‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 163 sur 480 · Se trouve imprimé dans le même Append. p. 2763 sqq · texte numérisé non relu

Se trouve imprimé dans le même Append. p. 2763 sqq

2, Cap. 13. — 3. Imprimé dans Append. p. 2831 sqq.

4. Prosp. C. Coll. c. 6 : Jam hic quasi per inscrutabilem diversitatem introducitur definitio, qua docetur multos ad gratiam venire sine gratia et hune aiïectum petendi, quaerendi, pulsandi, habere quosdam de vigilantia liberae voluntatis.

une force nécessitante de la grâce s'imposant à la volonté libre, ni une grâce irrésistiblement efficace. Son élève s'est clairement prononcé contre une telle opinion1. Accepter, comme le veut Cassien, une différence parmi les hommes en raison de leur conduite vis-à-vis de la grâce, serait méconnaître l'œuvre de la rédemption, car ce serait en introduire un grand nombre dans la béatitude en dehors du Christ. Le synode d'Orange condamna plus tard expressément cette proposition de Cassien comme hétérodoxe.

Cette opinion sur l'attitude de l'homme en face de la grâce avait pour point de départ une fausse conception de la nature de l'homme déchu. Comme saint Augustin, Prosper considère comme perdue par le péché originel toute capacité pour l'homme d'accomplir le bien moral, et il entend par là toujours un bien surnaturel. La liberté de la volonté n' est point pour ce fait anéantie ; elle subsiste entière, m ais elle ne peut s'exercer que sur les choses temporelles. Sous ce dernier terme il comprend l'ordre naturel et moral, et il ne tient pas la nature humaine pour foncièrement corrompue, mais seulement pour souillée.

Saint Augustin rappelle sans cesse que, sans la grâce de Dieu et avec le seul secours de sa volonté affaiblie, l'homme ne peut rien opérer qui compte pour le ciel ; il prétend même, oubliant qu'il existe un bien purement naturel, que l'homme ne peut faire de lui-même autre chose que pécher. C'est

1. Wiggerx {loc. cit. II, 119) aurait dû rechercher dans Cassien comment on avait attribué à Augustin l'erreur predostinatienne et ne pas trouver une contradiction entre l'un et l'autre, quand le premier dit (Collât. 13, 18) : « Nous savons du Sauveur lui-même, que Dieu nous accorde de parfaire le tout (ce que requiert une œuvre pour être bonne), si nous ne résistons pas constamment et si nous n'opposons pas toujours notre volonté à celle de Dieu (non semper resistentibus nobis nec perseveranter invitis). » Wiggers pense donc que, d'après Cassien, la grâce domine bien la résistance de la volonté, si elle n'est pas persistante ; d'après Augustin, au contraire la gràcoanéantiraitmèmocotto résistance de la volonté. IVlaisnulle part Augustin n'étend ainsi L'efficacité de la grâce et il distingue toujours, comme d'ailleurs Prosper, son disciple, entre un « ne pas vouloir encore » et une « résistance effective » de la volonté. La grâce ellicace n'existe jamais avec celte résistance.

en ce sens que Prosper blâme Gassien de dire que nous devons nous garder de refuser aux saints tout mérite propre et ne reconnaître à la nature humaine que la possibilité du mal1 . Les mérites n'appartiennent jamais à l'homme seul ; mais l'opinion qu'il ne peut de lui-même que le mal était un corollaire de cet autre principe que tout ce qui n'émane pas de la foi et de l'amour, c'est-à-dire de la grâce, est péché. Basé sur cette hypothèse, saint Prosper ne devait pas se contenter de restreindre la possibilité du commencement de la vertu aux choses purement naturelles, il devait le nier absolument, car pour lui, il n'y a pas de vraie vertu qui ne soit bâtie sur la foi et l'amour 2.

Pour ce qui regarde le péché d'Adam, il avoue que non seulement la punition mais encore la faute elle-même (culpa) est devenue notre héritage 3.

Dans un autre traité Responsiones ad capitula calumniantium Gallorum, saint Prosper revient au mystère de la prédestination. Il y donne la réponse à quelques propositions que les Semipélagiens prétendaient avoir extraites des écrits de saint Augustin, mais qui n'avaient surgi qu'intentionnellement dans leur imagination pour flétrir la doctrine augustinienne comme un excessif prédestinatianisme. Ils avaient pris, en effet, ce qui paraissait exagéré dans la doctrine de saint Augustin, l'avaient encore chargé pour faire conclure à un prédestinatianisme repoussant. Ils avaient ainsi opposé le caractère restreint de la rédemption et de la volonté de Dieu en faveur des seuls prédestinés à la parole de l'Apôtre (I. Tim. 2, 4.) : « Dieu veut que tous soient sauvés ». Les Pélagiens se fondaient là-dessus pour émettre l'opinion que Dieu aime également tous les hommes et qu'à tous il répartit une égale mesure de grâce, tandis qu'au contraire, c'est l'homme qui par la diversité de sa conduite détermine son sort éternel et fonde la prédestination ou la réprobation divine. A cela s'oppose la préfé-

1. Cf. Prosp. C. Coll. c. 32. — 2. Ibid. c. 40, 41. 3. Ibid. c. 26.

rcuce effective, l'élection d'un peuple (Israël) entre tous les autres, la grâce donnée à l'une! non â l'autre etc. En vérité, le Ghrisl est mot! pour tous parce qu'il a pris la nature de tous, mais cllYvlivoment, efficacement, il nVsî mort que pour les prédestinés, à qui sa mort sert pour la vie éternelle1. Les paroles de l'Apôtre restent donc vraies: « Dieu veut que tous soient sauvés », puisque Dieu a pourvu pour tous à l'enseignement de l'Evangile, à la promulgation de la loi, puisque déjà aussi, il nous a donné des puissances et des capacités naturelles appropriées à cet effet2. Malgré tout cependant, la liberté de Dieu dans l'élection et la dispensation de la grâce demeure entière.

Un autre point délicat de la doctrine augustinienne était le suivant : on accusait Augustin d'avoir voulu dire que Dieu prédestinait aussi bien à la damnation et au péché qu'à la vie éternelle et à la grâce. Saint Augustin, au contraire, a maintes fois protesté contre cette conclusion, saint Prosper la réfute à son tour. Le péché est bien un objet de la prescience divine, mais il ne saurait jamais être celui de la prédestina lion divine; d'un autre côté, la prédestination à la damnation dépend toujours de la prévision du péché, du péché originel seul ou joint à des péchés actuels. La eondamnation aux peines éternelles de l'enfer est toujours une reprobatio post et pr opter praevisa démérita 3. Saint Prosper s'exprime à ce sujet avec plus de précision que

1. Rcsp. ad object. 'a : Cum itaque rectissime dicatur Salvator pro totius mundi redemptione crucifixus, propter veram humanac naturae susceptioncm cl propter communem in primo homine omnium perdi- LioaeSD : potest tamen dici pro his lantum cruciiixus, quibus mors ipsius profuit.

±. I»esp. ad object. 8 : Omnium ô*go bominum cura est Deo : et nemo est, qnem nouant evan^clira praedicatio aut togia testiiicatioautipsa etiam natura convenial.

3. Prosp. Resp. ad object. 1! : Vires itaque obedientiae non ideo cuiquaii) subtraxit, quia eum non praedestinavit, sed ideo eum non praedestinavil, quia recessuruiD ab ipsa obedienfia esse praevidil. Parmi les réponses de Prosper aux objections, on lit ;>u chapitre 7 : Et quia hoc ipso> vohmtaria factoros defectïofie praevidit, ideo in praedestinationis electione illos non habuit.

saint Augustin. On peut cependant aller plus loin et affirmer que ce n'est pas contredire la doctrine de saint Augustin sur la grâce que de prétendre que Dieu prédestine au bonheur éternel, comme récompense de la vertu les adultes après la prévision de leur vertu (post praevisa mérita absolute futur a.) Il faut se garder de donner comme seul motif déterminant l'union de l'effort humain avec la grâce, car les mérites ne sont pas le fait exclusif de l'activité humaine au même degré que les démérites et les péchés ; voilà pourquoi nous disons :post praevisa mérita et non pas pro^ter praevisa mérita.

On ne peut pas faire sortir, même avec une apparence de .vérité, des écrits de saint Augustin [l'erreur prédestinatienne que les réprouvés n'ont aucune grâce sur terre. Saint Prosper la réfute encore péremptoirement1.

U n autre traité de saint Prosper, intitulé Responsiones ad capitula objectionum Vincentianarum, fut écrit vraisemblablement contre Vincent de Lérins, qui dans son Commonitorium composé en 434, défendit magistralement l'autorité de la tradition de l'Eglise, mais ne sut pas se garder complètement du semipélagianisme. Il ne se contente pas de passer saint Augustin sous silence, il traite d'hérétique l'opinion qui admet une grâce spéciale et considérable pour les prédestinés 2.

Peu de temps après la mort de Prosper, apparut un nouveau défenseur de la doctrine de l'Eglise sur la grâce contre les Semipélagiens, c'est l'auteur anonyme des deux livres Le la vocation de tous les peuples {De vocatione omnium gentiumK II s'accorde très bien avec saint Augustin et saint Prosper dans l'étude de l'état de chute et des facultés que l'homme a conservées. Il lui attribue une volonté sensible et une volonté animale (voluntas sensualis

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