ARIST0TÉL1SME
être, d'après lui, rationnels. Il considérait la religion comme un important facteur de culture, mais surtout de la culture de la grande niasse du peuple. Le sage, lui, ne doit pas certes attaquer la religion, mais la philosophie lui tiendra lieu de religion pour lui-même (1) ; comparée à la religion, la philosophie, occupe en effet, un rang bien plus élevé. On a une juste idée de la religion, si on n'entend par là que les vérités fondamentales et rationnelles de la religion, sur lesquelles la philosophie nous donne une explication claire et raisonnée. A ce prix cette conception n'est pas erronée. Mais elle le devient dès que la philosophie prétend réclamer les mêmes droits en face de la religion révélée.
Entre autres erreurs, les Scolastiques en relevèrent deux dans la philosophie d'Averroës ; ce qui nous prouve que les philosophes arabes avaient besoin que la philosophie chrétienne vînt rectifier leurs opinions. Ces deux erreurs portent l'une sur l'éternité de la matière et l'autre surfunité de l'intellect dans toutes les âmes raisonnables.
Averroës admit quatre principes pour expliquer les choses : une cause matérielle, une cause formelle, une cause déterminante et une cause finale. Mais il ramène ces causes, en quelque sorte, à deux : la cause déterminante est en même temps le but final ; la materia prima lui est de toute éternité prédisposée comme cause potentielle de toutes choses. Il doit y avoir potentiellement dans cette matière éternelle les différentes formes très précises, qui n'attendent l'actualisation que de la première cause déterminante. On le voit, ni la philosophie antique, ni celle des philosophes arabes ne s'est élevée à une création libre de toutes choses pour Dieu. Averroës la conteste expressément, parce que cette création aurait amené en Dieu un changement, parce que surtout on ne sauraitadmettre dans un être absolu, parfait de toute éternité, une volonté libre,
(t) Destructio destruetionis (ainsi appelé parce qu'il était une réfutation de la Destructio de Algazel). disp. 6.
fil) îil-TolKt DU DOGMES
dont la présence ne s'explique que dans un être ayant des défauts et tendant à un perfectionnement (i). La production du monde est l'effet d'un progrès nécessaire de la matière. L'hypothèse de l'éternité et de la nécessité du monde était donc encore une diminution de la souveraineté de Dieu et de sa providence pour l'individu.
Les Scolastiques ont plus souvent combattu l'opinion de l'unité substantielle de toutes les âmes raisonnables. Avicenne avait bien déjà associé quelques conceptions néoplatoniciennes à l'Aristotélisme et avait admis l'émanation des intelligences de Dieu lui-même. Au dernier degré de ces intelligences se serait trouvé l' intellectus age?is, qui aurait reçu en lui les idées de Dieu, les aurait transmises à son tour aux âmes humaines et imprimées comme des formes à la matière. Mais Averroës nia en plus la substantialité de chaque âme humaine raisonnable, douée de son intellectus possiôilis sive materialis et admit l'unité substantielle de cet intellect dans toutes les âmeshumaines. L'âme humaine individuelle n'a que des puisssances végétatives et sensitives avec, en outre, la vis cogitativa, qui lui permet d'abstraire le général des perceptions sensibles. Elle a ainsi le pouvoir d'entrer en relation avec V intellectus possibilis, dont elle reçoit une lumière spirituelle et radieuse, en sorte que les représentations sensibles en sont éclairées et transformées en notions spirituelles ou mieux en species impressœ, que l'intellectus possibilis reçoit en même temps comme idées complètes (2). L'âme humaine individuelle
(1) Destr. désir, disp. 1, dub. 1.
(2) Cf. Thom. de unit, intell. Averroës ponens hujusmodi principium intelligendi quod dicitur intellectus possibilis, non esse animam nec partem animae nisi aequivoce, sed potius quod sit substantia quaedam separata, dixit quod illius intelligere substantiae separatae est intelligere mei vel illius, in quantum intellectus ille possibilis copulatur mibi Tel tibi per phantasmata, quae sunt in me vel in te. Quod sic fieri dicebat : species enim intelligibilis, quae fit unum cum intellectu possibili, quum sit forma et actus ejus, habet duo sub ecta, unum ipsa phantasmata, aliud intellectum possibilem.