De pecc. mer. et rom. I
manqué de justice s'il nous avait créés primitivement tels que nous naissons aujourd'hui? Seul le point de vue de la foi, qui nous révèle la destinée sublime de l'homme pour le ciel, donne à cet argument de la valeur. Nous sommes en effet obligés d'admettre que l'état actuel n'a pu être l'état primitif, car il n'est pas en rapport avec une aussi grande abondance de grâces et une aussi sublime destinée.
Il en est de même de cet autre argument. Le Ohrist est le Rédempteur de tous les hommes, le deuxième père de notre race, mais spirituel, il est la tête dont nous sommes tous les membres. Cette première vérité suppose la seconde : tous les hommes, y compris les enfants, ont besoin de rédemption et ont en eux-mêmes le péché depuis leur naissance1. C'est dire simplement que le Pélagianisme avec sa négation du péché originel enlève au Rédempteur la place qui lui convient dans la race humaine, et que cette hérésie supprime toute relation entre les enfants et le Sauveur.
Comment un péché peut-il souiller l'homme, tandis que sa liberté n'y a eu aucune part? Voilà bien le côté mystérieux de cet enseignement. La définition du péché que saint Augustin avait formulée contre les Manichéens : « La mauvaise volonté de ne pas s'abstenir de ce qui est défendu par la loi», ne convenait plus au péché originel. Celui-ci n'est plus une punition du péché (poena peccati) 7m&is tout à la fois un péché et une punition (peccatum et poena peccati)*. Il est plus qu'un péché étranger qui nous serait imputé, sans s'attacher effectivement à chacun de nous; c'est un péché qui nous accable, c'est notre propre péché, qui nous est transmis à notre naissance par suite de notre descendance d'Adam3. Ce péché a même pris naissance dans la volonté libre de l'homme, non dans la volonté libre de tel homme en particulier, mais d'Adam, notre premier