Aug. Ep. 44. — 3. C. Cresc. Don. IV
4. Cf. Hilar. De trin. VII, 4 : Omnes quidem illa secum atque intra se vellet manere, nec ex tranquillissimis sinibus suis alios aut abjicere aut perdere, dum indigni fiunt tantae matris habitaculo : sed discedentibus ex ea haereticis vel abjectis, quantum amiftit occasionis largiendae ex se salutis, tantum adsequitur ad fidem expetendae de se beatitudinis. Cognosci enim hoc ex ipsis haereticorum studiis promptissimum est. Namque cum ecclesia a Domino instituta, et ab apostolis confirmata, una omnium sit, ex qua se diversarum impietatem furens error absciderit ; nec negari possit, ex vitio malae intelligentiae, fidei extitisse dissidium, dum quod legi-
synthèse des doctrines des diverses sociétés hérétiques qui ont ordinairement exagéré l'un ou l'autre principe de l'Eglise ou n'en ont envisagé qu'un côté donne la doctrine de l'Eglise catholique.
Cette catholicité est pour l'Eglise en même temps qu'une marque, une preuve de sa divinité et de sa vérité. La science et l'art ne doivent-ils pas prendre un certain caractère de catholicité et devenir le bien commun de toutes les nations ; mais l'Eglise tire déjà de cette universalité une preuve en faveur de sa vérité et de sa convenance pour la nature humaine. Mais qu'une société se soit étendue sur toutes les nations, et qu'elle ait reçu dans son sein la plus grande partie des hommes civilisés, bien qu'elle reconnaisse expressément qu'elle réserve à une foi obligatoire des secrets surnaturels et des révélations divines, bien qu'elle réclame une soumission absolue à son autorité, c'est là un phénomène qui n'a pas son pareil dans l'histoire de l'humanité et qui montre bien que Dieu en est la cause. Cette preuve est d'autant plus convaincante, si on remarque que Dieu a prédit tant de fois cette diffusion sur toute la terre, de la façon la plus déterminée et qu'il n'a ni donné à un degré particulier, ni recommandé expressément à l'Eglise des moyens naturels pour l'extension de sa puissance. Lorsque les Donatistes étaient forcés de reconnaître devant saint Augustin ces prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament, ils essayaient de se tirer d'affaire en prétextant que leur propre société avait reçu ces promesses, mais que la liberté des hommes les avait empêchées de recevoir leur accomplissement. A cela saint Augustin répond * : « Comme
tur, sensui potius coaptatur, quam lectioni sensus obtempérât Haeretici
igitur omnes contra ecclesiam veniunt; sed dum haeretici omnes se invicem vincunt, nihil tamen sibi vincunt. Victoria enim eorum ecclesiac triumphus ex omnibus est, dum eo haeresis contra alteram pugnat, quod in haeresi altéra ecclesiac fides damnât : (nihil enim est, quod haereticis commune est) et inter haec fidem nostram, dum sibi adversantur, affilé mant.
y De unit. eccl. IX, 23.
si le Saint-Esprit n'avait pas prédit les libres décisions de la volonté humaine ? Qui est assez insensé pour en douter ? Pourquoi n'a-t-il pas prédit plutôt ce qu'il prévoyait comme devant arriver plus tard et librement? Dans cette façon, en effet, d'interpréter les prophéties comme le font les adversaires, chacun peut être prophète s'il peut dire dans le cas de non-réalisation de sa prophétie : « Les hommes ne l'ont pas voulu; car ils sont librement chrétiens ». De cette façon quelqu'un aurait pu prophétiser, le Christ ne mourra pas sur la croix, mais il périra par l'épée. Car s'il en était arrivé tout autrement, il aurait pu dire : « Les hommes doués de liberté n'ont pas voulu ce que j'avais prédit, mais tout autre chose ». Qui ne comprend pas que de cette façon on peut prédire n'importe quoi de n'importe qui ? Qui doute que Judas n'ait trahi le Seigneur avec une volonté libre et que Pierre n'ait de la même façon renié le Seigneur? Cependant ceci avait été prédit d'eux, parce que Dieu prévoit même les futures déterminations libres de l'homme ».
4. Lavéritable Eglise doit aussi être apostolique. C'est ainsi qu'elle s'intitule dans le symbole de Nicée déjà mentionné. Par ce caractère elle se distingue aussi clairement que par la catholicité de toutes les sociétés hérétiques comme l'avaient particulièrement établi déjà même aux temps anténicéens saint Irénée et Tertullien. Si l'Eglise doit être en effet le corps unique du Christ et celui-ci être son chef, tous ses membres doivent être implantés en elle comme des branches au cep par les Apôtres, en leur qualité de premiers ouvriers de la communauté chrétienne. Pour cette marque de l'apostolicité il ne suffit pas encore que les sociétés hérétiques prétendent simplement posséder la doctrine des Apôtres. Le corps de doctrine doit réellement se montrer apostolique et cela n'est possible que pour celui de la véritable Eglise qui nous garde les écrits des Apôtres, qui nous les a gardés et certifiés comme canoniques, qui se montre même par des signes extérieurs sensibles, par exemple par sa durée non interrompue depuis les Apôtres comme une fondation
apostolique. Le même corps de doctrine doit renfermer en lui la garantie qu'il contient toute la vérité apostolique. Car à celle-ci les Pères attribuent la même autorité qu'aux saintes Ecritures l. Seules ces deux sources apostoliques ne suffisent pas encore à la doctrine de l'Eglise intégrale et véritable. Qui peut authentiquer les traditions comme apostoliques si ce n'est la seule Eglise ? Qui peut élever des prétentions à une sûre et infaillible interprétation des sources de la foi et à une pleine possession de la vérité apostolique si ce n'est l'Eglise? qui peut faire remonter son origine jusqu'aux Apôtres et jusqu'au Seigneur ? Apostolique, notoirement apostolique^ comme contenant toute la vérité apostolique ce titre n'appartient qu'à la doctrine de la véritable Eglise 2. Quand cependant nous parlons de l'apostolicité comme d'une marque de la véritable Eglise nous ne pensons pas principalement à l'origine apostolique de sa doctrine. Ce qui nous frappe en elle d'une manière tangible c'est son ministère doctrinal, sacerdotal et pastoral, extérieur. L'homme tombé a en effet besoin pour arriver à la vie éternelle, dans la communion de l'Eglise, non seulement d'être instruit, mais encore de divers moyens de salut, de la direction et des soins maternels de l'Eglise. Dans ce but, le Seigneur a, comme nous l'avons vu, fondé la hiérarchie visible ou Eglise enseignante et pourvu ses agents de pleins pouvoirs. En eux rien de plus facile que de distinguer s'ils se rattachent aux Apôtres par une chaîne non interrompue. Si les agents externes, visibles du ministère doctoral, sacerdotal et pastoral sont nécessaires danslavéritableEglise, et s'ils doivent tenir des Apôtres leurs, pleins pouvoirs et leurs privilèges, cette Eglise est la seule véritable dont les chefs dérivent des Apôtres par une succession authentique. Dans ce sens l'Eglise doit être tout particulièrement la vraie Eglise apostolique. Sans doute toute église particulière ou tout siège épiscopal n'a pas été fondé par les Apôtres, mais il suffit, comme le remarque saint Augustin, que chaque Eglise particulière soit en relations régulières
1. Cf. Bas. De sp. s. 27, 00. — 2. Aug. Enarr. in Ps. 44, n° 32.
avec le siège apostolique de l'Eglise romaine où la suite authentique des évêques n'a jamais été interrompue. Car par ce siège toute l'Eglise peut faire remonter jusqu'au Christ le fleuve de grâce qui se répand par elle et l'autorité avec laquelle elle répand des grâces et gouverne les fidèles. Parle siège apostolique et par leur union à ce siège au moyen des litterae formatae sive communicatoriae toutes les Eglises particulières de la chrétienté participent à l'apostolicité. Donc Cécilien, conclut saint Augustin, fut aussi longtemps évêque légitime de Carthage i qu'il resta en communion avec le siège apostolique de Rome. Pour cette raison 2 il suffit à saint Augustin de faire remonter la série des évêques de Rome jusqu'aux Apôtres.
Si la catholicité était l'unité de l'Eglise dans son étendue locale à travers toutes les nations, l'apostolicité est l'unité à travers tous les temps sans avoir jamais subi d'interruption. Toute société ecclésiastique, qui se désigne d'après le nom d'un hérésiarque, montre par là qu'elle n'est pas la véritable Eglise, parce qu'elle n'est plus l'Eglise fondée par les Apôtres3 .
5. Indépendamment des marques caractéristiques de la véritable Eglise, il est encore quelques-uns de ses privilèges qui méritent d'être mentionnés. Pour la doctrine d'abord elle possède l'infaillibilité dans sa conduite pour le salut des âmes, l'exclusivisme, et dans son existence l'immortalité. De ces premiers privilèges il sera question à propos des sources de la foi4.
L'exclusivisme de l'Eglise qui tient à son unité, à son unicité et à la nécessité absolue de ses moyens de salut a été poussé trop loin par saint Cyprien, quand il s'en autorisa