Siric. Kp. I, 20 (Coustant, p
Vers ce temps, Optât de Milève écrivait son histoire du schisme donatiste. On voit là comment les Donatistes euxmêmes par leur conduite rendaient indirectement témoignage de l'autorité de l'église romaine. Ce qu'on remarque chez tous les hérétiques et schismatiques, à savoir l'effort qu'ils font pour donner l'apparence de la communion avec Rome, afin de passer pour membres de la seule véritable église, se rencontre aussi chez les Donatistes. Ils s'efforcèrent de créer une communauté à Rome et y envoyèrent un de leurs évoques pour la gouverner. Mais Optât objecte avec raison qu'ils ne pouvaient rien gagner avec un tel évêque, car il n'était pas l'évêque romain ni même en communion avec lui; que le premier des évêques donatistes était venu à Rome comme un étranger pour tenir des conventicules dans une chapelle bâtie devant la ville vraisemblablement sur une montagne1.
Cette dernière circonstance que cette communauté donatiste n'était pas en communion avec l'évêque de Rome suffit à Optât pour démontrer qu'ils ne peuvent passer pour une branche vivante de la seule et véritable église, ni même se vanter d'avoir le pouvoir des clés pour le royaume des cieux2. Optât a-t-il fait dériver cette dernière assertion de l'essence et de l'unité du pouvoir de juridiction dans l'Eglise ? Alors, nous aurions ici un nouveau témoignage en faveur du droit de la primauté, puisque l'exercice du pouvoir des clés et en même temps du pouvoir d'absoudre est subordonné dans toute l'Eglise à l'union avec le chef suprême en tant que dépositaire proprement dit de ce pouvoir. Si l'Eglise, continue Optât, est le Christ continué, ceux-là ne peuvent for-
1. Optât. Milev. De schism. Don. II, 4 : Non enim grex aut populus appellandi fuerant pauci, qui inter quadraginta, et quot excurrit, basilicas, locum ubi colligerent non habebant. Sic speluncam quandam foris a civitate cratibus sepserunt, ubi ipso tempore conventiculum habere potuissent, unde Montenses appellati sunt.
2. Ibid. II, 5 : Unde est ergo, quod claves regni caelorum vobis usurpare contenditis, qui contra cathedram Pétri vestris praesumptionibus et audaciis sacrilegio militatis ?
mer la véritable Eglise qui déchirent le Christ1. Il n'y a dans la véritable Eglise qu'une chaire épiscopale (una cathedra episcopalis), c'est celle-là seule qui a été confiée au prince des Apôtres, Pierre et à ses successeurs ; celui-là se trouve déjà en dehors de l'Eglise qui ne s'attache plus à •cette unique chaire \ Le signe de l'orthodoxie est d'être en communion avec l'évêque de Rome avec lequel tous les évèques de l'univers échangeaient les litterae formatae, comme il le témoigne de son contemporain le pape Siricius3.
3. Il est dit du pape Anastase (398-402) qu'il fut sollicité par l'évêque Jean de Jérusalem, de porter un jugement décisif sur Rufin et sur sa traduction du Périarchon4. C'est lui également qui mit fin à Antioche au schisme mélécien. Il fallait, en effet, savoir gré aux sérieux efforts tentés par saint Jean Chrysostome pour envoyer à Rome, de concert avec le patriarche Théophile d'Alexandrie, l'évêque Acacius de Béroé et le prêtre Isidore, afin qu'ils obtinssent de l'évêque de cette ville des lettres de paix (eipnveïK y/jà^ara) pour Flavien, le successeur de Mélèce. La députation obtint son but et la paix fut rétablie dans l'église d'Antioche. Cet acte fait voir très clairement ce que tous les patriarches pensaient alors de l'autorité de l'évêque de Rome et comment ils voyaient enlui le réprésentant de l'unité5.
Ce fut sous le pape suivant, Innocent Ier (401 ou 402-417), que saint Jean Chrysostome fut déposé d'abord par Théophile, patriarche d'Alexandrie au concile ad quercum (403)
1. Ibid. : Inicrunt etiam peccatorum viam, dum Ghristum partiri conatl sunt; cujus Judaei nec vestimenta scindere voluerunt : cum apostolus Paulus clamât et dicat : numquid divisus est Christus ?
i. Ibid. Il, 2 : Igitur negare non potes scire te in urbe Roma Fetro primo calhedram episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium Apostolorum caput IVtrus; unde et Cepbas appellatus est, in qua una catbedra unitas ab omnibus servaretur, ne ceteri Apostoli singulas sibi quisque defenderent, ut jam sebismaticus et peccator esset, qui contra singularem cathedra m altéra m collocaret.
3. Optai. Milev. De scbism. Don. II, 2. —4. V. plus haut § 79.
:;. Sozom. H. K. VIII, 3. Cf. Theod. H. E. V,24, qui remarque sans aucun doute qu'à cette époque Innocent était assis sur le siège de Rome.
et une seconde fois au retour de son exil en vertu du canon d'Antioche déjà mentionné. Il s'adressa à Rome pour obtenir justice. Le pape lui répondit alors ainsi qu'aux prêtres de Gonstantinople et il déclara à ces derniers que la déposition de saint Jean Chrysostome n'était pas valide et que celuici devait toujours être tenu pour évêque légitime. A l'évêque Ursace installé contre tous les droits à sa place (Ursace eut à sa mort Atticus pour successeur) ils ne devaient prêter aucune obéissance ; le canon d'Antioche invoqué par leurs adversaires était l'œuvre d'hérétiques1. Innocent agit conformément aux canons du concile de Sardique ; il envoya avec les députés venus de Gonstantinople, cinq évêques et deux prêtres romains pour provoquer de l'empereur le rappel de Chrysostome et la tenue d'un concile général. Dans une seconde lettre 2, il fait parvenir au métropolitain Rufin de Thessalonique de pleins pouvoirs pour régler en son nom d'importantes affaires qui relevaient du siège apostolique dans les provinces ecclésiastiques lointaines d'Achaïe, de Thessalie et d'autres.
4. Plus clairement encore se manifeste avec sa suprême autorité doctrinale la primauté de Rome dans les querelles du Pélagianisme au commencement du ve siècle. C'est aupape Innocent Ier que s'adresse rentles évêques du concile de Carthage comme ceux de Milève3 et de l'Afrique du Nord pour faire approuver leurs décrets contre Pelage et Célestius. Dans sa réponse aux premiers % Innocent loue ce procédé comme un usage conforme à la tradition de l'Eglise et il allègue en faveur de l'autorité particulière de la tradition de l'église romaine l'Apôtre Pierre de qui Rome a reçu son siège épiscopal et les droits de sa primauté. C'est ce qu'il écrit encore aux membres du concile à Milève 5. En outre,
1. Sozom. (H. E. VIII, 26) cite deux lettres du Pape chez Constant. (Epp. 7 et 12, p. 796, 813).