Mansi IX
LES CONTROVERSES ORIGÉNISTES 299
d'Origène sur la préexistence des âmes, la reconstitution finale de toutes choses, etc., il requiert le patriarche Mennas de convoquer un synode à Gonstantinople pour y prononcer par écrit, l'anathème contre Origène [il fait observer ensuite qu'il a aussi envoyé cette ordonnance au pape Vigile1 à Rome et aux patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, il finit en formulant dix anathèmes basés quelques-uns sur des propositions réellement soutenues par Origène, telles que la préexistence des âmes, la possibilité de la rédemption pour les démons, mais les autres sur des doctrines faussement attribuées à Origène ou défendues peut-être par des Origénistes de l'époque2.
Nous possédons en outre, un second document qui contient quinze anathèmes contre l'Origénisme et qui, contrairement au titre, n'appartient pas aux 165 évoques du Ve concile général, mais très vraisemblablement à un synode antérieur, celui que Mennas avait tenu en 543 àConstantinople, sur les injonctions de Justinien3. Le contenu de ces ana-
1. Cassiodore contemporain de Vigile, écrit (De inst. divinarum litterarum cl): Hune (Origenem) licet tôt patrum impugnet auctoritas, praesenti tamen tempore et a Vigilio Papa viro beatissimo denuo constat esse damnatum. Il suit de là, que vraisemblablement Vigile tint un synode sur l'Origénisme avant son départ de Rome (544 ou 545), ou qu'il exprima au moins son jugement sur cette erreur.
2. Halloix [Origenes defensus, Leodii, 1648) justifie Origène (p. 384 sqq.) contre la plupart des erreurs que lui a [attribuées Justinien et présente l'empereur lui-même comme hérétique, mais il ne conteste pourtant pas l'authenticité de l'édit. Vincenzi la conteste (Orig. IV, 142), puisqu'il en attribue la composition à certains défenseurs des Trois-Chapitres, sans autre preuve que le silence de l'empereur sur l'Origénisme dans ses autres écrits officiels et le silence des papes dans leurs lettres et rescrits. Au reste, l'édit ne porte aucun caractère de non-authenticité ; on ne saurait invoquer comme indice de falsifications, la mention qui y est faite de personnages et de synodes contemporains. Un faussaire n'aurait pas fait la remarque qui se trouve dans l'édit, que tout évéque, avant son sacre, ou tout supérieur de monastère doit d'abord prononcer l'anathème contre les erreurs origénistes. Le lib. diurnus RR. PP. contient au chapitre 84 (éd. Sickel, p. 98 sq.) cet anathème dans une profession de foi.
3. Ce document fut communiqué par Lambeck, bibliothécaire à Vienne, jers la fin du xvii' siècle, avec le titre indiqué. — On peut retenir la date 543 à cause de cette circonstance, que le synode doit être assemblé
thèmes est presque identique aux dix de l'édit impérial. Dans le 10e, en effet, on anathématise l'opinion de la sphéricité de la forme prise par les corps ressuscites et celui de l'anéantissement final de la matière. Les canons suivants condamnent les diverses conceptions origénistes sur F cbroxaTào-Tacriç twv TrâvTwv, comme une réduction panthéiste de toutes choses en Dieu et un retour aux origines.
Il est difficile d'établir avec certitude si le Ve concile général a approuvé ces condamnations1. Les actes qui nous en sont restés sont muets à ce sujet ; les papes Vigile, Pelage Ier, Pelage II et Grégoire le Grand ne nous renseignent pas mieux dans leurs rapports sur le Ve concile. Nous en trouvons la mention dans Cyrille de Scythopolis2 et dans l'histoire ecclésiastique d'Evagre3. Celui-ci a même eu connaissance d'un anathème prononcé contre Evagre (+ 399) et Didyme. En outre, les . conciles œcuméniques suivants supposent acquise la condamnation d'Origène. Cyrille fait observer que le Ve concile a rendu la paix à la Palestine et qu'à la place du patriarche [origéniste Macaire a été nommé Eustochius4.
bientôt après l'édit et l'édit appartient bien à l'année 542, 543 ou 544. Ce fut avant 544 puisqu'à cette époque Vigile, à qui l'édit avait été envoyé, quitta Rome pour se rendre à Constantinople. C'est après 542, puisque, cette année-là, le Patriarche Zoïle d'Alexandrie succéda à Paul, déposé au synode de Gaza et que, d'après Liberatus (Brev. 23, 24) Zoïle avait donné son adhésion à l'édit. Cf. Noris, Diss. de Syn. quinta. Ballerini, defensio diss. Norisanae. de syn. quinta adv. diss. Garnerii (Opp. Noris IV, 990 sqq.). Vincenzi, Origenes IV, 136.
1. Noris et Ballerini sont pour l'affirmative, le jésuite Garnier (Dissert, de syn. quinta, c. 2, reproduite dans Gallandi XII, 169 sqq.) est pour la négative.