Ibid. IV, 3, 4. - 4. Ibid. I
qu'il reçoit le baptême d'un hérétique dans un cas de nécessité l. Ici la rémission des péchés et la communication du Saint-Esprit sont intimement liées aubaptême, carie baptême des hérétiques, s'il estvalidement administré, est le baptême du Christ et reçoit non du ministre mais du Christ même la force de remettre les péchés, pourvu que celui qui le reçoit n'oppose aucun obstacle à l'action de la grâce.
Si donc les Juifs et les païens pouvaient toujours obtenir leur salut dans le Christ en croyant en lui et en l'aimant, à plus forte raison en est-il de même pour les hérétiques et les schismatiques qui sont privés, sans qu'il y ait de leur faute, de la communion avec l'Eglise ; ils ont, en effet, encore gardé bien des choses de l'Eglise, et sur ces points du moins ils sont d'accord avec l'Eglise. Cet accord extérieur avec l'Eglise (fût-il simplement virtuel) sur ce qu'ils ont emprunté d'elle, se retrouve encore parmi les hérétiques et les schismatiques formels, quoique cette ressemblance ne puisse tourner qu'à leur perte. Ils ressemblent à des membres séparés du corps, qui n'ont gardé que la forme extérieure, mais qui ont perdu la vie. « Quand un membre est séparé du corps, est-il suivi par l'âme? Et néanmoins, le membre est bien reconnu comme tel, c'est un doigt, une main, un bras, une oreille. Il a emporté du corps sa forme première, mais non la vie. Ainsi en est-il de l'homme séparé de l'Eglise. Cherche chez lui le sacrement, tu le trouves. La forme est la même ; mais si tu n'es pas au dedans vivifié par l'esprit, tu te vantes en vain de la forme 2 » .
Tout ce qui peut encore aider les captifs de l'hérésie et du schisme à atteindre la vie éternelle est un débris de la propriété de l'Eglise3. Et ceux qui obtiennent la grâce sanctifiante deviennent par là même membres de la véritable Eglise. Cependant il a permis au démon de semer de l'ivraie au "milieu de l'Eglise visible comme au dehors d'elle, avec cette seule différence que ceux qui se séparent de l'Eglise
1. Ibid. I, 2, 3. — 2. Àug. De bapt. IV, 22, 29. — 3. Sermo 268, 2.
ont plus de difficultés à surmonter pour se convertir1. Cette idée de saint Augustin que ceux qui se séparent de l'Eglise reviennent plus difficilement dans la voie du salut que les pécheurs qui restent encore dans la communion visible de l'Eglise, a été reprise plus tard et exactement développée par la théologie. Mais il a été aussi évident en tous les temps, et saint Augustin ne l'oubliait pas, que les hérétiques et les schismatiques sont privés des moyens de salut et des grâces qui sont à la disposition des membres du corps du Christ, tels que le sacrement de Pénitence, la direction et les soins maternels de l'Eglise, etc. L'hérétique et le schismatique formels ne peuvent par contre faire leur salut, parce qu'ils se séparent sciemment et volontairement de l'unique institution de salut établie par Dieu sur la terre et qu'ils pèchent contre l'amour de Dieu et de son Eglise et relativement aussi contre la foi2.
6. De la conscience qu'elle a de sa destinée et de son caractère divin résultait pour l'Eglise, tout naturellement, le sentiment de son immortalité et de son indéfectibilité, quand même le Seigneur ne lui aurait pas fait la promesse expresse de rester avec elle jusqu'à la fin des temps et quand il ne serait point prédit de la façon' la plus claire dans les saintes Ecritures que le royaume du Christ durerait éternellement et n'aurait jamais fin. Ce privilège, les Pères l'attribuent expressément à l'Eglise. Elle a reçu l'assurance de triompher à la fin des temps de l'empire de l'Antéchrist, et cette confiance doit au cours des temps s'affermir d'autant plus fermement que les tempêtes et les dangers qu'elle a déjà surmontés ont été plus nombreux, et que les ennemis qu'elle a déjà vaincus ont été plus puissants3.
1. De bapt. IV, 10, 14: Dixerit aliquis, interiora zizania facilius in frumentum converte. Concedo ita esse.
2. Ep. 141, S : Quisquifl ab bac catbolica ecclesia fuerit separatus, quantumlibet laudablliter se vivere existimet, hoc solo scelere, quod a Christi unitate disjunotus est, non habobit vitam, sed Dei ira manet super eum.
3. Aug. C. litt. Petil. III, 37, 43 : Alimis tamen peccatis non maculatur ecclesia, quae secundum fidelissimasprophetias toto terrarum orbedilatata finemsaeculi tamquam lillus expectas. Cf . Sermo46, 14,33. Deciv. Dei XX, 8.
La primauté de l'évèque de Rome ; son développement historique et témoignages doctrinaux en sa faveur à l'époque patristique
Si les divers degrés de la hiérarchie visible mentionnés au paragraphe 82, en tant que l'admission dans leurs rangs est réglée et accompagnée par un sacrement extérieur, ont trouvé naturellement leur place dans notre étude du sacrement de l'Ordre, la doctrine de l'autorité suprême du point culminant de la hiérarchie de l'Eglise, dans la personne du successeur du prince des Apôtres, de l'évèque de Rome, doit venir à cette place. D'une part, l'exercice de cette primauté, ne dépend pas d'un sacrement spécial comme l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat, et d'autre part, il forme la base et le soutien delà hiérarchie visible comme de l'unité, de la catholicité et de l'apostolicité de l'Eglise. De même que l'Eglise en général et dans l'ensemble est appelée par le Sauveur lui-même un grain de sénevé qui a grandi peu à peu jusqu'à devenir un grand arbre, à l'ombre duquel tous les peuples du monde devaient habiter et se nourrir de ses fruits, de même la primauté était comme un germe enfermé dans ce grain de sénevé et doué par l'Homme-Dieu d'une force vitale surnaturelle pour travailler d'un même pas au développement de son royaume et étendre sa puissance et son influence par-dessus les peuples du monde.
A ce point de vue, quelques développements nécessaires et essentiels sur les droits de la primauté et sur l'usage qui en a été fait peuvent ici trouver leur place. Ces droits présentent un caractère d'immutabilité, comme les décrets de foi des conciles généraux, accessoires aussi et accidentels, ils sont soumis, selon le besoin des temps, à quelque changement. L'histoire nous montre comment certains droits ont reçu ce caractère de nécessité et comment d'autres ont été modifiés suivant les circonstances ou abandonnés.
Il se confirme déjà dans les institutions politiques et sociales que leur histoire est d'autant plus riche qu'est plus
élevée l'idée que leurs chefs se font de leur mission et qu'est plus importante la force qu'ils savent mettre en œuvre pour leur exécution ; quelle histoire grandiose et riche ne faut-il pas attendre alors de l'Eglise et spécialement de sa primauté !
L'idée de la primauté est bien en étroit rapport comme celle de l'Eglise avec la mission que l'Homme-Dieu a assumée en tant que second auteur spirituel de notre race, c'est-à-dire avec la rédemption et le salut de tous les hommes. Le Seigneur a assez clairement montré le but et. le contenu de la primauté dans les trois passages classiques où il confère à Pierre la plénitude de la puissance, le ministère de grand-prêtre dans le pouvoir des clés, le ministère suprême de l'enseignement (Luc, xxn, 31, 32) et la fonction de pasteur suprême pour paître ses brebis et ses agneaux. Il en avait fait son représentant, aussi loin que s'étendaient ses pouvoirs, pour sauver le genre humain; aussi loin doivent tendre ceux de saint Pierre. Autant l'idée de la place et des fonctions de la primauté de l'Eglise était supérieure à toute condition humaine, telle qu'elle avait été indiquée par l'Homme-Dieu à saint Pierre, autant surnaturelles et divines étaient les facultés qui lui étaient assurées pour l'accomplissement de sa mission. D'après les promesses du Seigneur, les portes de l'enfer ne devaient pas prévaloir contre son Eglise, mais se briser contre le rocher sur lequel il l'a bâtie, sur la primauté. Ce que Pierre liera et déliera sur la terre — ainsi a parlé le Seigneur — devait être lié et délié dans le ciel. La mission du prince des Apôtres et de ses successeurs devait, en tant que celle de représentant du Christ, participer à la force divine par laquelle le Christ et son œuvre ont leur fondement en Dieu.
Comment les droits fondamentaux de l'évêque de Rome se manifestent à l'époque patristique et se développent en détail dans son cercle d'action de plus en plus étendu et sont reconnus par toute l'Eglise, il est aisé à l'histoire de le montrer. Suivons, autant que possible, l'ordre chronologique.
I. Déjà dans ce grand événement, qui clôt la première période de l'Eglise et ouvre la seconde, le concile de Nicée, la situation de l'évêque de Rome dans le ministère doctrinal de l'Eglise ne pouvait passer inaperçue. Il n'avait pas encore été tenu de concile œcuménique. Les hérésies qui s'étaient élevées dans les premiers siècles avaient été en général purement locales et pouvaient être étouffées par des conciles provinciaux ou par l'intervention et l'opposition des évêques. En outre, l'attitude hostile de l'état païen et les persécutions empêchaient l'Eglise de mettre publiquement ses évêques en mouvement. Maintenant, non seulement cet obstacle n'existait plus, mais l'empereur luimême s'intéressait à la réunion des conciles, parce qu'une hérésie dangereuse semblait menacer l'unité même de l'empire. Pour l'Eglise, l'exemple en avait été donné dans le concile apostolique de Jérusalem, où les Apôtres euxmêmes, bien qu'ils jouissent personnellement d'un don d'infaillibilité, s'étaient réunis pour se concerter en commun et décider la question de l'obligation des cérémonies judaïques.
Cette fois, il est certain sans doute que l'empereur Constantin a convoqué les évêques de l'empire au concile universel de Nicée, mais il n'a pas dû manquer de s'entendre auparavant avec divers évêques, comme le remarque1 réellement Rufin dans sa continuation de l'Histoire d'Eusèbe (ex sacerdotum sententia). Le décret impérial de convocation dont Eusèbe fait mention2 ne nous a pas, il est vrai, été conservé, mais nous pouvons supposer avec quelque motif que l'empereur en avait délibéré particulièrement avec le pape Sylvestre. Cela résulte de ce fait que le sixième concile général (680) attribue cette convocation au pape comme à l'empereur ; cela résulte aussi de ce que les envoyés du pape eurent la présidence à Nicée. C'étaient l'évêque Hosius de Cordoue et deux prêtres romains, Vite et Vincent ; ils signèrent au premier rang, d'après les