‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 222 sur 480 · De civ. Dei XXI · texte numérisé non relu

De civ. Dei XXI

2. Cat. 23, 10. Bas. Hom. in 40 mart. c. 8 (Migne XXXI, 522).

3. Aug. Sermo 184, o : Nam mcrito pro alita defunctis dormientibus orat ecclesia ; pro martyribus non orat, sed eorum potius orationibus sese coramendat.

lui, il se révèle là une humilité, fondée sur le sentiment de l'indignité personnelle, qui attend avec plus de confiance l'objet de ses demandes en les adressant aux amis de Dieu plutôt qu'à Dieu lui-même directement1. Les saints sont donc nos avocats {advocati) auprès de Dieu, comme saint Irénée a appelé, dans un sens éminent, Marie notre avocate (advocata). Leur rôle auprès de Dieu et du Christ, n'est donc pas indépendant, mais ils le tiennent de Dieu et l'exercent en union avec leur chef2. Que Dieu regarde avec complaisance sur les saints et écoute avec complaisance leurs intercessions nous en avons la preuve et le témoignage dans les miracles que Dieu a opérés souvent dans semblables occasions. Us nous ont été racontés par les Pères les plus illustres de l'Eglise qui se sont convaincus comme témoins oculaires de la vérité des faits. Sans doute ces miracles ne doivent pas avoir leur but en eux-mêmes, mais servir pour une fin supérieure. Or, saint Augustin ne conteste pas leur réalité. Dans son discours pour la fête de saint Laurent, il montre comment les fidèles avaient souvent obtenu par son intercession des biens temporels ou avaient été miraculeusement délivrés de leurs maux ; il ajoute cependant que Dieu, par des libéralités de ce genre, nous traite comme des enfants et des faibles qui doivent être conduits par des moyens sensibles et palpables à désirer les biens supérieurs du ciel 3.

Parmi les adversaires du culte des saints et de la vénération des reliques figura déjà dans les premiers temps Vigi-

1. Sermo 342, 3: Ipsum habemus, ab ipso petamus. Et siaccipere minus digni sumus, per amicos ipsius, qui eum deipsius dono paverunl, petamus. Orent ipsi pro nobis, ut donet et nobis.

2. Sermo 285, 5 : Pro aliis fidelibus defunctis oratur, pro martyribus non oratur : tam énim perfecti exierant, ut non sint suscepti nostri, sed advocati. Neque hoc in se, sed in illo, cui capiti perfecta membra cohaeserunt.

3. Aug. Sermo 302, 1 : Gujus autem meriti sit memoratus martyr, quis ignorât ? Quis ibi oravit et non impetravit? Quammultisinfirmis meritum ejus etiam temporalia bénéficia praestitit, quae ille contempsit. Goncessa sunt enim, non ut precantium permaneret infirmitas ; sed utdeterioribus concessis amor fieret ad appetenda meliora.

LE CULTE DES SAINTS 3ll

lance, un prêtre gaulois qui, se trouvant en Palestine à la fin du vie siècle, s'y mêla aux controverses de l'Origénisme; mais après son retour en Gaule il se fit connaître par ses attaques contre la virginité de Marie, contre les vœux monastiques et le culte des saints. Il fut combattu par saint Jérôme dans sa lettre Ad Riparium et dans son livre Contra Vigilantium*. Vigilance contestait particulièrement la valeur de l'intercession des saints et il appuyait son opinion sur le 4e livre d'Esdras (vu, 45) comme sur un témoignage biblique. Saint Jérôme repousse ce livre comme apocryphe et rappelle ensuite l'intime communion des saints 2 avec le Christ et l'efficacité des intercessions communes qui, chez les bienheureux du Paradis, deviennent plus puissantes par suite de leur intime communion avec le Christ. Saint Augustin établit de la même façon la valeur de l'intercession des saints3.

Quant à Vigilance, il élevait contre l'invocation des saints une autre objection qui fut renouvelée plus tard au xvi8 siècle : Les saints, disait-il, et particulièrement les martyrs, €ar alors il s'agissait principalement de leur culte, ne pouvaient pas connaître nos prières, car ils étaient enfermés dans le monde souterrain jusqu'à la première résurrection. Dans sa réponse contre cette objection, saint Jérôme se laisse entraîner trop loin par son zèle : il pense non seulement qu'étant le plus intimement possible unis au Christ, ils peuvent savoir tout cela, mais il paraît bien d'après le contexte, leur attribuer la capacité d'être partout présents avec le Christ4. Saint Augustin étudia de plus près cette objection, quand il traita la question qui lui a été posée de

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