‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 111 sur 480 · Aug. De pecc. mer. III · texte numérisé non relu

Aug. De pecc. mer. III

le péché originel nous attire seulement le plus infime degré de punition d'un péché grave. Les conséquences et les punitions du péché originel sont doue : la perle de la grâce, de te. sainteté et de la justice primitives, la privation du droit à la vie éternelle et à la félicité céleste, la concupiscence avec ses dérèglements, l'obscurcissement de l'intelligence, l'affaiblissement de la volonté, la sujétion à la loi de la mort, aux maladies, aux souffrances, aux peines de toutes sortes. Saint Augustin passe tous ces effets en revue.

1. La perte de la grâce fut niée par les Pélagiens, comme avait été nié par eux le péché originel. Chaque homme, disent-ils, est à sa naissance dans les mêmes relations avec Dieu qu'Adam après sa création. Il ne lui manque que la pleine expectative de la participation à l'œuvre du Christ et à sa souveraineté avec Xotre-Seigneur dans le royaume du ciel; le baptême lui donnera ces droits. Ce n'est qu'un subterfuge auquel les Pélagiens ont recours pour maintenir le baptême des enfants et lui conserver quelques effets. Ils admirent donc trois endroits pour la vie future et la destinée éternelle : le royaume céleste (regnum caelorum) pour tous ceux que le baptême rendait participants des mérites de la rédemption, pour ceux qui les avaient conservés ou reconquis par la pénitence ; la vie éternelle (vita aeterna) pour tous ceux qui n'ont pas perdu leurs droits à ces mérites par des fautes personnelles ; enfin la damnation perpétuelle pour les pécheurs. Saint Augustin combat avec raison cette triple classification, il ne veut pas admettre ce « locus médius » des Pélagiens ; il ne conserve que la félicité éternelle du ciel et l'éternelle damnation de l'enfer. 11 n'y a pas lieu de faire intervenir ici la question du purgatoire temporaire, tel que l'entend l'Eglise catholique. En définitive les hommes sont ou sauvés par le Christ ou périssent en Adam1. Saint Augustin reste en cela pleine-

1. Ibid . I, .28, .■)."') : Quia sicut per anum omnes ad condemnationem, sic per unum omîtes ad justificationem. Nec est ulli médius locus, ut possil esse nisi cum diabolo, qui non est cum Christo. Cf. C. .lui. VI, 3,

ment d'accord avec les Pères grecs et l'enseignement de l'Eglise. Quelques-uns1 ont prétendu que saint Augustin n'avait pas seulement fixé comme châtiment du péché originel l'exclusion de la vie éternelle et la perte de l'union avec Dieu et le Christ ; mais encore la condamnation aux tourments effectifs de l'enfer. La plupart des passages2 incriminés n'en fournissent cependant pas une preuve certaine. Çà et là il condamne bien au feu infernal les enfants morts sans baptême 3 ; les païens, qui n'ont pas reçu la foi, même sans qu'il y ait eu de leur faute, il ne les déclare pas affranchis de la « massa perditionis » et les cite au tribunal suprême4. Mais on peut discuter sur le sens qu'a voulu donner Augustin à ce feu infernal; on peut se demander s'il n'a pas entendu par là seulement le lieu de séparation d'avec Dieu et le bonheur céleste. En tout cas, il réclame pour ceux qui ne sont souillés que du péché originel, la peine la plus douce (mitissima damnatiof et dit expressément quelque part6, qu'il ne prétend pas des enfants morts sans baptême qu'il vaudrait mieux pour eux de ne pas être nés. Cette explication sauvegarde pour eux une certaine félicité naturelle et, d'après saint Augustin, ils bénéficieront au moins

6 : Ergo et ad ipsos (parvulos) pertinct Dominica illa sententia : Qui non crediderit, condemnabitur. Qua causa, qua justitia, si nullum trahunt originale peccatum ?

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