‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 92 sur 112 · DOCTRINE DU MERITE SATISFACTOIRE DL' CHRIST · texte numérisé non relu

DOCTRINE DU MERITE SATISFACTOIRE DL' CHRIST

tament ; elle s'était enfin accomplie sur le Golgotha et était devenue le centre de l'histoire de l'humanité ; sa prédication a par une puissance miraculeuse converti les cœurs des hommes et rendu l'univers chrétien.

Cependant les Pères viennent : leur théologie a surtout un caractère apologétique contre le paganisme, le judaïsme et l'hérésie ; ils ne s'attardent pas à une défense particulière et à une exposition plus complète de cette doctrine centrale du Christianisme, car elle n'était pas attaquée directement parles hérétiques, tout au plus était-elle indirectement défigurée.

Nous n'avons naturellement ici en vue que les expositions théologiques détaillées, et non la démonstration et l'interprétation dogmatique du dogme chrétien : ceci se retrouve chez tous les Pères, même chez ceux des premiers temps, comme on l'a montré dans l'histoire des dogmes, en étudiant la doctrine de saint Irénée, saint Athanase. saint Augustin et saint Cyrille d'Alexandrie.

Au moyen âge c'est surtout saint Anselme, qui a fait de ce dogme important le sujet particulier de ses spéculations; il a d'abord écrit là-dessus une étude en deux livres : Cur Deus homo. Il aime de préférence les études, pour ainsi dire monographiques, des principaux mystères du Christianisme et, par là, il ouvre la voie à la Scolastique. Dans ses spéculations il dut d'abord s'occuper des articles de foi spécifiques et essentiels au Christianisme. Le dogme de l'Incarnation surtout était, par suite de l'adoptianisme, discuté dans les écoles avec une préférence particulière, et la tendance générale de cette époque poussait à une intelligence plus profonde et à une plus intense application du salut parle Christ. Saint Anselme entreprit en partant du point de vue de la raison théologique, c'est-à-dire de la raison fécondée par la foi, de démontrer une certaine nécessité de l'Incarnation et de la satisfaction du Christ.

1. Il se tourne d'abord contre l'essai d'explication des mérites du Christ, qui so trouve chez Origène et chez

/l68 HISTOIUE DES DOGMES

quelques Pères, et qui déjà avait été rejeté par Grégoire de Nazianze (i). D'après cette doctrine, le démon aurait acquis, à la suite du péché originel, une certaine souveraineté légitime sur les hommes ; il devait la rendre contre le paiement d'une rançon correspondante. Mais il aurait dépassé ses droits en prenant la rançon qui lui était offerte parle Fils de Dieu ; il l'aurait prise plus grande qu'il ne le devait en justice et à cause de cela il a perdu sa souveraineté et tout droit à y prétendre. Comme l'avait déjà fait saint Grégoire, saint Anselme trouve inexacte cette interprétation. La créance que l'Homme-Dieu a éteinte en mourant sur la croix n'appartient pas au démon, mais à Dieu. Ce n'était pas au démon que l'Homme-Dieu devait donner la rançon (Col. 2, 14), mais à son Père céleste; car le genre humain était devenu par le péché le débiteur de Dieu. Le démon n'avait acquis, en séduisant l'homme et en remportant sur lui par le mensonge sa victoire, aucune souveraineté légitime sur le genre humain ; Dieu la lui a seulement laissée, mais il pouvait à chaque instant la lui reprendre sans léser en rien son droit. Mais l'homme n'avait pas d'avantage le droit de se plaindre d'injustice, si Dieu le laissait au pouvoir de celui à qui il s'était librement donné (2).

2. La vraie doctrine de la dette et de la peine du péché, et de la justice de Dieu, ne doit pas s'expliquer autrement qu'on n'interprète la satisfaction en général. A tout péché, nécessairement et par son essence, est unie une dette et l'obligation de subir un châtiment, tout comme à chaque action bonne moralement est lié le droit à une récompense. Cependant saint Augustin non seulement affirme ceci, mais il ajoute encore que Dieu dans sa justice doit chaque fois appliquer une peine au péché, et qu'il ne peut jamais la remettre, à moins d'une satisfaction correspondante. Autre chose en effet est d'affirmer la nécessité essentielle

(1) Cf. Eist. des Dogmes, II, § 35. — (2) Cf. Cur Deus Homo. I. c. 7.

Page 1