‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 148 sur 480 · Cf. Denzinger, Enchir. p · texte numérisé non relu

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d'Adam comme dans leur racine dépravée, il faut convenir que le tableau est un peu chargé par des inexactitudes et ombré à plaisir. 11 ne Test pas moins si on dépeint tousles descendants d'Adam non seulement comme privés du bonheur céleste, mais encore soumis aux tourments positifs de l'enfer. Ce n'est pas dans ce sens que le genre humain est une « massa damnationis ». Il ne faut pas au reste, oublier la doctrine de la rédemption. Notre race est, en vérité, impliquée dans la faute d'Adam ; une grande dette pèse sur nous et nous sommes tous pécheurs devant Dieu ; mais nous avons le Fils de Dieu lui-même pour second père originel, le Christ est notre chef etnoussommesdevenuspar lui un objet spécial de complaisance pour Dieu, parce que nous sommes maintenant un temple divin et parents de Dieu. D'autres Pères, enparticulier Clément d' Alexandrie, appelèrentla race humaine, précisément à cause de cette relation avec Dieu, un océan de grâces (pelagus bonorum) et l'Eglise chante dans son Exultet : 0 felix culpa quae talem ac tantum meruit habere redemptorem. S'il n'avait écouté que sa justice, Dieu aurait pu nous laisser tous périr. Montrer donc, comme le fit saint Augustin, dans l'exposé de la doctrine du péché originel, une preuve de l'amour gratuit de Dieu pour les prédestinés, que sa justice aurait pu laisser tous périr c'était aboutir à la même conclusion que de rechercher dans la doctrine de la rédemption l'indice manifeste de la charité de Dieu envers tous les hommes et de son infinie bonté. Il a bien voulu, en effet, nous donner à tousles moyens de salut afin d'arriver à la vie éternelle.

C'est une formule presque trop rigide que celle dont se sert si souvent saint Augustinpour affirmer que la réprobation est, dans l'état de chute, la règle commune et le salut une rare exception au milieu du naufrage général1. La sainte Ecriture dii bien (Matth. 22, 14) : « Beaucoup sont

1. Aug, l)<" corr. et gr. ï), 21; 10, 28: Quod ergo pauci comparatione pereuntiuni, in suo voro numéro multi liberantur, gratia lit, gratis lit. Cf. Ep. 190, .'{, 12. !><• Civ. Dci XXI, 12.

appelés et peu sont élus », mais on discute beaucoup sur la nature de cet appel et de cette élection, bien que la plupart l'expliquent dans le sens de saint Augustin. Toutefois, ni la révélation, ni l'Eglise n'établissent un rapport décisif entre le nombre des élus et celui des réprouvés et elles demeurent d'accord pour croire qu'il est possible à beaucoup d'atteindre un but correspondant à la nature de l'homme. Bien qu'on cherche à diminuer sa portée, on ne veut pas dire que l'opinion de saint Augustin soit fausse. Au contraire, plus on prend conscience de la sublimité de nos destinées surnaturelles et de notre parenté future avec Dieu, plus on se persuade que c'est de beaucoup le plus petit nombre des hommes qui sera capable d'atteindre cette fin si élevée Saint Augustin a bien déclaré et soutenu, au moins une fois* dans ses précédents écrits1, que l'infime minorité estdemeurée à Satan et que le plus grand nombre s'est réfugié dans le Sauveur; mais il paraît n'avoir voulu présenter que la victoire obtenue en général par le royaume du Christ sur le royaume du démon. Il ne mentionne qu'accidentellement la supériorité du nombre.

4. Qu'on entende la « massa perditionis » dans le sens indiqué ou qu'on lui donne la signification étroite ou précisée par d'autres points de doctrine, le point le plus important de la prédestination après la prévision divine, c'est l'élection (electio) de quelques uns à la vie éternelle Elle entraîne une disposition des moyens qui conduisent les élus à la vie éternelle. « C'est par l'élection, dit saint Augustin2, que, poussé par son amour, Dieu a choisi dans le Christ, avant la création du monde, ceux qu'il a voulus afin qu'ils fussent saints et sans souillure devant lui, et il les a prédestinés à l'adoption filiale ». L'Eglise ne donne sans doute aucune décision pour savoir comment nous devons

1. De trin. IV, 13. 18: Qui tamen apud eum (diabolum) paucissimi remanserunt, agnoscentibus gentibus et pia humilitate bibentibus pretium suum ejusque fiducia deserentibus hostem suum, et concurrentibus ad redemptorem suum.

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