Ibid. p. 77 sq
faits de la même argile. Leurs propriétaires peuvent bien reconnaître et les reconstituer1.
Cependant l'explication de l'identité du corps ressuscité par rapport aux parties matérielles qui le constituent n'apparaît pas encore évidente. Nous nous heurtons à ce fait d'expérience qui constate l'écoulement continu de la matière dans 'l'organisme, les parties matérielles sont soumises à une altération incessante et ininterrompue, grâce à l'assimilation et à la déperdition constantes. Sous ce rapport, le corps humain est semblable à la flamme d'une lampe qui conserve son identité et brûle dans une matière différente.
« Une chose semblable, dit saint Grégoire2, se produit pour notre corps. Le progrès ou la perte n'a de fin dans notre nature que lorsqu'elle cesse d'être animée; elle ne connaît pas de repos tant qu'elle a de la vie. Or, elle progresse, ou elle baisse, ou même elle fait l'un et l'autre à la fois. Si l'un n'est plus aujourd'hui ce qu'il était hier, mais s'est changé en un autre, il arrivera, quand la résurrection aura redonné la vie à notre corps, que cet individu sera transformé en un peuple entier. Le ressuscité, en effet, pourra compter à ses côtés et l'enfant, et le petit garçon, et le jeune homme, et l'homme mûr et le vieillard et toute la parenté, qui vient s'y adjoindre». Notre docteur appuie sa doctrine sur saint Paul (I Cor. 15, 35 et suiv.), où l'Apôtre compare le cadavre à un grain jeté par terre, qui pourrit d'abord, et produit ensuite un bel épi. Cela signifie, qu'il n'est pas nécessaire de retrouver identiquement la quantité de matière qui constituait d'abord notre corps sur terre. Ces éléments passent, après la séparation du corps et de l'âme par la mort, dans d'autres êtres; car ils ont perdu, avec l'âme, leur principe formel et conservateur; mais ils ne sont pas anéantis, ils demeurent comme autant de substances potentielles et incomplètes dans la matière générale,