Cat. 2, i. — 6 Cat
d'un péché actuel commis pendant son existence dans un monde antérieur. Il n'y a pas place pour un autre sens dans les paroles de saint Cyrille. C'est de la même manière qu'il s'élève à nouveau contre les Manichéens, quand il dit 'que le démon n'est pas par nature le père des hommes, mais qu'il l'est seulement devenu par la tentation. D'un autre côté, les hommes ne sont pas non plus par nature en partie fils de la damnation et en partie fils du salut, mais ils deviennent l'un ou l'autre par libre choix.
B. Si dans leur étude sur l'état primitif du paradis et la ressemblance de l'homme avec Dieu, les Pères anténicéens établirent une différence entre la ressemblance naturelle et la ressemblance surnaturelle 2, cela est encore plus manifeste chez les Pères d'après le concile de Nicée, chez ceux surtout que la polémique poussait contre l'arianisme. Ils établirent la différence entre la ressemblance surnaturelle véritable de la créature avec Dieu et l'égalité, l'unité essentielles du Logos avec de Père. C'est à quoi s'appliqua saint Athanase.
1. Il ne se contente pas de distinguer cependant de la manière la plus éclatante, l'état de filiation divine de la ressemblance naturelle avec Dieu qui nous vient de la création; il nous dit de plus, d'une manière précise, par quelle opération Dieu nous a établis dans l'un ou l'autre état. Celui-ci a sa source dans la création ; celui-là;* dans la grâce et la sanctification ou dans une élévation surnaturelle qui nous rend spécialement participants à la communion avec l'Esprit-Saint, dans lequel nous n'appelons plus Dieu seulement notre Créateur, mais encore notre Père3.
« Ceux qui ont reçu, en effet, en eux-mêmes le Logos, ajoute-t-il aux paroles citées en note, ceux-là ont le pouvoir
1. Cat. 7, 43 ; i, 20. — 2. Voir Histoi-e des Dogmes I. 326 (éd. ail.).
3. Athan. Orat. c. Ar. II, 59 : Avzyi §è tou Geou yiku.vQpu>T:Lu. eortv, ôxi côv eaxi Trov/iTYjç, toutwv xaî mxr-fip xarà yjxpv» vurspov yivsrocL' yi'vsrai §è otocv ot xTtcrQevreç avBpMTrot, wç ewrsv b 'Arcéa-To^oç, lûftwariv sic xàç xap^îug iarjzSiv xô Trveu^a tou utou aùrou x^àÇov, A/3jSà, ô Truxr,p.
de devenir les enfants de Dieu. Ceux qui, par nature, sont des créatures ne peuvent devenir enfants de Dieu que s'ils reçoivent en eux-mêmes l'esprit de celui qui par nature est le Fils de Dieu ».
Etre enfants de Dieu, c'est être établis dans une intime communauté, dans une union essentielle de l'âme avec Dieu ; union qui élève et complète sa faculté naturelle de connaître et lui permet de saisir Dieu, l'éternelle vérité; union qui donne pour ainsi dire des ailes à sa volonté enflammée d'amour de Dieu et des choses invisibles1. Cette filiation divine est donc, d'après saint Athanase quelque chose de surnaturel qui, chez le premier homme placé dans le paradis, s'ajouta à la nature pour la compléter, mais fut perdu par le péché d'Adam. La conséquence de ce péché pour Adam ïut le retour à l'état de nature pure ; nous naissons tous dans le même état et nous avons tous besoin de la médiation de l'Homme-Dieu pour redevenir les enfants de Dieu. Par l'accumulation de leurs fautes, les hommes s'enfoncèrent de plus en plus dans l'inimitié et l'ignorance de Dieu tandis qu'ils donnèrent aux inclinations désordonnées des sens un élan et une force nouvelle.
Tel est, en résumé, l'aperçu que saint Athanase nous a laissé de l'état primitif, du péché et des conséquences du péché pour Adam et pour toute sa race.
2. Que la condamnation qui pèse sur l'humanité dérive du péché td'Adam, cela n'est pas douteux; mais de quelle nature est la relation entre l'une et l'autre, comment le péché d'Adam est-il devenu le nôtre, c'est ce que saint Athanase n'étudie pas en détail. Le point fondamental de la polémique qu'il avait à soutenir contre les Gnostiques aussi
i. Orat. c. G>intea c. 2 : "Ors yàp où tjvouÛm toïç gôhxckvm b vovç ô tcôv àvGûoÔTrojv, ovoi re rr,- ex tovtwv iv:iH'ju.vj.q psouy^ivov s^wfrev 'é/zi, à/X oloç èorîv avu eaurû owùv ù; ysyovêv e| àp%riÇ ' ~ôre 8y), rà uivQr/TÙ. xaÈ 7râvra Ta àvBpdsrrtvot ota]3«ç, sévu uerâpatoç ytverat, xaè tov /oyov tSrôv, ôpâ. sv aurai x«i TÔv TOW Aoyou nuTépu, y,8ôuevoç èm ty, tovtou Ôew^i'a, yod àvoincct-i voûj/evoç èni rû 7r&ôç rourov ttÔQco.
bien que contre les Manichéens l'amenait à attribuer spécialement à la liberté de l'homme la condamnation qui s'étend à toute l'humanité. « Aussi longtemps en effet, ditil *, que l'homme dirigea sa raison vers Dieu et la connaissance de Dieu, aussi longtemps il repoussa la connaissance des choses corporelles ; mais lorsque séduit par le serpent, il détourna de Dieu sa raison et commença à se regarder, il fut assailli par les convoitises de la chair, il vit qu'il était nu et il eut honte de lui-même... Enflammés du désir des choses multiples et variées, les hommes, comme cela arrive d'ordinaire, commencèrent à s'attacher habituellement à ces choses au point de ne redouter que leur perte ». L'attachement de la nature humaine au péché n'est pas contesté, il est rattaché seulement au péché d'Adam, non par imitation mais par dérivation. Le péché d'Adam devint un péché habituel, car il s'en rendit coupable par la transgression du commandement divin et fut dès lors rejeté dans un état de déchéance naturelle, fini et privé de grâces. C'est pourquoi l'homme devint aussi sujet à la mort, qui, en vérité, n'était pas de sa nature une étrangère pour lui, car elle s'accommodait bien à la constitution matérielle de son corps 2.
D'après un autre passage, les hommes sont tombés dans la damnation par leur propre nature et ont ainsi perdu la grâce et la ressemblance divine, cette grâce qui ennoblissait leur nature, leur assurait une similitude spéciale et surnaturelle avec Dieu et les aurait préservés de la mort3.
Cet état de privation de la grâce et de l'intégrité de nature est devenu le péché habituel d'Adam et est passé à tous les hommes, a C'est parce qu'Adam a péché que le péché
\. Athan. C Gentesc. o.
2. Orat. De inc. Verbi c. 4: 'H yàcpTzc/.pâ^urTiç tyjç evro^ç sic to x«rà fÛGtv carroùç snsa'Tpsysv, iva, Mcmsp oùx ovrsg ysyôvcr.viv, ourwç xaî rr,v si; tq sïvcr.t yBopy.v vrtopshvbHTi rû y^pôvto eixÔTwç.
3. Ibid. c. 7 : Et §s, a7ra£ TrpolufiovGYiç tyiç 7raj0aj3â<7£<wç, sic tv;v xarà ' cpTJCtv (pOopocv èyxpixTovvTQ oi &vQpM7rot, y.cf.i Tr,v tou xar' siv.ôva. yjt.piv à-yv.ips-
Bsvrsç rjvv.v.
est passé à tous les hommes ', mais par quelle voie ? C'est par la génération charnelle que la malédiction du péché est passée à nous tous 2 >.
Pour mettre en doute3 la foi de saint Athanase au péché originel, on a allégué un passage, où il paraît dénier à Adam toute supériorité sur les autres membres de sa race 4. Mais les termes eux-mêmes ainsi que le contexte ne sont pas un témoignage contre la doctrine du péché originel. Il est refusé à Adam toute supériorité de nature ou d'essence, il est dit expressément que sa création, la première de toutes chronologiquement, ne lui a donné aucun avantage essentiel sur les autres hommes, pas plus que d'après les Ariens la création primitive du Logos créé ne lui assurait une supériorité sur les autres créatures. Il est toutefois un privilège sur les autres hommes, que saint Athanase reconnaît à Adam, c'est celui d'avoir joui du bonheur du paradis 5, et par là il indique au moins implicitement que la perte de cette félicité pour tous les hommes est une conséquence de son péché.
Les adversaires se sont rapportés au texte du troisième discours de saint Athanase contre les Ariens, pour dire que notre docteur aurait attribué l'impeccabilité à quelques hommes. Cette impeccabilité étudiée de près n'exclut cependant en aucune façon le péché originel. Saint Athanase prétend seulement nous montrer, que la rédemption, pour être complète, devait nécessairement venir de l'Homme- Dieu. « Si les œuvres du Logos divin, dit-il6, ne s'étaient pas produites par le moyen du corps, l'homme ne serait jamais devenu divin et réciproquement, si ce qui appartient à la chair n'était pas devenu la propriété du .Logos divin et n'avait été désigné comme tel, l'homme n'aurait jamais été racheté. Quoique, en effet, le péché et la damnation eussent
i. Oral. c. Ariao. I, 51. — 2. Athan. Kxpos. in Ps. 51.
4. Athan. De decr. Nie. syn. c. 0 : Ovxouv xarà rr/v yvaiv oùSèv ^pûv