LÉGLISE DANS SA VISIBILITÉ RÉELLE
favorisent, aiment cela et reconnaissent leur faiblesse, non certainement sans élever leur esprit à Dieu, non sans certaines étincelles de vertu. Gela s'est produit conformément aux desseins de Dieu avec les prédictions des prophètes, avec le contentement de l'humanité et la doctrine du Seigneur, selon les voyages des apôtres, par les mauvais traitements, les souffrances et la mort des martyrs, par la vie précieuse des saints, par les miracles qui ont été proportionnés selon les temps à ces choses et à ces vertus. Puisque donc nous voyons un si abondant secours de Dieu, un tel progrès, de tels fruits, comment pouvons-nous hésiter à nous attacher à cette Eglise qui tient de la chaire apostolique, par la succession de ses évêques, une si haute autorité que le genre humain tout entier la reconnaît, alors que les hérétiques, qui l'agitent à toutes les époques, sont condamnés ou par la voix du peuple, ou par l'autorité des conciles, ou par la majesté des miracles?
2. A l'époque patristique s'est présenté à nous, dans le premier volume le développement de la doctrine sur le côté visible et invisible de l'Eglise et le rapport de l'un à l'autre manifesté par la vie de l'Eglise et attesté même théoriquement par les Pères. L'opinion opposée d'une Eglise en grande partie invisible reconnaît elle-même ne pouvoir trouver que peu de points d'attache dans les temps postnicéens et elle n'attache ordinairement quelque importance qu'aux temps primitifs où les sources s'ouvrent en général encore moins abondantes. Mais maintenant, dans les temps postérieurs au Concile de Nicée, le ministère doctoral, sacerdotal et pastoral de la hiérarchie ecclésiastique se montre au dehors sur toutes les pages de l'histoire en caractères si manifestes et avec une telle autorité que nulle part aucun doute ne se faisait jour sur son origine divine.
Il suffit de rappeler quelques faits éclatants. D'abord le ministère doctoral ne fut point conçu dans l'Eglise comme lié à une inspiration ou à une révélation mystérieuse, comme un prophétisme montaniste, mais reconnu d'une façon ordi-
naire au seul épiscopat externe, visible, qui était communiqué à ceux qui en étaient revêtus par l'élection et la consécration sacramentelle.
De ce développement continuel de la foi par une illumination purement intérieure sans une prédication extérieure, l'époque patristique n'en connut jamais rien. La prédication et la catéchèse dans l'Eglise épiscopale étaient réservées aux évoques. Lorsque saint Augustin fut admis à prêcher par son évêque d'Hippone, on vit là une violation des canons, en tous cas une innovation. Ce qui est bien caractéristique cependant, c'est que, à tous les conciles de l'âge patristique, seuls les évêques avaient voix délibérative, seuls ils assistaient régulièrement, à moins que l'évêque de Rome n'envoyât des prêtres comme légats ou que des évêques ne se fissent accompagner de leurs prêtres et diacres. Ainsi en fut-il à Nicée, où 318 évêques rédigèrent le symbole et les canons ; ainsi à Sardique, à Gonstantinople, à Ghalcédoine, ainsi dans les conciles du nord de l'Afrique, etc. Sans doute, les Ariens commencèrent à admettre dans les conciles des commissaires impériaux, des militaires même. Saint Athanase nous raconte1 ce fait des évêques Eusébiens qui parurent à Sardique, mais il ajoute que, aux conciles de l'Eglise, les évêques seuls étaient admis comme docteurs et juges.
Le ministère sacerdotal était même lié à un sacerdoce extérieur, visible, et à celui-là seulement était dévolue la célébration du sacrifice eucharistique qui avait- été ordonné prêtre validement par le sacrement de l'ordre. Parmi les accusations calomnieuses portées contre saint Athanase et sur lesquelles s'appuyèrent les évêques eusébiens pour prononcer à Tyr sa déposition figure celle-ci : un prêtre ordonné par lui, Macaire, aurait brisé le calice, renversé l'autel et brûlé les livres d'un certain Ischyras se disant prêtre dans la Maréotide. Mais saint Athanase démontra par témoins qu'Ischyras n'avait pas été ordonné prêtre