‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 98 sur 112 · DOCTRINE SU; L'ŒUVRE DE LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

DOCTRINE SU; L'ŒUVRE DE LA RÉDEMPTION

par son libre arbitre non sans doute vis-à-vis du péché, car il ne pouvait pas pécher, mais bien vis-à-vis des souffrances et des peines temporelles du péché qne l'Hoir me- Dieu a acceptées non par nécessité, comme nous, mais par libre choix. Il pense notamment que les paroles de saint Hilaire relatives à la nature humaine du Christ, libre en soi de souffrir, peuvent s'entendre en ce sens que ce Père aurait seulement nié une nécessité de souffrir (l).

Grâce à celte liberté de la volonté, le Christ pouvait aussi mériter quelque chose pour lui, par exemple, les privilèges • le la vie glorifiée, auxquels il avait librement renoncé pendant sa vie terrestre, c'est-à-dire la liberté de souffrir et l'immortalité du corps (2). Sans doute le Christ Notre Seigneur aurait pu déjà prétendre à ces privilèges par suite de l'union hypostatique et sans mérite antécédent. Mais alors la nature humaine n'aurait pas été élevée aussi haut que maintenant, alors que ces privilèges ont été acquis par un mérite auquel la nature humaine a coopéré. Sans mérite en soi le Seigneur aurait refusé une ressemblance avec notre état moral qui nous porte tout particulièrement à l'émulation.Ce que le Seigneur voulait principalement mériter pour nous, c'était le pardon de nos péchés et le titre d'enfant de Dieu. Dans ce but il a supporté la mort en pleine liberté et par là il a tout d'abord offert une satisfaction pour le péché d'Adam. Car quoique Adam par orgueil voulût être son Dieu et eût, dans cette vue, transgressé le commandement de Dieu dans le paradis terrestre, l'Homme-Dieu est devenu semblable à l'homme jusque dans la mort et dans le plus grand abaissement, et il a par làaccompli un acte d'humilité qui a surabondamment compensé l'orgueil du premier Adam, parce que l'Homme-Dieu s'est beaucoup plus profondément abaissé qu'Adam n'avait voulu s'élever dans son orgueil (3). La victime et le sacrifice offerts en compensation

(I) L. 3. dist. 15, 7. — (?) Dist. 28, 2. — (3) lb, n. 4.

apparaissent au moins comme une réparation (1) pour l'orgueil du premier Adam.

Nous avons donc été rachetés par la mort du Seigneur, principalement parce que par le sang de l'innocent la créance a été éteinte pour tous les péchés et aussi parce que dans la mort de l'Homme-Dieu nous voyons son amour infini pour nous, et par là s'éveille en nous un amour réciproque (2).

Relativement à la nécessité de l'Incarnation et de la Rédemption admise au moins en apparence par saint Anselme, Pierre Lombard est d'un avis tout différent. Il admet en effet que Dieu pouvait racheter l'homme même par un autre moyen. Mais le moyen que Dieu a réellement choisi est si convenable que nous n'en pouvons imaginer de plus convenable pour les hommes (3); car par quel moyen aurionsnous pu acquérir autant de confiance, d'assurance dans le pardon de nos péchés et notre sanctification et aurionsnous pu être instruits d'une manière plus profonde à combattre l'empire du démon par amour de Dieu, obéissance, patience et vertu bien plus que par force et violence ?

B. Dans cette question de la nécessité de l'Incarnation Alexandre de Halès se range du côté de saint Anselme et cela peut servir à prouver que l'expression dans l'écrit de saint Anselme Cur Deus homo indique réellement cette nécessité, quoique une autre explication soit possible- Alexandre de Halès dit, en effet, que la rémission des péchés sans une satisfaction correspondante, quoique elle soit possible à la miséricorde de Dieu si on envisage les choses au point de vue abstrait, implique contradiction avec la justice et l'essence de Dieu (4). Or il n'y a pas une créature, pas un

(1) Ib. n. 5: Sed Chiistus homo sufficiens et perfecta fuit hostia, qui multo amplius et humiliatus, amaritudinem mortis gustando, quam ille Adam superbiit per esum ligni vetiti noxia delectatione perfruendo.

(2) Ib. dist. 19, 1. — (3) Ib. dist. 20, 1.

(4) Summa P. A. qu. 1. membr. 4 : Si ergo misericordia hominis laudatur ex remissione alicujus delicti sine satisfactione : cum ipsa Dei misericordia sit in infinitum laudabilior : débet dimittere peccatum de sua

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