‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 230 sur 480 · Joan III, 14. — G. Jug. VII, 6. II Reg. 6. Ps · texte numérisé non relu

Joan III, 14. — G. Jug. VII, 6. II Reg. 6. Ps

pas contestable que les Juifs, surtout après les temps de l'exil, ne soient devenus encore plus réservés dans l'emploi des images pour rehausser le culte. C'est qu'ils étaient entourés de tous côtés par les dangers de l'idolâtrie et ils entendaient proclamer d'une façon intelligible aux païens, leur foi en un Dieu unique, invisible. En outre, chez eux, le culte divin était réglé dans les plus petits détails par la loi de Dieu.

Le Nouveau Testament donne en général peu de prescriptions sur l'organisation du culte extérieur. L'essentiel seul a été réglé par le Christ ; le reste a été laissé au pouvoir législatif de son Eglise ; et elle a à garder cet élément essentiel non comme un capital mort sans clef et sans verrou, mais à le traiter comme un germe fécond qui, une fois jeté dans la société humaine pousse des racines et est devenu sous ses soins et sa protection un grand arbre et a porté des fruits. Des développements peuvent se produire même dans le domaine du culte divin, mais sous l'autorité de l'Eglise et d'après les mœurs et les caractères particuliers des divers peuples et des temps.

Il n'y a pas davantage dans le Nouveau Testament de défense relative aux images. Rien ne s'opposait donc du côté de la révélation divine à ce que l'Eglise attirât l'art dans son domaine et le fît servir à rehausser le culte divin. Mais tout d'abord elle s'en abstint ; la réserve du Judaïsme au déclin Revint bientôt la sienne, elle aussi se voyait entourée par l'idolâtrie païenne de tous côtés. D'abord les chrétiens durent être formés à l'idée essentielle du culte chrétien et à se déshabituer de toute parure accessoire ; ils devaient apprendre à honorer Dieu comme l'être spirituel le plus élevé, d'une manière toute spirituelle et par le sacrifice non sanglant de l'Eucharistie, qui était le plus profond mystère de la foi. Mais quand le Christianisme [eût suffisamment affermi son culte et montré sa différence avec le culte païen, il put s'aider des beaux-arts pour donner de l'éclat à son culte.

Le beau, qui est l'objel de l'art, a d'inséparables rapports avec la religion. De même en effet que tout est bon qui entre en partage avec la première bonté, c'est-à-dire avec Dieu, de même tout est beau qui reflète en soi la première beauté ou la beauté suprême, telle qu'elle réside dans le prototype divin et en Dieu même. De là apparaît clairement quel profit la représentation du beau devait tirer peu à peu de la religion chrétienne. Plus grandiose, plus multiples sont les échappées qu'elle nous ouvre sur Dieu, sur l'idée de l'homme et du monde, comme sur les explications de la nature humaine ; plus claire est la lumière qui se répand sur le beau et sur les arts sacrés. Si ceux-ci veulent, dans quelque domaine que ce soit, s'élever à leur plus haute expression, ils doivent s'adresser à la religion chrétienne et à ce qui en dépend.

Même dans le paganisme l'art ne méconnaissait pas ses rapports avec la religion et avec le divin; seulement comme la religion païenne avait ordinairement fait descendre le divin jusqu'au fini, et jusqu'à l'immoral, l'idéal des beauxarts avait été altéré et obscurci. Dégager l'art, même la sculpture et la peinture, de ses attaches avec la fausse religion païenne et l'imprégner d'idées chrétiennes, ce n'était pas là l'œuvre d'un jour, mais le fruit d'un long travail.

Si la religion ne se montra pas tout de suite créatrice d'un art chrétien sacré, la cause unique n'en fut donc pas dans l'aversion pour l'idolâtrie païenne. La situation misérable des premières communautés chrétiennes ; les poursuites des persécuteurs empêchèrent son essor immédiat. Mais les commencements datent déjà des premiers siècles. Les catacombes de Rome nous montrent le berceau de la peinture chrétienne dès le ier, le 11e et le 111e siècle dans les simples tresques dont les fossores paraient les parois et les plafonds. On débuta conformément au caractère de ce temps et à l'état précaire du Christianisme et sous l'empire bien puissant de la discipline de l'Arcane par des représentations symboliques, qui étaient empruntées

en grande partie aux saintes Ecritures, ou même au règne de la nature. A ce dernier point de vue les chrétiens aimaient particulièrement le signe mystérieux du poisson fcGûç), non seulement parce que le mot était comme un acrostiche sibyllin (fya-ous xpt(7T^ 0eo{î u">s a-&>Tfy),mais parce qu'il rappelait l'image du Christ, notamment le Christ eucharistique1, tout comme le chrétien sanctifié dans le bain de la régénération. La croix venait tout près comme la marque principale du salut. Elle se trouve ordinairement exposée en cachette et même déjà sur les monnaies d'Abgar Bar Maanu, vers 200 après J.-C. Déjà vers ce temps on traitait les chrétiens d'adorateurs de la croix (religiosi crucis) 2. La colombe,, l'agneau, le coq, le paon, la palme, la gerbe, le vaisseau,, l'ancre, etc., étaient des symboles préférés. En ce qui concerne les images bibliques nous voyons d'après les monuments qui nous ont été conservés qu'il se formait alors un cycle déterminé revenant partout, comprenant des scènes relatives au salut, à la résurrection, au baptême, à la pénitence, à l'Eucharistie. Là se rattachaient encore la chute par le péché avec le protoévangile, le salut par l'arche, le sacrifice d'Abraham, Moïse frappant sur le rocher et faisant jaillir une source, Jonas dévoré par un monstre marin, vomi sur la terre ou se reposant sous une cucurbitacée, Daniel dans la fosse aux lions, les trois jeunes gens dans la fournaise, et le plus souvent l'image du bon pasteur3 empruntée au Nouveau Testament, la guérison du paralytique, la résurrection de Lazare, le miracle des noces de

1. L'image du poisson se trouve dans les diverses compositions très symboliques de l'Eucharistie, et aussi le seau plein de lait qui est porté par un agneau ou placé par un berger sur l'autel. V. Pitra Spicil. Solesm,. la dissertation de Rossi. (Tom. III, 499 sqq.) et de Rossi La Roma sotterranea, p. 346 sqq. Roma 1864.

2. Tert. Apol. c. 16. Gomme curieuse illustration de ces paroles de Tertullien, Garruci cite : Deux monuments (Rome 1862), un graffito trouvé dans des fouilles sur le Palatin et tracé par un païen ; un chrétien y est représenté adorant une croix, celui qui est attaché à la croix porte une tête d'àne.

3. De cette représentation sur des calices on a déjà des mentions dans Tert. De pucl. Si forte patrocinabitur pastor quem in calice depingis.

Cana, la miraculeuse multiplication des pains, l'adoration des trois rois, le renoncement de Pierre, sa délivrance de la prison, les Orantes (jeunes filles en prières) qui figurent la mère de Dieu ou l'Eglise. Ce cycle ne se rencontre pas seulement dans la fresque des catacombes, mais aussi sur les sarcophages du ive siècle, comme sur les vases de verre où les Romains s'entendaient, par un procédé inconnu de nous, à graver des figures dorées1. On avait en outre des images du Seigneur, de la très sainte Vierge, des Apôtres Pierre, Paul, Jean, où s'exprimaient des types stéréotypés 2. Mais l'art sacré, surtout l'architecture, la sculpture et la peinture, prit un plus large développement depuis la conversion de Constantin au Christianisme. Il put désormais s'étaler sans difficulté au grand jour, se développer de plus en plus puissamment et disposer la maison de Dieu avec une magnificence de plus en plus grande. Plusieurs Pères nous parlent déjà de leurs ornementations en images. On étalait ailleurs la croix en public sur les chemins et sur les parois des maisons3. On commença au ive siècle à distinguer

1. Garruci en donne une collection et une explication dans Vetri ornati di figure in oro (Roraa 1864).

2. Saint Epiphane (Haer. 27) raconte aussi (Lampridius Vita Alex, c. 29) de l'empereur Alexandre Sévère (222-235) que dans son Lararium à côté des images d'Apollonius, d'Orphée, d'Abraham, il en avait aussi une du Sauveur. Irénée (Adv. haer. I, 25) et saint Augustin (De haer. 7) racontent des Carpocratiens qu'ils honoraient et couronnaient l'image du Seigneur à côté de celle de Platon, d'Aristote, etc., à la façon des païens. Peutêtre le concile d'Elvire (305) a-t-il redouté les périls d'une semblable idolâtrie dans un pays encore en partie païen, quand il a dit dans le 36e canon : « Placuit picturas in ecclesia esse non debere, ne quod colitur et adoratur in parietibus depingatur ». Si on a besoin de cette confirmation, on a le renseignement que fournit Eusèbe (H. E. VII, 17) sur deux statues d'airain représentant, à Gésarée de Philippe, le Seigneur et la femme guérie d'un flux de sang, ce qui s'accorde avec notre remarque. Dès ce moment il y avait beaucoup d'images du Seigneur et des apôtres Pierre et Paul qui s'ajoutent aux images conservées sur des monuments venus jusqu'à BOUS ou sur- des verres que Garruci date, pour une grande partie, du ive siècle. Par contre, la légende postérieure du roi Abgar et de Véronique n'a aucune hase historique sûre.

3. Bas. Ep. 300 ad .lui. (éd. Maur.) Greg. Oral. in. Theod. [Migne XLVI, 737.) Saint Epiphane (Ep. ad .Joan. llieros. c. 7 [Aligne XLI11 390) écrit

les saints sur les images par un nimbe de gloire. On sait seulement par des témoignages postérieurs d'un évêque Sérénus de Marseille, au vie siècle qu'il fit enlever plusieurs images des églises afin que les chrétiens ne tombassent pas dans l'idolâtrie. Il en est blâmé par le pape Grégoire le Grand1, parce que les images servaient à l'édification de tous, même des simples. Il justifie lui-même le culte des images comme l'avaient fait les Pères avant lui, en prouvant que ce culte ne doit pas se confondre avec l'adoration de Dieu, mais est simplement relatif 2.

Les plus violents adversaires qu'ait rencontrés le culte des images, ce furent les empereurs byzantins au vme siècle et tout d'abord Léon l'Isaurien, un grossier soldat qui s'était élevé à l'empire (716). Les mahométans avaient déjà à cette époque conquis quelques provinces de l'empire romain et détruit les images dans les églises. Peut-être l'empereur espérait-il établir entre eux et les chrétiens quelque rapprochement, quand en 726 il publia un édit où le culte des images était dénoncé comme une idolâtrie et frappé de proscription. Le pape Grégoire II s'éleva contre ces intrusions de l'empereur sur le terrain de l'Eglise et il lui montra dans une lettre comment le culte des images se fondait sur la sainte Ecriture et sur la tradition et ne méritait en aucune façon le reproche d'impiété. « Nous ne les honorons pas à l'égal de Dieu, écrit Grégoire3, comme tu le

qu'il a déchiré un rideau, dans l'église d'Anablatha, près de Béthel, parce que, à rencontre des prescriptions des saintes Ecritures, il était paré d'une image d'homme sous les traits du Seigneur ou d'un saint; le récit est trop incomplet pour qu'on puisse tirer de là un argument proprement dit.

1. Epp. 1. XI, ep. 13 (éd. Maur.) : Aliud est enim picturam adorare, aliud per picturae historiam quid sit adorandum addiscere. Nam quod legentibus scriptura, hoc idiotis praestat pictura cernentibus.

2. Ibid. 1. IX, ep. 52 : Scio quidem quod imaginem Salvatoris nostri non ideo petis ut quasi Deum colas : sed ob recordationcm Filii Dei in ejus amore recalescas, cujus te imaginem videre desideras. Et nos quidem non quasi ante divinitatem ante illam prosternimur, sed illum adoramus, quem per imaginem... recordamur.

3. Cette première lettre de Grégoire à l'empereur fut publiée pour la première fois par Baronius ad annum 726.

prétends; bien loin de là. Car nous ne plaçons pasnotre espérance en elles, et quand une image du Seigneur est devant nous, nous disons : Seigneur Jésus, aide-nous, sauve-nous. Auprès de l'image de la sainte Mère nous disons : Sainte Mère de Dieu, intercède pour nous auprès de ton Fils ; et de même auprès des martyrs ». Ici encore le culte des martyrs es1 soutenu uniquement en tant que relatif. Sous son successeur Grégoire III (731) un concile fut tenu à Rome et l'anathème prononcé contre les Iconoclastes. En Orient Jean Damascène se signala par trois plaidoyers en faveur des images. Dans son premier discours écrit entre 736-739* il montre qu'on peut honorer même des images du Christ, le Seigneur, sans tomber dans le nestorianisme et le monopli ysisme parce qu'on ne se représente pas la divinité prise en elle-même, par abstraction, mais la nature humaine hypostatiquement unie au Logos et aussi en raison de cette union hypostatique, le Seigneur lui-même 2. Pour établir la signification d'une image il commence, par l'image la plus parfaite de Dieu que le Père produit en son Fils; il passe ensuite aux idées divines, prototypes éternels des choses à créer ; il trouve ensuite des images des choses divines, éternelles et saintes dans le monde visible et fini, des figures et des ombres des vérités et institutions à réaliser par le Christianisme dans l'Ancien Testament et même des images pareilles dans les monuments commémoratifs des événements importants du passé3: « Ainsi nous dépeignons, ajoutet-il. les images et les vertus de ceux qui ont vécu avant nous ». Nous avons dit, il n'y a pas longtemps, comment Dieu n'était point confondu avec la créature. En eiï'et le culte d'adoration (7roocrx-Jvy;cr£çzarà Xocr/Mcov) qui ne convient qu'à Dieu devait bien être distingué ^Vwn culte relatif qui est rendu aux serviteurs et aux amis de Dieu pour l'amour de Dieu4.

l. Proleg. aux discours de Jo. Damasc. [éd. Lequien) I, 30;j sq.

'1. Jo. Damasc. Oral. I, i: Où tw ào'pocrov eixovtÇùt Ssotyitk. èuX' eixoviÇot dzoû

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