‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 249 sur 480 · V. Hist. des Dogmes, I, 504, sq. (2e éd. ail · texte numérisé non relu

V. Hist. des Dogmes, I, 504, sq. (2e éd. ail

Donatistes se faisaient une semblable idée de la sainteté de l'Eglise; ils y rattachaient même la question de la validité des sacrements, non seulement celle du baptême, telle que l'avait déjà soulevée saint Gyprien dans l'Eglise de l'Afrique du Nord, mais aussi celle de l'ordre et de tous les autres, et ils répondaient à cela qu'une société ecclésiastique qui en gardant dans sa communion des pécheurs publics (les traditeurs) avait perdu sa sainteté, n'était plus la véritable Eglise et ne possédait plus de sacrements valides l. Ici nous ne nous intéressons qu'aux erreurs des Donatistes sur la sainteté de l'Eglise, ou plutôt à leur réfutation par saint Augustin.

A ce propos, il importait tout d'abord de montrer en quoi ne consistait pas la sainteté de l'Eglise. L'Eglise visible a pour mission de faire parvenir à tous les hommes l'œuvre de la Rédemption, de corriger les pécheurs par renseignement et la discipline, comme par des soins maternels, de les sanctifier et de les rendre heureux par la grâce; mais le péché ne peut être entièrement détruit dans ses membres tant que l'homme garde sa nature déchue, et avec elle non seulement la liberté, mais l'inclination violente à mal faire. Ici, sur cette terre, suivant la parole du Seigneur, la mauvaise herbe doit être mêlée au blé, parce que cela doit servir à promouvoir le bien et à le mettre dans une lumière d'autant plus éclatante. L'Eglise ne perd rien par là, ni de ses moyens de sanctification, ni de sa sainteté 2, dût le nombre des méchants l'emporter sur celui des bons3. La sainte Ecriture (Ez. ix, 4, S. Matth. vu, 13, xm, 30, 47) s'exprime si nettement sur ce mélange des bons et des méchants dans l'Eglise que les Donatistes étaient contraints de restreindre leur opinion sur la corruption de l'Eglise par les méchants

î. Ibid. 1,537 ss. - 2. Aug. C. litt. Petil. II, 46.

3. De unit. ceci. 14, 35. C. Faust. XIII, c. 16 : Sciret cum paucis haereditatem Dei, cum multis autem signacula cjus participanda... Eosdemque paucos, in comparationo multitudinis raalorum, paucos dici, esse autem per se ipsos consideratos in magno numéro etc.

aux seuls pécheurs publics1. Il est vrai sans doute, que les pécheurs publics, tout comme les hérétiques, scandalisent les membres de l'Eglise ; dans des cas semblables naît souvent pour l'Eglise l'obligation de recourir à l'excommunication dans l'intérêt des âmes des fidèles et pour la correction du pécheur2. Mais cette conduite de l'Eglise ne lui est nullement inspirée par l'idée que la notoriété du péché des fidèles ferait disparaître la sainteté de l'Eglise. C'était là une fausse conclusion des Donatistes. L'Eglise ne redoute pas de la part des pécheurs notoires une atteinte à sa propre sainteté ; elle tremble seulement pour la sainteté de ses membres. Elle ne tient donc pas la peine de l'excommunication toujours suspendue sur leur tête et sans exception, mais là seulement où par le châtiment elle espère obtenir un plus grand bien pour les fidèles, soit par la correction du pécheur, soit par la répression du scandale. Là où elle n'a rien à attendre, où il est à craindre au contraire que l'excommunication n'opère l'endurcissement du pécheur et qu'elle ne doive avoir en grande partie pour conséquence un schisme ou l'éloignement de plusieurs, l'Eglise préfère dans ces circonstances, ne pas punir expressément, mais tolérer ; ce principe, nous le trouvons déjà justifié par saint Augustin3 et souvent mis en pratique dans l'histoire de l'Eglise. L'Eglise n'exprime nullement là une approbation du péché, mais restreint son droit de coercition pour sauvegarder de plus grands avantages4.

Les Donatistes se réclament bien de saint Cyprien; il n'a jamais, disent-ils, voulu rien savoir d'une sainteté extérieure de l'Eglise, il a toujours reconnu à la seule Eglise véritable et sainte le pouvoir d'administrer validement les sacrements. C'était invoquer mal à propos l'autorité du grand évêque de Carthage. Nulle part, il ne s'est prononcé pour l'exclusion perpétuelle du pécheur en dehors du sein de

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