christ offrit sur le Golgotha, et, à chacun de ces points de vue, le Christ était la victime (i). De là vient que le sacerdoce du Christ dure môme dans l'Eternité, d'après les paroles du Psalmiste (Ps. 109. 4), parce que par le Christ les bienheureux ont Obtenu le ciel et se réjouissent éternellement en lui de cette béatitude céleste (2).
4. Les rapports du Christ même par sa nature humaine avec son Père céleste, ne sont pas ceux d'un adopté ou d'un fils adoptif avec son père adoptif. L'adoption a bien lieu pour nous, et ce rapport des hommes avec Dieu est souvent mentionné dans la sainte Ecriture. L'adoption donne à l'adopté un certain droit d'héritage aux biens éternels de la béatitude céleste et est une participation au rapport de filiation, dans lequel le Verbe se trouve à l'égard de son Père. Toutes les choses, d'une manière bien imparfaites sans doute, ont part à cela, puisqu'elles ont été créées d'après les types éternels qui existent en Dieu. D'une manière plus parfaite déjà, les créatures raisonnables y prennent part par leur nature, dans leur connaissance et leur volonté, puisque par la plénitude et la satisfaction de ces forces en Dieu, elles deviennent de plus en plus semblables à lui, comme, d'une manière analogue, les élèves deviennent de plus en plus semblables à leur maître, par la participation à sa science. Ses droits à la béatitude éternelle et à l'héritage éternel de Dieu dans le ciel, l'âme humaine les atteint d'abord par la grâce sanctifiante, et par celle-ci par conséquent, l'adoption complète. Cependant celle-ci ne peut, comme la filiation proprement dite, n'être attribuée qu'à une personne, à un être subsistant pour lui-même, qui par là entre dans un rapport nouveau avec l'adoptant. Or, le Christ en tant que personne est le fils naturel de Dieu, donc il ne peut en aucun sens être appelé un fils adoptif de Dieu (3).