Ibid. c. 6. — I. Ibid. c
et croissent, mais sont doués d'opérations sensitives et de perception. Mais la vie la plus parfaite nous vient avec la nature raisonnable ; ici, en effet, nous n'avons pas seulement une vie pourvue d'accroissement et de sensibilité, mais une vie raisonnable et dirigée par l'esprit. De là résulte donc la classification suivante : parmi les êtres, une partie n'est connaissable qu'avec l'intelligence ; une autre est perceptible par les sens, en d'autres termes est matérielle. Nous pouvons négliger ici la division de l'intelligible. Quant aux êtres corporels, quelques-uns sont inanimés, d'autres doués de force vitale. Des êtres animés, les uns sont doués, les autres dépourvus de sensibilité, et la faculté sensitive se partage entre des êtres raisonnables et d'autres qui sont irraisonnables. Mais il est évident que parmi les êtres corporels animés, ceux qui sont pourvus de sensibilité peuvent aussi exister sans nature raisonnable ; mais laf acuité raisonnable ne peut jamais exister dans un corps, sans être mêlée de faculté sensitive. C'est pourquoi l'homme a été créé après les plantes et les animaux, la nature procédant, de règle, de l'imparfait au parfait ».
La caractéristique de l'homme, dans sa différence avec les autres animaux de la nature, est donc sa raison et son âme raisonnable, et l'homme est un animal rationale (ç&iov
"Xoyiy.ôv).
Saint Grégoire fait cependant remarquer ailleurs, en précisant la nature de notre âme raisonnable, que ce qu'il appelle âme dans les plantes pourrait plus justement s'appeler force vitale (èvépysi« Çwroerj), car entre la nature raisonnable de l'homme et les créatures brutes il y a une différence beaucoup plus grande qu'entre la faculté sensitive des animaux et la faculté végétative des plantes. Pour ce motif, il ne convenait pas d'attribuer une âme aux animaux et de la refuser aux plantes. La sainte Ecriture nous permet, d'après lui, de nous servir pour notre nourriture des animaux comme des plantes des champs, et elle indique par là que les uns et les autres étaient à peu près à égale dis-
tance de l'homme et que leur différence réciproque n'est pas si considérable *.
Il ressort néanmoins de l'exposé de saint Grégoire que l'homme doit être considéré comme membre du monde intelligible ou plutôt comme le loyer où convergent et se rencontrent le monde spirituel et matériel dans la production d'un admirable microcosme. L'esprit de l'homme appartient, en effet, par son essence, au monde intellectuel supérieur à toute perception sensible2; son être ne peut pas être complètement saisi par nous 3. Quand nous avons indiqué plus haut les rapports existant entre la nature humaine et les autres créatures sensibles, il fallait seulement montrer comment Dieu a organisé de plus en plus parfaitement, la nature matérielle dans les plantes et les animaux, comment il a établi en elle des traits d'union entre la matière brute et l'homme, comment par la riche variété de ses éléments constitutifs il a fait de la terre une demeure pour l'homme etj a déposé en elle des témoignages et des traces de sa toute-puissance, de sa bonté, de sa sagesse, comment enfin il a paré la terre de manière à en faire une riche demeure pour le Logos fait chair dans la plénitude des temps.
Encore moins a-t-on le droit de conclure de l'exposé qui précède que saint Grégoire ait, d'après un système d'intercalation simulée, admis trois âmes : une âme végétative, une âme sensitive et une autre intellectuelle. Au contraire, il n'y a qu'une seule âme véritable et parfaite dans l'homme, à savoir l'âme raisonnable qui, même immatérielle, est unie à la matière. Tout ce qui appartient à la matière obscure et s'écoule en flots non interrompus s'accroît spontanément, quand cela a la vie en partage, mais se rapproche de la décadence en s'éloignant de la vie. Aussi, sans matière, il