De angelis III
et les infidèles seront perdus à jamais1. Saint Grégoire de Nazianze,dans un passage deses discours, exprime2 au moins un doute sur L'éternisé des peines de l'enfer.
Le caractère dogmatique de cette question doit bien s'affirmer de plus en plus clairement, grâce aux discussions Origénistes, puisque déjà saint Augustin combattit certaines propositions de ses adversaires, qui les répandaient. Il S'attache à prouver le dogme de l'éternité de l'enfer dans son %2ic livre « De l'état de Dieu » et il réfute à fond les objections des incrédules.
11 confirme le dogme d'abord contre ceux, qui prétendent qu'il est injuste de punir, par des peines éternelles, le péché, qui est l'œuvre d'un instant 3 : ils omettent de cette sorte, tous les motifs, qui constituent la gravité de la faute et ne veulent admettre que des châtiments momentanés. Puis il réfute ceux qui ne veulent pas admettre des peines vindicatives, niais seulement des peines médicinales4. Il combat ensuite les Origénistes, qui ne veulent pas admettre d'arrêt dans le déploiement de l'activité libre de la créature. Celleci doit, d'après eux, toujours pouvoir aller du bien au mal et réciproquement5. Il attaque ceux qui pensent que tous sert nt sauvés finalement grâce à l'intercession des saints et qui dos lors prêchent l'impunité0, et ceux qui attribuent une telle puissance au baptême et à la participation au corps du Seigneur, qu'on pourra, grâce à ces deux bienfaits, parvenir à la béatitude malgré le dérèglement de la vie7. Enfin il écrit contre ceux qui croient pouvoir obtenir le pardon de tous leurs péchés et la rémission de toutes les peines, qui doi-
1. L. c. : Et sicut Diaboli et omnium negatorum atque impiorum, qui dixerunt in corde suo : Non est Deus, credimus aeterna tormenta — sic peccatorum atque impiorum et tamen Christianorum, quorum opéra in Igné probanda sunt ;itque purganda, moderatam arbitramur et mixtam clémentine sententiam judicis. Cf. G. Pélagg. I.
2. Orat. 40, 664. — 15. De civ. Dei XXI, 11. 4. Ibid. c. 13. Cf. Enchir. c. 112.
"). iug. De civit. DH XXI, 16. Augustin f;iil observer ici que l'Eglise a condamné Origène à cause de ces erreurs et d'autres encore. 6. Ibid. o. 18. 24. — 7. Ibid. c. 19. 20. 21. 20.
vent en être la conséquence, par l'accomplissement de quelques bonnes œuvres extérieures et par l'aumône1. Le dogme lui paraît solidement et clairement établi sur la sainte Ecriture (Matth. 25, 41, 46) et sur cette raison, que, dans l'opinion contraire, il faut également nier l'éternité du bonheur céleste2.
Les peines de l'enfer consistent essentiellement, d'après les Pères, dans l'éloignement de Dieu3. En outre, la sainte Ecriture nous les dépeint sous la forme d'un feu, qui ne s'éteindra jamais, et d'un ver, qui ne mourra point (Eccli. 7, 19. Is., 26, 24. Marc, 9, 42, 43). Quelques-uns ont pensé que le feu devait plutôt occasionner la douleur du corps et le ver celle de l'âme, bien que saint Augustin regarde comme plus vraisemblable que l'un et l'autre s'attaquent directement au corps et par lui à l'âme4. Les Pères n'ont pas toujours résolu de la même façon la question de savoir si le feu de l'enfer est matériel ou non. Grégoire de Nysse s'est contenté de dire dans son traité « De l'âme et de la résurrection », que ce feu ne sera pas celui que nous connaissons. Jean Damascène5 pense que ce ne sera pas un feu matériel (ov% ûXr/ôv). Jérôme0 avait déjà fait observer que cette opinion était partagée par un grand nombre. Ambroise parle comme si on devait croire non à l'existence d'un feu matériel et corporel, mais seulement aux tortures de la mauvaise conscience7.