Sermo
pour les lions1. C'est pourquoi nous ne (lovons pas être surpris que beaucoup de Pries crussent prochaine la fin du inonde. La sainte Ecriture (notamment II Pétri 3, 1-43) ne permettait pas de douter que le ciel et la terre ne fussent anéantis parle feu au dernier jour, et qu'il ne fût créé un nouveau ciel et une nouvelle terre, correspondant à l'état qui nons sérail alors réservé 2. Il faut cependant distinguer ce feu qui doit embraser tout l'univers du feu éternel de l'enfer; le premier doit descendre du ciel, d'après la sainte Ecriture (Apoc. "-20. 9), et n'occasionner aucun mal aux justes qui n'ont pas besoin d'être purifiés, puisque Dieu les protégera ou les rendra insensibles, comme les trois enfants dans la fournaise. Il constituera le purgatoire pour ceux qui devroni être encore purifiés. Par ce ciel, dont parle saint Pierre, faut-il entendre la création tout entière ou seulement le firmament, ne faut-il pas entendre plutôt au sens figuré, les paroles de Notre-Seigneur, quand il dit que les étoiles tomberont? Autant de questions auxquelles saint Augustin ne donne pas de réponse, quand il parle de la fin du monde3 et qu'il décrit en détail l'ordre des événements, qui doivent alors se produire4. L'Apocalypse nous dit bien (20, 12), qu'au jugement général les livres où la vie de chaque homme est minutieusement détaillée, seront ouverts; saint Augustin pense que c'est là une image, puisque tout se passera comme en un clin d'œil et que, grâce à la lumière divine, chaque homme revivra dans son âme tous les actes de sa vie entière \
La sentence de ce tribunal suprême sera ou l'éternel bonheur ou la condamnation au feu éternel. Ce qu'aura été le jugement particulier, le jugement général le confirmera; farrêl sera d'autant plus favorable ou d'autant plus sévère, que les œuvres auront été meilleures ou pires. Que le bonheur du ciel doive être éternel, c'est une vérité, qu'on n'a presque poinl contestée. Les Origénistes seuls, partant
1. De civ. Dei XX, 16. — 2. Ibid. c. 24, 1. — 3. Ibid. c. 30, 5. i. Ibid. c. 14. — 5. Cf. ibid. XII, 20; XXI, 46.
d'une fausse conception de la liberté, prétendaient que l'homme devait toujours pouvoir changer, passer du bien au mal et réciproquement. Mais Augustin montre souvent dans ses écrits1 que la félicité absolue implique la conscience de son inamissibilité. Le symbole des Apôtres a plus tard admis, dans sa dernière rédaction, l'article suivant, conforme d'ailleurs aux paroles de la sainte Ecriture (Matth. 25, 46) : je crois à la vie éternelle. Quelques Pères appellent cela le paradis 2 ou le royaume du ciel (regnum caelorum), saint Augustin dut, dans ses discussions avec les Pélagiens, montrer l'identité de celui-ci avec la vie éternelle.
Les Pères de cette époque furent aussi presque tous d'accord sur la nature des joies du ciel ; il n'y eut que des précisions nouvelles apportées par les uns ou parles autres. Saint Augustin fut encore celui qui étudia le plus à fond la question.
Au ciel nous n'avons plus de souci du côté de la nature et de la matière non plus que du côté du corps, il n'y aura plus aucun obstacle qui empêche notre esprit de jouir sans cesse de la béatitude céleste, car, après la glorification, tout sera soumis à l'esprit. Le rêve des anciens sur l'harmonie des sphères se réalisera et tout l'univers jouira d'un accord parfait et merveilleux, qui aura pour objet unique la louange de Dieu 3.
Le péché, avec toutes ses suites, sera pour jamais banni du royaume de Dieu et il régnera dès lors une paix et un sabbat éternels. Notre soif de félicité- sera étanchée à un degré non soupçonné et chacun possédera, sans pouvoir le perdre, le plus haut bien qui doit remplir et satisfaire toutes ses puissances. Ipse (Deus) finis erit desideriorum nostrorum, qui sine fine videbitur, sine fastidio amabitur, sine faligatione laudabitur :i \ Et Dieu sera tout en tous (I Cor. 10, 28).
Ce qui constituera le bonheur céleste ce sera la contem-