De Trinit. Dial. II (Mignc LXXXV
est engendré de la nature de Dieu et; du Père; non devons lui devenir semblables pur notre filiation divine. A cet effet, au lieu de la génération éternelle, nous
recevrons la grâce de La bonté el une dignité sans doute plutôt extérieure et accidentelle, mais qui ne nous constituera pas moins fils adoptifs de Dieu; nous serons formés d'après celui qui est par natuçe Fils de Dieu, et nous participerons à sa gloire même. Mais il ne saurait y avoir de lils d'adoption, s'il n'existait pas d'abord uniils par nature et une génération réelle, qui est le type de notre régénération similaire. » Yoilà donc de nouveau affirmée la différence entre la création et la régénération, qui faitparticiper l'homme au rapport même, qui existe entre le Père et le Fils. La génération essentielle en Dieu est inséparable de l'unité de nature, mais notre régénération en Dieu et à son image constiiue une communauté de nature avec Dieu, une participation à l'essence divine, telle que la création n'avait pu encore l'introduire. La foi et la génération élèvent l'âme à une dignité surnaturelle (*phç rô tmfy yû™ &a&*i*«»*fiv àftNfut1). Saint Jean l'Evangéliste n'attribue pas aux fidèles (Ev. saint Jean 1,13) une génération d'après l'essence de Dieu — c'est le propre du "Verbe — mais une naissance par la grâce (Oh-u xori yv.u-i). Ils sont nés de Dieu, dit l'Evangéliste, afin qu'ils voient la grandeur de la grâce, qui établit une certaine communion de nature entre Dieu et ce qui lui était étranger (eiç o^^-v/rc/. *-j<7r/.-;,v), afin que ce qui était esclave lut anobli et élevé à la dignité de maître par l'effet de l'extraordinaire amour de Dieu- ». L'élévation de notre nature à cette dignité, à la participation à l'essence divine ne peut pas nous être accordée par une créature; et si, d'après l'Ecriture, c'est par l'entremise du Saint-Esprit qu'elle s'opère, il est nécessaire, conclut saint Cyrille avec les autres Pères contre les Pneumatomaques, que le Saint-Esprit soit Dieu. Le Saint-Esprit est donc le principe de notre régéné-
\. Cf. Cyr. Alex. In Joa. I, 13 (Mujne LXXIII, l"iï).
■>. ïbid. [Migne Lxxni, i:i6).
ration, et effectue cette communion essentielle avec Dieu en se donnant lui-même à nous. « Nous sommes formés par le Saint-Esprit, fait-il remarquer1 à l'occasion des paroles de F Apôtre (Gai. 4. 19.), il nous transforme par lui-même en Dieu. Nous sommes renouvelés suivant la forme du Christ et c'est le Saint-Esprit essentiellement semblable au Christ qui le forme en nous. Le Saint-Esprit est donc Dieu, puisqu'il nous déifie, non à la manière d'une grâce efficace, mais par la communication de la nature divine ellemême faite à ceux qui en sont dignes. » La régénération opère donc la communion de nature avec Dieu, puisque le Saint-Esprit se communique à nous, nous rend ainsi participants de la nature divine, qu'en même temps il nous transforme et, par la déification, nous rend semblables au Fils de Dieu. « Nous sommes, ajoute-t-il, les temples de l'Esprit-Saint, existant et subsistant ; nous méritons d'être appelés dieux, parce que par l'union avec lui nous participons d'une manière ineffable à la nature divine. Mais si le Saint-Esprit est étranger à Dieu, si sa substance est différente de celle delà nature divine, tout espoir est perdu pour nous, puisque c'est par lui que nous devons être déifiés ». Si élevée que soit la dignité du chrétien sanctifié, elle est cependant toujours ici-bas un bien incertain et facilement amissible. Nospremiersparentsle perdirent dans leparadis en méprisantle commandement de Dieu. « Quand l'homme, en effet, dit saint Cyrille 2 fut tombé dans le péché, qu'il se fut affaibli en s'adonnant au plaisir charnel jusqu'à l'excès, le Saint-Esprit s'éloigna à son tour, lui qui lui donnait la forme, le sceau divin ; et l'homme reçut sa perte avec le péché. Mais lorsque le Créateur de l'uni-
1. De Trin. dial. VII (Migne LXXV, 1089). Cf. In Joa. 1. c. M {Migne
LXXIV, 553) : Eis.ùv p.ïv yv.p ùx.peuf\ms fou TTourpos 6 utàç, <5//.9i'w7t; Sk pyrix/j zoù vtoO zb Hvsù/ict czùzoû. Atàrît zoùzo p.szcf.TÙv.zzov &?Ttsp eiq saura rà^ t&v àvQpûTxw <pvyd$, rifli 0-ia.v aura?; iyyv.pa.zzzi p.6p'JU7tv, y.y.X zftq ccvuzy.zo) -nv.7ûv o\J7iy.i à7T57v;- £//.a«vTat rèv siy.0v117p.dv.
2. De Trin. dial. VII [Migne LXXV, 1113). Cf. In Joa. I, 14 (Migne LXXII, 160). Voir Kleutgen. Théologie der Vorzeit II, 361 et suiv.
vers voulut élever à son antique dignité, ce qui avait été précipité dans la malédiction et avait perdu par le péché l'empreinte de la divinité, il dut de nouveau envoyer l'Esprit divin, qui nous avait échappé, mais qui peut nous redonner la ressemblance divine en nous transformant à son image ».
2. La déification (6sm<«ç) de l'âme commencée et continuée par la grâce sanctifiante constitue le thème favori de l'auteur de ces traités mystiques qu'on a longtemps attribués à Denys l'Aréopagite et dont il a déjà été question dans l'étude sur les anges. Ils furent pris en grande considération, dès le viie siècle, grâce aux scoliesde saint Maxime ; au vme, Jean Damascône1 appelle l'auteur « vir in theologiapraesta,ntissimus » ; au moyen âge, en particulier pour saint Thomas d'Aquin, son autorité fut considérable. Il faut signaler ici d'une manière spéciale les livres « sur la hiérarchie céleste » et ceux qui ont trait à la vie chrétienne « sur la hiérarchie ecclésiastique». L'auteur y soutient l'opinion, que Dieu a disposé les divers degrés de la hiérarchie, pour coopérer à l'œuvre de la déification de l'âme par l'enseignement et la dispensation des sacrements 2 et l'accroître de plus en plus. Il nomme déification (Bsiaç tvjy.t) cet état de l'âme et il a son fondement dans la génération divine (0sî« yàrwcrtç) ou la régénération en Dieu 3. Le point culminant de cette déification c'est la sainte Eucharistie, que l'auteur appelle possession de tous les trésors et témoignages de grâce \ Par elle notre substance et notre vie se bonifient et il nous est donné de participer à l'essence divine et aux choses infinies.
3. Saint Maxime entend de la même façon la déification de l'âme, qui s'achèvera au ciel, comme à son terme et qui ne nous est pas acquise par notre effort personnel, mais nous est donnée par Dieu lui-même. « Car il nous a créés pour