‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 88 sur 112 · Par suite de ce que nous venons de dire, la différence · texte numérisé non relu

Par suite de ce que nous venons de dire, la différence

(1) Cf. de Rada. Controv. 1. a. I. — (2) Cf. Gajetan in 3. qu. 4. a. 3.

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entre la personne et la nature et la prééminence de la première sur la seconde, qu'ont admises l'école scotiste, sont bien diminuées et bien réduites. Il en est de même pour la question de l'unité" de l'être dans le Christ. Duns Scot, en répondant à cette question, quitte la voie suivie par le docteur angélique, et attribue à la nature humaine dans le Christ non seulement l'être d'essence (esse essentiae), mais même l'être d'existence (esse existentiae). Le motif de cette affirmation, il le trouve surtout en ce que l'être d'essence d'une chose n'est d'abord que quelque chose de purement idéal qui manifestement n'est pas suffisant pour la nature individuelle. Si la supposition était exacte, c'est-à-dire si saint Thomas aussi n'attribuait à la nature humaine dans le Christ qu'un être idéal et s'il la concevait comme un idéal universel, il faudrait alors se mettre du côté des Scotistes. Car la nature humaine individuelle a, même en l'imaginant séparée du Verbe, un être réel, mais elle n'a pas eu l'être complet et l'existence pour soi et en soi ; bien plus, dès le premier moment de son existence, elle était une partie constitutive de l'hypostase divine, et c'est par celle-ci et en elle, qu'elle a eu l'existence complète. Mais la nature humaine individuelle avait déjà en elle par son essence et par les accidents qui lui étaient unis, un être bien déterminé, et c'est celui que saint Thomas a appelé Y esse essentiae. Duns Scot donne cet être pour un être seulement potentiel, et il veutpourtant reconnaître àlanature individuelle encore davantage; il veut lui reconnaître l'existence. Seulement saint Thomas par suite de son réalisme modéré, ne considère pas l'essence des choses commequelque chose de purement idéal; il lui attribue aussi une réalité dans les choses mêmes. Elle a donc aussi un être dans les choses et elle devient, unie à certains accidents, une nature individuelle, ou un être spécifiquement et individuellement déterminé. Mais la complète existence n'existe que par l'hypostase ou personne.

De là vient que la plupart des arguments de Duns Scot prouvent trop peu, c'est-à-dire qu'ils montrent bien que

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la nature humaine individuelle a un être, mais non qu'elle a l'existence complète et achevée. C'est le cas, quand il argumente de la manière suivante:

a). — La génération et la naissance de l'homme aboutissent à l'existence d'une nouvelle nature humaine indivividuelle. Si donc la nature humaine du Sauveur est née en réalité de la Vierge Marie, elle doit avoir aussi l'existence (1). Mais saint Thomas répond d'avance à Duns Scot que l'on a bien le droit d'affirmer la génération et la naissance de la chair du Christ, et d'autre part aussi, du Christ comme personne, mais non pas, de la nature humaine. Autrement on pourrait contester à la bienheureuse Vierge le titre de mère de Dieu, sous le prétexte qu'elle n'a enfanté qu'une nature humaine. Saint Thomas admettrait donc bien que la naissance a pour conséquence l'être de la matière et termine l'être en soi de la personne: mais il ne reconnaîtrait dans la naissance temporelle aucune preuve de l'être complet {esse existentiae) de la nature humaine.

b). — La vie est pour les êtres vivants un être et une manifestation de l'être. Mais s'il y avait dans le Christ, ce qu'on ne peut nier puisqu'il a souffert la mort, une vie humaine différente de la vie divine, il y avait aussi en lui un être humain (2). Si l'âme séparée a dans la séparation du corps une vie et un être, il faut dire aussi la même chose de la nature humaine du Christ.

c). — L'âme humaine de Jésus a été créée par Dieu, et toute création, étant l'appel d'une chose du néant à l'existence, se termine par l'existence d'une chose. L'âme humaine de Jésus avait donc l'existence, et il faut le supposer pour admettre l'âme à l'union hypostatique (3).

(1) Eeportt. 3. dist. 6. qu. 1. schol. 2.

(2) L. c. Aliquod vivere arnisit Christus in morte, aliter non fuisset vere niortuus ; igitur destruebatur unura esse non increatum ; igitur vivere creatum et esse. — (3) Ibid. schol. S.

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d). — Dans la supposition où le Verbe aurait de nouveau dissous l'union hypostatique, la nature humaine n'aurait pas pour cela été anéantie, mais elle aurait conservé son existence (1).

e). — Les mauvais anges et les damnés voient la nature humaine et le corps visible du Christ, ce qui serait impossible si la nature humaine n'avait pas une existence. De même que les accidents du pain et du vin conservent encore dans la sainte Eucharistie, après la transsubstantiation, leur être propre, de même la nature humaine conserverait le sien, même après la dissolution de l'union hypostatique.

Avec tout ceci, Duns Scot prouve simplement qu'à la nature humaine individuelle comme à la nature générale ou essence telle qu'elle existe idéalement s'ajoute un autre être, quoique cet être (esse existentiae) de la nature individuelle, ne soit pas encore la subsistance de la personne (le subsistere). Mais les différences poussées plus loin ont à peine encore une importance pour le dogme, alors même qu'on ne saurait leur en refuser quelqu'une pour la métaphysique supérieure.

3. Une autre controverse, à laquelle nous avons touché plus haut à propos de saint Bonaventure et de saint Thomas existe entre les thomistes et les scotistes, c'est celle qui porte sur le but [caw,a finalis) de l'Incarnation. Duns Scot s'écarte sur ce point de ces deux docteurs ; il est d'avis • lue la rédemption du genre humain déchu n'a pas été la fin déterminante et principale de l'Incarnation, quoique cependant elle soit pour quelque chose dans ce but final. Le Verbe se serait fait homme, quand même aucune faute n'aurait été commise ni chez les Anges, ni chez les hommes ; bien plus, même si aucun ange, ni aucun autre homme que le Christ, n'avait été créé (2). Les fondements de cette

(1) lbid. scuol. 2.

(<) Beportt. 3. dist. 7. qu. 4 : Dico tamen quod lapsus non fuit causa praedestinationis Christi, imo si nec fuisset ançelus lapsus nec honio.

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thèse Dans Scot ne les emprunte pas à la sainte Ecriture , mais il part de cette proposition : que Dieu veut d'abord le but et ensuite les moyens, et parmi les moyens, les plus proches et les plus élevés. Donc Dieu se veut d'abord luimôme et sa glorification, et ensuite il veut la béatitude des autres en les faisant participera la sienne; en troisième lieu, il veut être aimé des autres, et d'abord des créatures les plus parfaites, parmi lesquelles il a prévu, comme la plus parfaite, l'âme humaine unie hypostatiquement au Verbe. Mais alors il a dû prévoir la passibilité de l'Homme- Dieu, puisqu'il a décidé de priver provisoirement le Sauveur de la gloire du corps, afin que par ses souffrances et sa mort il rachetât la race déchue d'Adam (1). La détermination des souffrances et de la mort de l'Homme-Dieu a donc bien eu, d'après Duns Scot, pour but déterminant la rédemption des hommes ; l'Incarnation, même d'après lui, aurait été aussi résolue dans les décrets divins même si le péché n'avait pas été prévu. Les raisons en faveur de l'opinion opposée ontdéjà été développées plus haut, à propos de saint Bonaventure. La faiblesse de l'argumentation Scotiste consiste surtout en ce que Dieu n'est pas nécessairement obligé de vouloir immédiatement et d'appeler à l'existence ce qu'il y a de plus parfait et de plus grand parmi les

adhuc fuisset Christus sic praedestinatus : imo et si non fuissent creandi alii quam solus Christus.

(1) Ib. : Dico igitur sic : Primo diligit Deus se ; secundo diligit se aliis, et iste est ainor castus ; tertio vult se diligi ab alio, qui potesteum summe diligere, loquendo de amore alicujus extrinseci ; et quarto praevidit unionem illius naturae, quae débet eum summe diligere, etsi nullus cecidisset. Quomodo igitur sunt intelligendae auctoritates Sanctorum ponentium quod Christus non fuisset mediator, nisi aliquis fuisset peccator ?.... Dico quod gloria est ordinata animae Christi et carni, sicut potest carni competere et sicut fuit collata animae in assumptione : ideo statim fuisset collata carni, nisi quod propter majus bonum illud dilatum fuisset, ut per mediatorem, qui potuit et debuit, redimeretur genus humanum a potestate diaboli, quia majus bonum fuit gloria animarum beatarum, quam irloria carnis Christi ; et iJeo in quinto instanti vidit mediatorem yenientem passurum ac reilempturum populum suum ; et non venisset ut mediator.... nisi aliquis prius peccasset.

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