‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 94 sur 112 · DOCTRINE DU MÉRITE SATISFACTOIRE DU CHRIST · texte numérisé non relu

DOCTRINE DU MÉRITE SATISFACTOIRE DU CHRIST

devoir de rendre à Dieu, par l'observation de ses commandements l'honneur qui lui est dû, obligation qui est demeurée, après le péché, vient se joindre encore la nouvelle obligation encore plus étroite, d'offrir une expiation pour l'offense qui lui a été faite. De môme que toute injustice contre l'honneur du prochain demande, comme condition préalable, pour être effacée, une compensation par la restitution, de même il doit en être pour l'injustice que le péché a causée à Dieu. Mais dans ce cas la compensation dont il s'agit ne peut être fournie que par une punition : ou bien le pécheur est, contre son désir et sa volonté, forcé d'accomplir la volonté de Dieu, et de payer par une peine le tribut qu'il doit à sa glorification, ou bien la peine satisfactoire est librement acceptée, et est régulièrement accomplie, au moins en partie.

Quelque juste et profonde que soit cette manière d'entendre le péché et la justice vindicative, il n'y a pas là de preuve de la nécessité de la peine ou de la satisfaction pour le péché. Cette preuve n'est pas en effet donnée en disant que, par le pardon pur et simple, le péché serait délivré de toute loi et de toute règle, tandis que, par contre, la vertu et la justice seraient soumises à la loi, comme le dit saint Anselme (cap. XII). On peut lui répondre avec une entière justice que l'ordre moral n'est pas supprimé par des exceptions particulières, comme le dit le proverbe, exceptio firmatregulam. Les auteurs contemporains etlesScolastiques postérieurs ne sont pas d'accord, pour savoir s'il faut entendre la nécessité, dont il s'agit,, comme une nécessité particulière, ou comme une simple convenance, et ils accusent saint Anselme d'errer et d'être en contradiction avec les Pères, dans le cas où il faudrait entendre ses paroles dans le premier sens. Ainsi parlait déjà Roscelin, ou du moins l'auteur, quel qu'il soit, de la lettre qui se trouve dans la patrologiede Migne, parmi les écrits d'Abélard (1).

(!) Tom. 178. 35S sqq.

3. Si nous suivons pas à pas le saint docteur dans son argumentation, il ne s'agit plus, après qu'il a cru avoir démontré la nécessité de la peine ou de la satisfaction pour le péché, que de savoir laquelle des deux Dieu doit exiger, de la peine ou de la satisfaction. L'une ne serait nécessaire, que dans le cas où il faudrait exclure l'autre comme impossible. Précisément saint Anselme pensait pouvoir démontrer l'impossibilité pour Dieu d'exiger la peine. Pour cela, il part de la proposition que Dieu a pris une fois, d'une manière immuable, la décision de rendre les hommes heureux, et par les hommes non seulement de remplacer les Anges tombés, mais encore de multiplier le nombre de ses élus. Car après qu'une partie des Anges fut tombée, il ne pouvait plus remplir les vides qu'ils avaient laissés, en créant de nouveaux Anges, car ceux-ci n'auraient plus eu à subir d'épreuve morale proprement dite, puisqu'ils auraient eu devant les yeux d'une manière évidente la punition des esprits tombés. Les esprits bienheureux avaient soutenu l'épreuve, avec foi en la récompense promise, et ils n'avaient pas vu la récompense avant d'avoir été confirmés dans le bien et avant d'avoir obtenu la possession inamissible de Dieu. Les Anges créés ensuite n'auraient plus pu subir cette épreuve (1). Il fallait donc que d'autres êtres raisonnables, les hommes, fussent créés, mais ils l'étaient non seulement pour remplir les vides des Anges, mais pour parfaire le nombre des élus en général. Contre la première hypothèse, celle qui tient que la création des hommes n'a eu lieu que pour remplir les vides laissés par les Anges, il y aurait beaucoup d'objections à formuler. En effet : Supposons, dit saint Anselme, que toutes les créatures aient été créées à la fois, comme on pourrait le conclure de l'Ecclésiaste (18, 1) ; dans ce cas, si les hommes n'avaient été créés que pour remplir les vides laissés par les Anges déchus, la chute de quelques Anges, et, si tous

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