De liin. XIV
4. De moribus ecc. I, H, 40 : (Hoc peccato) nibil est ad praedicandum notius, nihil ad intelligendum secretius.
péché parle caractère spécifique et générique de l'homme, et il s'appuie pour cela sur l'Apôtre dans son épître aux Romains (5) et sur d'autres passages. Tous les hommes forment une race unique, si on considère la descendance corporelle. Dans cette race, l'un peut mériter ou satisfaire et aussi démériter ou s'endetter pour l'autre. La vertu de l'un profite souvent à des milliers ; à cause de cinq justes, Dieu aurait pardonné à Sodome et à Gomorrhe. Mais aussi le péché de l'un en entraîne souvent beaucoup d'autres en damnation. Le résultat de l'épreuve que notre premier père eut à subir, dut être d'autant plus décisif pour tous ses descendants qu'il était le représentant et le type de toute la race '. Il n'est pas cependant nécessaire pour expliquer le péché originel et sa transmission de montrer le traducianisme comme exprimant la vérité sur l'origine de l'homme. Mais il convient d'avouer que saint Augustin, pour combattre les Pélagiens partisans du créatianisme, ne voulut pas plus réprouver expressément le traducianisme qu'adopter définitivement le système opposé 2.
A cette explication se rattache étroitement celle de la transmission du péché originel. Le bien en effet qui nous relie à Adam et qui nous fait former une unité avec lui, n'est pas autre que celui de la génération charnelle. Celle-ci sera donc le canal par lequel le péché nous est transmis. Il est indiflérent pour le péché originel que les auteurs de cette transmission aient été dans l'état de grâce ou non. Les enfants des chrétiens croyants et des justes ne sont pas exceptés de la damnation commune 3 ; car ils deviennent tous de la même façon enfants d'Adam, c'est-à-dire par l'œuvre charnelle et désordonnée des sens qui se sont la plupart du temps émancipés de la loi de l'esprit. C'est ainsi que répond saint Augustin aux Pélagiens qui demandent comment des parents justifiés peuvent transmettre le péché. Il prend à ce sujet un exemple dans la nature : de la semence
1. ilttp.Op.imp. c. Jul.I, iS. — 2. Ibid.il. 178. — 3. C.duas epp. Pelaçg. I. f*.
de l'olivier greffé il unit bien un sauvageon1. Mais saint Augustin ne s'arrête pas là. 11 voit une relation encore plus étroite entre la concupiscence déréglée telle qu'elle se manifeste dans la génération et La transmision du péché originel. Pour lui, la concupiscence est le fruit particulier du péché originel et quoique son « reatusD soit effacé -par le baptême, elle n'en subsiste pas moins ellemême. C'est son fruit qui constitue encore le péché de l'homme, dès le premier moment de son existence2. Bien que l'acte de la génération dans le mariage ne soit pas peccamineux, il dérive cependant d'un plaisir désordonné et indomptable et il en est accompagné. En sorte que cette volupté est dans tous les cas, un mal, une punition, une chose qui ne devrait pas être et qui n'aurait pas convenu à l'état paradisiaque3. Le sentiment moral ne peut pas se garder à son sujet d'une certaine honte pudique*. Nous nous sommes cependant demandés ailleurs, si saint Augustin ne projette pas une ombre trop obscure sur une institution naturelle établie par Dieu, s'il n'a pas tort de considérer l'union des sexes permise dans le mariage comme la source de la transmission du péché5, tandis que l'Eglise et lui-