De nat. et gr. c
3. C. duas epp. Pelagg. III, 5, 14. C. Jul. IV, 3, ±\. Degestis Pel. 14,34.
dait le plein pouvoir, la capacité non affaiblie, non seulement d'opérer, dans des vues humaines les œuvres naturellement bonnes, que l'on pourrait appeler a opéra sterilia », parce que l'âme s'écarte de Dieu pour les accomplir et ne les rapporte en aucune façon à la vie éternelle, mais encore les œuvres proprement méritoires pour le ciel, saint Augustin ne fait pas de nouvelle distinction ; il se refuse à admettre l'opinion de Julien et prétend qu'il n'y a que deux sortes d'œuvres : les œuvres bonnes méritoires pour le ciel et les œuvres mauvaises. Au nombre de ces dernières il faut compter, celles mêmes conformes à la loi, que l'homme accomplit en dehors de Dieu et par pure vaine gloire. La vertu tire sa moralité en effet, comme toute bonne œuvre, du but final, auquel elle tend. Il n'eût pas fallu passer sous silence quel est ce but final bon, s'il s'agit d'un but final naturel, Dieu, médiatement ou immédiatement considéré comme notre fin naturelle ou d'un but final surnaturel. Dans le premier cas, les œuvres peuvent être véritablement bonnes mais stériles à la vie éternelle. Il n'y a donc pas ici à donner raison à Julien, quand il appelle bonnes les œuvres issues d'un égoïsme coupable et encore moins quand il n'établit aucune différence essentielle entre les œuvres propres du salut qui ont la grâce pour principe et les bonnes œuvres naturelles. Il n'est pas non plus absolument nécessaire de nier avec saint Augustin la possibilité de tout bien en dehors de la foi1. Saint Augustin avait été
1. Cf. Aug. C. .fui. IV, 3, 19. Julien lui objecte : Cunctarum origo virtutum in rationabili animo sita est, et afïectus omnes, per quos aut fructuosc aut steriliter boni sumus, in subjecto sunt mentis nostrae, prudentia, justifia, temperantia, fortitudo. Horum igitur afïectuum vis cum sit in omnibus naturaliter, non tamen ad unum finem in omnibus properat; sed pro judicio voluntatis, cujus nutui serviunt, aut ad aeterna aut ad temporalia diriguntur. Quod cum lit, non in eo solo variant, quod merentur. Saint Augustin répond à cela (IV, 3, 21) : Cum itaque facit homo aliquid ubi peccare non videtur, si non propter hoc facit, propter quod facere débet, peccare convincitur... §22: Nullo modo igitur homincs sunt steriliter boni, sed qui boni non sunt, sunt alii minus, alii magis mali. § 25 : Aut si fidem non habent Christi, profecto nec justi sunt, nec Deo placent, cui sine fide placere impossibile est. Sed ad hoc eos in die
amené à émettre cette opinion, parce qu'il considérait toute la race humaine, pur suite du péché originel, comme une massa damnationis.
Tant que la grâce n'esl pas venue libérer L'homme en lui donnani la foi, il ne peul rien faire, qui mérite d'être appelé bon, puisque rien de ce qu'il accomplil ne lui mérite une récompense pour le ciel1. Il cherche ensuite à adoucir son opinion en soutenanl que la foi est offerte à la plupart des hommes, sinon par la connaissance du salut annoncé parles prophètesde l'ancienne loi <it prêché dans le Nouveau Testament par l'Eglise, du moins par une révélation particulière faite par Dieu ou ses anges2. Sous le bénéfice de cette hypothèse, saint Augustin a pu avec quelque raison répéter que rien de bon ne se fait en dehors de la foi. Puisqu'en effet toul homme même dans l'état de chute, est appelé à l'ordre de la grâce, on peut prétendre non sans motif, que toutes les actions libres de l'homme doivent être dirigées par la foi vers leur but surnaturel et que le défaut de cette intention les rend en conséquence peccamineuses. C'est encore aujourd'hui l'opinion de beaucoup de théologiens. On ne tombe dans l'opinion de Baïus et dans une erreur manifeste que si on refuse à la nature de l'homme déchu la capacité de faire le bien correspondant à son essence.
' Il est encore un autre point de vue dont il faut tenir compte pour se faire une juste idée de la conception auguslinienne sur l'état du péché originel. Notre docteur accorde expressément à l'homme la puissance de coopérer à la grâce et dès lors d'accomplir des œuvres méritoires. Sa
judicii cogitationes suae défendent, ut tolerabilius puniantur, quia naturaliter quae legis sunt, utcunque fecerunt, scriptum habentea in cordions opus legis bactenus, ut ;diix non facerent, quod perpeti nollent; hoc tamen peccantes, quod bomines sine Qde, non ad eum finem istu opéra retulerunt, ad quem referre debuerunt. Cf. C. duasepp. Pelagg. III. c. ."».
1. De gr. Chr., c. 26. Ernst,dan& son ouvrage Die Werke undTugenden der l nglaubigen nach s. iug. Fribourg, 1871, p. \ï~! el suiv. reconnaît bien dans cette manière de voir le caractère authentique de la doctrine augustinienne.