‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 207 sur 480 · Haer · texte numérisé non relu

Haer

2. Epiphane ne dit pas expressément s'il a entendu donner le texte ou seulement le sens ^d'Origène bien que la dernière hypothèse soit la plus vraisemblable. Des mots Ttoty/ux., xnaftx, il a peut-être conclu à la création du Verbe. Mais cette accusation est aussi peu fondée que celle de la nonconnaissance du Père par le Fils et le Saint-Esprit (Cf. Histoire des dogmes I [2e édit. ail.] 134 et suiv.) Pourtant Vincenzi, dans l'apologie d'Origène, n'a pas réussi à prouver que celui-ci avait toujours admis l'homousie, au sens même du Concile de Nicée, saint Jérôme (Adv. Joa. Hier. c. 7. Adv. Ruf. Il, 11) fait à Origène le même reproche, que le Père ne voit pas le Fils, ni le Fils le Père et il cite, à l'appui de son accusation, le Deprinc. I, 1, 8. Comme il ressort de tout le contexte non moins que de la traduction de Rufin Origène n'a voulu contester dans ce passage que la vue sensible, mais non la connaissance propre du Père par le Fils, etc., car Dieu, en tant qu'être immatériel, est invisible.

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il l'admet, parfois il la méconnaît absolument ou ne croit qu'à une résurrection partielle de l'homme.

5. Il explique d'une manière trop allégorique, le paradis terrestre, les eaux du firmament etc.

De tous ces chefs d'accusations, le second n'est pas dénué de fondement.

Plus tard Epiphane entra en guerre contre l'Origénisme dans ses sermons mêmes. En 392, un certain Aterbius d'Egypte était venu en Palestine et avait accusé Jérôme et Rufin, qui s'y trouvaient au même temps, d'une prédilection trop vive pour Origène. Jérôme s'était d'abord prononcé avec éloge sur l'érudition et les mérites signalés d'Origène en exégèse, mais mieux informé et soucieux de son orthodoxie, il avait précisé son jugement et trouvé, à côté de passages excellents, de nombreuses erreurs dans les écrits d'Origène. Bientôt après (324) arriva Epiphane à Jérusalem ; il prononça un sermon contre l'Origénisme dans l'église du Saint-Sépulcre. L'évêque du lieu, Jean, était présent, mais il manifesta par ses gestes d'impatience, ses hochements de tête, qu'il n'était pas de l'avis de l'orateur. Il monta donc aussitôt après en chaire et prêcha contre les anthropomorphites, en faisant des allusions évidentes à Epiphane. Celui-ci ne voulut pas se laisser accuser ainsi sans répondre. Il remonta encore en chaire, condamna publiquement l'anthropomorphisme et exprima son espoir que les Origénistes renieraient de même les accusations qui pesaient sur eux 4. Vaine attente. Epiphane écrivit alors une lettre aux moines de Bethléem, chez qui séjournait Jérôme, et il obtint d'eux qu'ils rompraient, dans les choses spirituelles, avec l'évêque Jean, jusqu'à ce qu'il eût donné un témoignage de son orthodoxie, en reniant les erreurs origénistes.

Environ trois ans après cette scène, Epiphane écrivit à l'évêque Jean pour s'excuser d'avoir empiété sur ses droits

1. Cf. Epiph. ad Joan. a Hieron. latine reddita epist., inter Hier, Opp (éd. Valla/rsi) I, ep. 51.

en ordonnant un prêtre pour le monastère de Bethléemr mais il le met encore en garde contre les erreurs origénistes. Il en mentionne alors quelques-unes expressément, parmi lesquelles l'erreur sur la conversion finale du démon. Il en ajoute aussi quelques autres, qu'il avait négligé de signaler précédemment1. Enfin il prie Dieu de préserver l'évêque Jean ainsi que Rufin d'une telle hérésie. Saint Jérôme, expliquant cette parole, pense qu'Epiphane les a qualifiés tous les deux d'hérétiques.

Cette controverse eut encore pour conséquence la séparation de saint Jérôme et de Rufin ; le premier avait pris résolument parti contre Origène, le second lui était resté favorable. C'est à cette époque que Théophile, patriarche d'Alexandrie, paraît s'être aussi jeté dans la lutte en Palestine. Il y envoya un prêtre, nommé Isidore, qui prit parti pour les Origénistes. Entre temps, l'évêque Jean l'informa de ce qui se passait, dans une lettre où il cherchait à se justifier lui-même. Dès que cette lettre fut connue à Rome, Jérôme se hâta d'expliquer la situation à son ami Pammachius, qui habitait Rome2. Dans sa lettre à Théophile, Jean n'avait pas indiqué le point précis des questions en litige, car il se défend inutilement des erreurs de Marcion, d'Arius, d'Eunomius, de Manès dont Epiphane ne l'avait pas accusé, tandis qu'il ne formule pas son avis d'une manière précise sur les propositions d'Origène, qui avaient fait l'objet des observations d'Epiphane. Il ne considère pas comme une erreur le préexistentianisme, mais il renie les propositions, qui feraient de l'âme une partie de Dieu lui-même, ou qui lui refuseraient la liberté ; il se tait absolument sur la question de savoir si le corps est pour l'âme une chose contre nature et si la résurrection est aussi contra naturam. Après avoir établi, sur le fondement de la sainte Ecriture (saint Jean, 5, 17. Zach. 12, 1. Ps. 32, 15) et dans l'intérêt de la différence essentielle entre

1.' Cf. inter Hier. Opp. (éd. Vallarsi) I, epist. 51. 2. Hier. Lib. adv. Joan. ad Pammach. c. 5. 20. 21.

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l'âme des hommes et celle des bêtes, l'opinion du créatianisme, en laveur de laquelle il n'hésite pas à se prononcer, il passe à la question de la résurrection. Sur ce point encore, Jean ne s'était pas clairement exprimé ; il avait seulement dit : « Nous reconnaissons aussi les souffrances du Christ sur la croix, sa mort, sa sépulture, sa résurrection, et tout cela ne s'est pas seulement passé en ligure, mais en vérité et en réalité. Lui, le premier né des morts, a élevé au ciel les premiers des corps humains, qu'il a suscités du tombeau et nous a donné l'espérance de la résurrection par la résurrection de son propre corps. C'est pourquoi nous espérons tous ressusciter des morts, comme il en est lui-même ressuscité. Cette résurrection ne doit pas se faire dans des corps' étrangers, dont nous revêtirions les formes fantastiques, mais dans le corps même, qui a été déposé au tombeau, qui nous environne et qui sera enseveli ; la résurrection se fera en tout d'après le modèle du Christ ».

Cet aveu ne suffit pas encore à Jérôme ; il demande une condamnation formelle des erreurs d'Origène. Dans son ive livre « sur la Résurrection », dans l'explication du premier psaume ainsi que dans ses Stromates, celui-ci avait, en effet, nié l'identité du corps ressuscité avec notre corps actuel, bien qu'il reconnût dans son ensemble la résurrection et sa nécessité. Il conteste positivement le rétablissement des divers organes de notre corps, en disant qu'ils n'auraient aucune utilité dans la vie future1. C'est

i. Yincenzi (II, 36) regarde comme non authentique le 4e livre d'Origène sur la résurrection, parce que Eusèbe et Pamphile ne le mentionnent pas expressément. Quant à ce qui regarde la dernière accusation, elle est bien fondée, car, d'après Rufin, tel était bien l'enseignement d'Origène. Rufin avance môme que Jérôme a admis l'opinion d'Origène dans son commentaire sur la lettre aux Eph. (5, 32), qu'il a tiré de ce passage une explication allégorique : l'Ame doit aimer et soigner le corps (l'apôtre avait dit que l'homme devait aimer et soigner sa femme) pour que le corps devienne dès ici-bas spirituel et qu'ainsi disparaisse la difïérence générique entre le corps et l'âme, comme cela doit arriver pour l'homme et la femme dans l'au-delà, Jérôme se défend (Adv. Ruf. 1, d. 28 et suiv.) d'une telle com-

pourquoi saint Jérôme exige de Jean une déclaration plus précise sur ces deux points. D'abord, il ne doit pas se contenter d'admettre la résurrection du corps (corporis), mais celle de la chair (carnis), ainsi que le proclament le symbole des Apôtres et Job (19, 23-25). Le second point paraît à Jérôme encore plus important, à savoir qu'on doit croire au rétablissement de tous les organes de notre corps lors de la résurrection bien qu'ils soient destinés, dans l'autre vie, à d'autres fonctions qu'ici-bas. Il en trouve une preuve dans la transfiguration du Thabor, où les organes du corps n'avaient pas été anéantis ; l'Apôtre pensait bien en outre ainsi quand il disait que cet habit mortel doit être recouvert d'immortalité1. Mais les infirmités ou les défauts de la vieillesse et de l'enfance n'auront pas de place au ciel, où nous apparaîtrons tous ressuscites plus probablement à la pleine maturité de l'âge.

En 397, Théophile vient lui-même en Palestine pour arriver à un accommodement dans le différend intervenu, ce qui est sûr, c'est qu'en 397 ou 399 la paix fut conclue entre Jérôme et Rufin et qu'ils rentrèrent en communion l'un avec l'autre2.

Mais la lutte recommença bientôt lorsque Rufin, qui s'était rendu à 'Rome, eut dans le prologue de la traduction latine des quatre livres De prinoipiis, présenté Jérôme comme un admirateur d'Origène. Cette traduction fit grand bruit. Pammachius et Oceanus l'envoyèrent à Jérôme, leur ami, en le priant d'en composer une plus précise. Rufin reconnaît lui-même, dans l'avant-propos, qu'à

paraison avec Origène; il ne nie pas l'existence de la diversité des sexes dans l'autre vie, il proclame seulement la domination de l'esprit sur les plaisirs des sens.

1. Hier. Lib. adv. Joan. c. 31 : Resurrectionis veritas sine carne et ossibus, sine sanguine et membris intelligi non potest. Ubi caro et ossa et sanguis et membra sunt, ibi necesse est, ut sexus diversitas sit. Ubi sexus diversitas est, ibi Joannes Joannes, Maria Maria. Noli timere eorum nuptias, qui etiam ante mortem in sexu suo sine sexus opère vixerunt. Cf. Adv. Jov. I, c. 36.

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