‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 166 sur 480 · Reproduits dans la Bibl. Max. VIII, 525 et suiv · texte numérisé non relu

Reproduits dans la Bibl. Max. VIII, 525 et suiv

il entend par là simplement la grâce extérieure de la révélation ',et cherche à expliquer la relation delagrâoe à la liberté en se servant de l'exemple même rapporté à Augustin par Prosper et Hilaire. « 11 y a une union intime en Ire ces deux elmses. Ja puissance do celui qui attire et l'inclination de celui qui obéit. Tel un malade, qui veut se lever, et dont la force m* répond pas au courage, demande qu'on lui donne la main. La volonté appelle, parce que la faiblesse ne peut s'élever d'elle-même. Ainsi le Seigneur invite celui qui veut, attire celui qui demande et redresse celui qui manifeste un effort. Mais qu'appelons-nous attirer, sinon prêcher, sinon exciter par les encouragements de la sainte Ecriture, sinon réveiller par des reproches, sinon présenter constamment à nos yeux ce qui est digne de nos aspirations, sinon montrer ce qu'il y a à craindre, sinon faire entrevoiries terreurs du jugement et les joies de la récompense2? » On le voit, le désir du ours n'est pas seulement dépeint, dans cette opinion, comme un acte antécédent produit par l'activité humaine, mais la grâce qui s'y adjoint n'est même présentée que comme une grâce extérieure.

Les controverses sur la nécessité d'une grâce antécédente naquirent d'une conception trop basse de la dignité de l'ordre surnaturel. On le voit par Fauste, qui n'attribue pas seulement à la nature déchue la force de connaître la loi naturelle inscrite dans le cœur, mais encore la puissance d'acquérir la foi, qu'il considère comme inséparablement liée à cette connaissance de la loi naturelle. « De quoi pourrait-on accuser ceux qui s'établissent en dehors de cette loi, sinon d'incrédulité? Ils ont refusé d'observer cetb' loi naturelle, à laquelle la foi est unie3 ».

Fauste [combat la prédestination entendue au sensd'Au-

1. Faust, fier/. De i>r. et 1 il», arb. I, il. — 2. Ibid. c. 17.

.'{. Ibid. II, S : Vides <|iii;i non triliuiiur miinus salutis, nisi prius interrogetur desiderium voluntatis. Sed et cum venerit ad baptismum, prius aeeedantie yoluoias uaïquiritur, ni regenerantis gratia subsequatur... Unde hic extra legem ponti aocasantra tncredulitatis : nisi quia Içgem nalurae, cal lidcs juncia est, serrare noluerunt ?

gustin. C'est, dit-il, enseigner l'existence d'une fatalité. Il l'appelle a lex fatalis, decretum fatale 1 », repousse la doctrine de la prédestination à la réprobation des enfants morts sans baptême puisque les saintes Ecritures sont muettes sur leur sort 2 ; il exclut absolument de la notion de prédestination l'élection libre de Dieu ; il l'entend, lui, comme un acte de justice. Dieu a de toute éternité décrété de récompenser les mérites prévus et de châtier les démérites également prévus. « La prescience découvre ce qui est le fait de l'homme, la prédestination dispose de ce qui est le fait de Dieu. De cette façon la prédestination ne fixe rien que la prescience n'ait exploré 3 ».

Telles furent les propositions qui dans les écrits de Fauste 4, d'ailleurs nuancés de semipélagianisme, soulevèrent les protestations des orthodoxes, protestations d'abord calmes et latentes, car le semipélagianisme avait des partisans nombreux dans le midi de la Gaule. Nous l'apprenons par l'auteur des trois livres célèbres intitulés Praedestinatus* . Cet auteur est lui-même semipélagien. C'est une question très controversée parmi les savants depuis la découverte de ces trois livres si entre les Orthodoxes et les Semipélagiens il n'y a pas eu, au ve siècle, dans le midi de la Gaule, une secte à'uUraprédestinatiens*. Puisque l'auteur, quoi-

1. Faust. Reg. De gr. et lib. arb. I, 12; II, 6, 7. — 2. Ibid. I, 14.

3. Ibid. II, 3 : Aliud est praescire, aliud praedestinare. Praescientia itaque gerenda praenoscit, postmodum praedestinatio retribuenda describit . Illa praevidet mérita, haec praeordinat praemia. Praescientia ad potentiam, praedestinatio ad justitiam pertinet. Praescientia de alieno subsistit actu, praedestinatio autem de judicio suo. Illa facinus manifestât, ista condemnat : illa testis, haec judex est. Cum illa pronunciaverit causam , tune pronunciat ista sententiam. A praescientia quae sunt nostra produntur, a praedestinatione quae sunt (Dei) praeparantur. Ac sic nisi praescientia exploraverit, praedestinatio nil decernit.

4. Wiggers (loc. cit. II, 265 et suiv.) fait un exposé complet de son système.

5. Découverts et publiés par Sirmond, reproduits dans la Bibl. Max. XXVII, 545 et suiv.

6. L'existence en fut niée par les jansénistes, Mauguin et d'autres; Nat. Alexander. H.-E. Sect. 5 in secc. V et Bing. 1787, t. IX, p. 433 sqq. et en partie aussi par Wiggers (loc. cit. page 347 et suiv.), de même que par

que semipélagien, nous mentionne, dans son premier livre, l'hérésie des Prédestinatiens comme la quatre-vingt-dixième, qu'il nous en rapporte au second livre l'exposé doctrinal dans la citation textuelle d'un écrit faussement imputé à saint Augustin et qu'enfin, au commencement du troisième livre, il l'ait observer que les écrits authentiques d'Augustin n'ont rien de commun avec cette erreur, pourquoi lui refuserionsnous notre foi ? Est-ce que les moines d' Adrumète, est-ce que le prêtre Lucidus ne professaient pas ces mêmes doctrines erronées ? La question de savoir si la secte a eu de nombreux adeptes ou seulement quelques-uns nous paraît oiseuse et nous négligeons de nous y arrêter. Quoi qu'il en soit, leur doctrine nous est représentée comme ne tenant aucun compte de l'effort moral et vertueux de l'homme ; à leur sens, Dieu prédestine même au péché.

L'auteur du Praedestinatus écrivit son ouvrage vers le milieu du ve siècle et vers la fin de ce même siècle, Gennadius encore un semipélagien, composa son De scriptt. eccl. dans lequel (c. 38, 84) il attaque saint Augustin et saint Prosper, tandis qu'il couvre de fleurs Gassien et Fauste(c. 61.85).

Le coup décisif ne fut porté au semipélagianisme que dans la première moitié du vie siècle. Avec les évêques de la Gaule, les théologiens d'Orient et ceux de l'école de saint Augustin dans le Nord de l'Afrique l'achevèrent. On avait connu à Gonstantinople ces erreurs. Des moines scythes en prirent occasion pour se jeter dans la lutte. Un certain Maxence fut leur chef ; il remit aux légats du pape Hormisdas à Gonstantinople une profession de foi 4, où il est dit entre autres choses : « Nous croyons que la volonté naturelle libre ne sert pas à autre chose qu'à distinguer et à désirer ce qui est de la chair et du monde et qui ne peut être

tous ceux qui ont voulu découvrir Io faux prédestinatianismc dans Augustin. Elle fut alïirmée au contraire par Sirmçnd (vide Prolegoniena in Praedest.) et par beaucoup d'autres.

1. Reproduite dans l'append. aux écrits d'Augustin, (édition Bossous,

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